La cause palestinienne n’est pas une cause pour les Palestiniens seulement, mais une cause pour chaque révolutionnaire, partout où il est, comme une cause des masses exploitées et opprimées de notre ère.

L’histoire du monde, c’est l’histoire des faibles qui combattent contre les forts. Des faibles, dont la cause est juste, qui combattent les forts qui utilisent leur force pour exploiter les faibles.

[Ghassan Kanafi]

Ghassan Fayiz Kanafani est né à Acre (nord de la Palestine) en 1936. A 12 ans il connait la Nakba (la Catastrophe), lui et sa famille font partie des milliers de refugiés palestiniens devant fuir leurs terre. Réfugié au Liban puis en Syrie, il commence à militer en 1953 au sein du Mouvement Nationaliste Arabe (MNA), où il a été recruté par Georges Habache, fondateur du MNA. En 1967, il contribue à la fondation du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) dont il sera le porte parole. Il rédigera le programme politique du Front en 1969. En 1972 Ghassan Kanafani est assassiné par les services secrets israéliens dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth au Liban, en même temps que sa nièce adolescente et fait ainsi partie de la longue liste de dirigeants palestiniens éliminés par le Mossad. Il a écrit dix-huit livres, et écrit des centaines d’articles sur la culture, la politique et la lutte du peuple palestinien.



Interview de Ghassan Kanafani, dirigeant du FPLP (Front Populaire de la Palestine) réalisée à Beyrouth en 1970 par le journaliste australien Richard Carleton.


Dans les combats qui ont eu lieu en Jordanie ces dernières semaines, votre organisation [le FPLP] représentait une part des affrontements. Qu’a t’elle accompli ?

Ghassan Kanafi. La cause pour laquelle nous combattons. Ce peuple, le peuple palestinien, préfère mourir debout que de perdre sa cause. Nous avons prouvé que le roi avait tort, nous avons réussi à prouver que cette nation combattra jusqu’à la victoire, nous avons réussi à prouver que notre peuple ne pourra jamais être vaincu, nous avons réussi à enseigner à chaque personne dans le monde que notre petite nation courageuse combattra jusqu’à la dernière goutte de son sang, qu’elle obtiendra la justice par elle-même après que le monde ait échoué à l’obtenir. Voici ce que nous avons accompli.

Il semble que la guerre civile en Jordanie ait été assez infructueuse

Ghassan Kanafi. Ce n’est pas une guerre civile. C’est le peuple qui se défend lui-même contre un gouvernement fasciste que vous défendez simplement parce que le roi Hussein de Jordanie a un passeport arabe. Ce n’est pas une guerre civile.

Ou un conflit ?

Ghassan Kanafi. Ce n’est pas un conflit. C’est un mouvement de libération qui combat pour la justice.

Bien, quoi que ça puisse être …

Ghassan Kanafi. Ce n’est pas « quoi que ce soit ». C’est là que le problème commence. Parce que c’est ce qui vous fait poser toutes vos questions. C’est exactement là où le problème commence. C’est un peuple qui est discriminé et se bat pour ses droits. C’est l’histoire. Si vous dites que c’est une guerre civile, vos questions sont justifiées. Si vous dites que c’est un conflit, bien sûr, c’est une surprise de savoir ce qui se passe.

Pourquoi votre organisation ne s’engage-t-elle pas dans des pourparlers de paix avec les Israéliens? Vous ne parlez pas de « paix ».

Ghassan Kanafi. Vous ne parlez pas de « paix ». Vous parlez de capitulation.

Pourquoi ne pas simplement parler ?

Ghassan Kanafi. Parler à qui ?

Aux dirigeants israéliens.

Dans une sorte de conversation entre l’épée et la nuque?

S’il n’y a ni épée ni fusil dans la pièce, vous pourriez parler.

Ghassan Kanafi. Non. Je n’ai jamais vu de conversation entre un colonisateur et un mouvement de libération nationale.

Mais malgré cela, pourquoi ne pas parler?

Ghassan Kanafi. Parler de quoi?

Parler de la possibilité de ne pas se battre.

Ghassan Kanafi. Pourquoi ne pas se battre ?

Pas de combats du tout. Peu importe pourquoi.

Ghassan Kanafi. Les gens se battent habituellement pour quelque chose. Et ils cessent de se battre pour quelque chose. Vous ne pouvez même pas me dire de quoi nous devons parler. Pourquoi devrions-nous parler d’arrêter le combat ?

Parler pour arrêter les combats, la mort et la misère, la destruction et la douleur.

Ghassan Kanafi. La misère, la destruction, la douleur et la mort de qui ?

Des Palestiniens. Des Israéliens. Des Arabes.

Ghassan Kanafi. Du peuple palestinien déraciné, jeté dans les camps, vivant affamé, massacré pendant vingt ans et interdit même d’utiliser le nom de « Palestiniens » ?

C’est mieux que d’être mort.

Ghassan Kanafi. Peut-être pour vous. Mais pour nous, ce n’est pas le cas. Pour nous, libérer notre pays, avoir la dignité, avoir le respect, avoir nos droits fondamentaux, c’est quelque chose d’aussi essentiel que la vie elle-même.

Vous traitez le roi Hussein de fasciste. À quels autres leaders arabes êtes-vous totalement opposé?

Ghassan Kanafi. Nous considérons deux types de gouvernements arabes. Quelque chose que nous appelons les réactionnaires, qui sont complètement liés aux impérialistes, comme le gouvernement du roi Hussein, comme le gouvernement de l’Arabie saoudite, comme le gouvernement marocain, le gouvernement tunisien. Et puis, nous avons d’autres gouvernements arabes que nous appelons les gouvernements des petites bourgeoisies militaires. Comme la Syrie, l’Irak, l’Égypte, l’Algérie, etc.

Pour terminer, revenons sur le détournement d’avion. Après réflexion, pensez-vous que c’était une erreur?

Ghassan Kanafi. Dans le contexte, ce n’était pas une erreur. C’est l’une des choses les plus correctes que nous ayons jamais faites.

Palestinien, né à Jaffa en 1936, Ghassan Kanafani entame le chemin de l’exil en 1948  à l’âge de 12 ans. Après un bref séjour au Liban, sa famille s’établit à Damas où il poursuit ses études. Exclu de l’université de Damas pour son engagement dans le mouvement des nationalistes arabes (MAN – pan-arabist Movement of Arab nationalists), fondé par Georges Habache, il s’en va pour le Koweït. Il retourne à Beyrouth en 1960 où il poursuit son travail de journaliste engagé. L’aile palestinienne du MNA devient en 1967 le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et Ghassan Kanafani en devint le porte-parole. En 1972 Ghassan Kanafani est assassiné par les services secrets israéliens dans un attentat à la voiture piégée, en même temps que sa nièce adolescente et fait ainsi partie de la longue liste de dirigeants palestiniens éliminés par le Mossad. Ghassan Kanafani n’a cessé de joindre l’écriture et l’action politique. Journaliste révolutionnaire le jour, romancier la nuit, il avait l’art d’exprimer la tragédie des palestiniens de la diaspora et leur désenchantement désespéré.
Il a écrit dix-huit livres, et écrit des centaines d’articles sur la culture, la politique et la lutte du peuple palestinien. Ses livres parlent essentiellement de la Palestine et de la lutte palestinienne et il évoque souvent ses propres expériences en tant que réfugiés.

Ses œuvres les plus connues sont « Des Hommes dans le Soleil » et « Retour à Haifa ».

Vous trouvez quelques textes de Ghassan Kanafani ICI

Image: Wikimedia Communs

Source: Pour la Palestine


Full transcript: Classic video interview with Comrade Ghassan Kanafani re-surfaces

A classic English-language interview of Popular Front for the Liberation of Palestine leader, Al-Hadaf founder and editor and renowned Palestinian writer, novelist and artist, creative thinker of the Palestinian revolution, Comrade Ghassan Kanafani, has resurfaced in recent days.

The video below, of an interview between Australian journalist Richard Carleton and Kanafani, filmed in Beirut, was recently uncovered by the journalist’s son, James Carlton, and distributed on Facebook:

The video has been widely shared and distributed. Comrade Kanafani was assassinated in 1972 by a car bombplaced by the Mossad at his home in Beirut, alongside his niece Lamis. A full transcript of the video is below, provided by comrades:

Interview with Ghassan Kanafani by Richard Carleton for Australian TV

Commentator: ‘Beirut is the most Westernized of all Arab capitals. The evidence of the French colonial period here is as stark as it is in Quebec. In the days of the French, Beirut was the Mediterranean tourist paradise. Still, there are traces of this slowly disappearing past spender. But as surely as the Middle East turmoil keeps away the tourists, it keeps away the business too. Especially the banking business that has made Beirut the financial capital of the Middle East. Now, the Lebanese army has tanks and armored cars permanently stationed on the footpaths outside all bank buildings in the capital. Taking the place of the timid business executive in Beirut, a new business has developed – revolution. Palestinian revolution.

Palestinian guerillas in Beirut are not like the Vietcong. Here, they are in no way illicit. They are totally legitimate. In Beirut’s main street, the biggest guerilla movement has a three story office building complete with all amenities. It is as modern as any in Sydney. But the machine gun toting guerillas standing guard outside told me ‘no photos’, and there was no arguing. Of the eleven Palestinian guerilla movements, the most radical of all is the Popular Front for the Liberation of Palestine, the PFLP. The Popular Front is now so well organized that it even has its own daily newspaper with a claim circulation of 23.000. It was the Popular Front that hijacked and blew up three jet aircrafts at Revolution Airport at the Jordanian desert. And it was the Popular Front that dynamited the Pan-American jumbo at Cairo.

The Beirut leader of the Popular Front is Ghassan Kanafani. He was born in Palestine but fled in 1948, as he puts it, from Zionist terror. Since then, he has been plotting the destruction of both the Zionists and the reactionary Arabs.’

Kanafani: ‘What I know really is that the history of the world is always the history of weak people fighting strong people. Of weak people who have a correct case fighting strong people who use their strength to exploit the weak.’

C: ‘Turn to the fighting that has been going on in Jordan in the recent weeks. Your organization, that has been on one side of the fight, what has it achieved?’

K: ‘One thing: that we have a case to fight for. That is very much. This people, the Palestinian people, prefer to die standing than to lose its case. We achieved proving that the king (of Jordan) is wrong. We achieved proving that this nation is going to continue fighting until victory. We achieved that our people can never be defeated. We achieved teaching every single person in this world that we are a small brave nation who are going to fight until the last drop of blood to put justice for ourselves, after the world failed in giving it to us. This is what we achieved.’

C: ‘It does seem that the war, the civil war (in Jordan) has been quite fruitless…’

Kanafani interrupts: ‘It is not a civil war. It is a people themselves against a fascist government which you are defending just because King Hussain (of Jordan) has a Arab passport. It is not a civil war.’

C: ‘Or a conflict…’

Kanafani interrupts again: ‘It is not a conflict. It is a liberation movement fighting for justice.’

C: ‘Well, whatever if might be…’

Kanafani interrupts again: ‘It is not “whatever”. Because this is where the problem starts. Because this is what makes you ask all your questions. This is exactly where the problem starts. This is a people who is discriminated is fighting for their rights. This is the story. If you will say it is a civil war then your questions are justified. If it is a conflict then of course it is a surprise to know what is happening.’

C: ‘Why won’t your organization engage in peace talks with the Israelis?’

K: ‘You don’t mean exactly “peace talks”. You mean capitulation. Surrendering.

C: ‘Why not just talk?’

K: ‘Talk to whom?’

C: ‘Talk to the Israeli leaders.’

K: ‘That is kind of a conversation between the sword and the neck, you mean?’

C: ‘Well, if there are no swords and no guns in the room, you could still talk.’

K: ‘No. I have never seen any talk between a colonialist and a national liberation movement.’

C: ‘But despite this, why not talk?’

K: ‘Talk about what?’

C: ‘Talk about the possibility of not fighting.’

K: ‘Not fighting for what?’

C: ‘No fighting at all. No matter what for.’

K: ‘People usually fight for something. And they stop fighting for something. So you can’t even tell me why we should speak about what. Why should we talk about stopping to fight?’

C: ‘Talk to stop fighting to stop the death and the misery, the destruction and the pain.’

K: ‘The misery and the destruction the pain and the death of whom?’

C: ‘Of Palestinians. Of Israelis. Of Arabs.’

K: ‘Of the Palestinian people who are uprooted, thrown in the camps, living in starvation, killed for twenty years and forbidden to use even the name “Palestinians”?’

C: ‘They are better that way than dead though.’

K: ‘Maybe to you. But to us, it’s not. To us, to liberate our country, to have dignity, to have respect, to have our mere human rights is something as essential as life itself.

C: ‘You call King Hussain a fascist. Who else amongst the Arab leaders are you totally opposed to?’

K: ‘We consider the Arab governments two kinds. Something we call reactionaries, who are completely connected with the imperialists, like King Hussain government, like Saudi Arabia government, like Moroccan government, Tunisian government. And then we have some other Arab governments which we call the military petit-bourgeoisie governments. That’s like Syria, Iraq, Egypt, Algeria and so on.

C: ‘Just to end with, let me get back to the hijacking of the aircraft. On reflection, do you that is now a mistake?’

K: ‘We did not make a mistake in hijacking in the context. We did one of the most correct things we ever did.

Source: http://pflp.ps/english/2016/10/17/full-transcript-classic-video-interview-with-comrade-ghassan-kanafani-re-surfaces/

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