aleppo - nabil

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Retranscription d’extraits*

« Je ne pense pas qu’en leur majorité les gens fuient la Syrie parce qu’ils ont peur de Bachar el-Assad. La majorité fuit les zones de combat. Certains jeunes quittent parce qu’ils ont peur de s’enrôler dans l ‘armée syrienne qui manque de moyens. Je connais des jeunes qui partent. Ils n’ont pas peur de Bachar El Assad, ils ont peur de passer des années dans la guerre. Le service militaire dure normalement 2 ans ; mais à cause de la guerre il y a des soldats qui sont maintenant à leur 5ème année de service militaire. »

Il se peut que les deux côtés commettent des exactions. Nous sommes dans une guerre. Quand il y a une guerre, il y a des tués. Mais je ne pense pas que l’armée syrienne tue intentionnellement. (…)

Je ne suis pas là pour soutenir un dictateur. Je soutiens mon pays, je soutiens le gouvernement légal et légitime de la Syrie ; je soutiens le président élu de la Syrie. Je ne suis pas pour Assad parce qu’il me plairait. On n’est pas dans un concours ni de beauté, ni d’intelligence ; on est dans la légalité, on défend notre pays. Alors il y un pays qui est en place, millénaire ; il y a un Etat qui est en place et il y a des groupes qui l’attaquent. C’est donc tout à fait normal que le gouvernement se défende et en se défendant il va y avoir des tués, bien sûr. Je ne dis pas qu’il y a zéro tué à cause des actes de guerre de l’armée syrienne, mais je dis que quand l’Etat est attaqué, il doit se défendre.

(…)

Quand on pense qu’il y a des dizaines de milliers d’étrangers venu faire le djihad en Syrie je ne vois pas ce qu’ils font ici en Syrie.

C’est l’Etat qui est attaqué, l’Etat est attaqué. Toutes ces interventions étrangères par les pays arabes du Golfe, ou par les pays occidentaux, c’est une ingérence dans les affaires syriennes.

Bien sûr que l’Etat est attaqué et par les Occidentaux et par le Qatar et l’Arabie saoudite et par tous ces mercenaires qui viennent faire le djihad chez nous.  Mais le djihad n’est pas une tradition syrienne, on n’a jamais connu cela. Qu’ils aillent faire le djihad chez eux.

Au sujet de la couverture par les journalistes occidentaux.

Le problème avec ces gens-là c’est que pour eux, il faut être contre Assad à 100% sinon on est avec Assad à 100%. Ce n’est pas là le problème. On ne nie pas que le régime ait des défauts. Tous les régimes doivent évoluer et le nôtre dans les dix dernières années évoluait dans le bon sens. Donc on n’était pas des fans du régime, on n’était pas 100% avec mais on était avec l’Etat syrien, on voulait que le régime s’améliore, c’est ce qu’il faisait. On ne dit pas que le régime était le meilleur du monde et qu’il était à 100% démocrate, il a encore moyens de s’améliorer. Mais on ne veut pas que l’on détruise notre pays, que l’on détruise l’Etat syrien. Je parle de l’Etat syrien. C’est la Syrie qui est attaquée. Ce n’est pas Bachar el-Assad qui est attaqué.

Finalement, qu’est-ce qu’ils ont fait en 4 ans ? Ils ont détruit l’infrastructure du pays, l’économie du pays, le patrimoine archéologique du pays, ils ont détruit le tissu social du pays. Qui a détruit ? Ce sont les groupes armés dits « rebelles » qui sont financés et chapeautés par les pays étrangers…

Il n’y a pas de « rebelles modérés ». Tous les dits « rebelles » qui se trouvent sur le territoire syrien avec des fusils sont des islamistes, tous. Daesh est né d’une scission d’al-Nosra, certains ont voulu faire allégeance à Al Quaïda qui en Syrie est Al-Nosra ; et certains ont voulu faire allégeance à leur calife, qui est Al Bagdadi.

Al-Nosra et les autres centaines de petits groupes ce sont les mêmes islamistes, ce sont tous des groupes islamistes. C’est l’Armée de Mahommed et l’armée de l’islam. Donc sur le terrain il n’y a pas de « rebelles modérés ».

Il y a peut-être quelques politiciens modérés, qui vivent à l’étranger et n’ont aucune influence en Syrie et qui, quand on les entend, on comprend qu’ils tiennent à la Syrie, qui ne veulent pas que l’Etat syrien soit détruit, qui veulent aboutir à un compromis qui sauverait la Syrie. Mais ces gens-là n’ont aucune influence.

Les autres, [Basma Kodmani, etc], politiciens à l’étranger n’ont aucune influence sur les groupes armés ; et d’autre part ce ne sont pas de vrais Syriens ; ils passent leur temps dans des palaces 5 étoiles en Turquie ou en Arabie saoudite en palabres et réunions, avec des agents de  la CIA et des services secrets occidentaux. Donc je pense que ce sont des vendus, des traîtres.

Nous ne sommes pas seulement écœurés, nous sommes révoltés, par les médias. Je comprends l’opinion publique occidentale parce que pendant 4 ans, les médias n’ont fait que répéter les mêmes  mensonges. Donc finalement, on les a crûs et notre devoir est de lutter contre cette désinformation. Concernant l’Etat islamique Daesch, certains Occidentaux disent que c’est la création du régime et qu’il sert le régime. Moi je pense qu’au contraire il fait le travail des Occidentaux parce que maintenant cela leur permet de dire que ce n’est pas Daesh qu’ils ont aidé en Syrie, mais les groupes modérés. Donc Daesch leur permet de dire que tous les autres groupes terroristes sont « modérés ». Alors qu’ils sont tout aussi fanatiques que Daesch, avec une seule différence qui est que Daesch fait de la publicité à ses atrocités, alors que les autres ne font pas de publicité.

Vous savez bien comme moi que c’est une sale guerre ; que les politiciens mentent. Fabius a dit des absurdités. Cet Etat islamique est une création des Occidentaux. Il leur sert de repoussoir, pour faire croire que les autres groupes islamistes qu’ils continuent de soutenir, sont des modérés. Il était devenu difficile de faire croire à l’opinion publique que tous les autres groupes étaient modérés. S’il n’y avait pas eu l’apparition de l’EI on aurait dû admette que ces groupes armés étaient tous islamistes. Ce qui est la réalité.

90% du Conseil National Syrien était tenu par des Frères musulmans. Alors, on a changé le mot des Frères musulmans ; et c’est devenu l’ASL, puis Al-Nosra ; et ensuite Daesch qui leur permet de dire que les autres « opposants » sont acceptables.

Ceux qui font souffrir Alep et qui coupent l’eau à une ville de 2 million d’habitants, ceux qui nous coupent l’électricité, ce n’est pas l’EI. L’EI (Daesch) n’est pas à Alep. Ceux qui encerclent Alep c’est le front al-Nosra. Donc ceux qui font souffrir les Aleppins, ceux qui commettent des crimes contre l’humanité, selon la Convention de Genève, c’est al-Nosra et une centaines de petits groupes associés.

Ceux qui connaissent la politique syrienne savent que Daesh est né d’une scission d’al-Nosra. Et les deux sont des islamistes fanatiques, les deux commettent les mêmes atrocités, mais la seule différence est que Daesch fait de la publicité à ses atrocités en diffusant des vidéos.

Les atrocités ont commencé dès le début. Il n’y avait pas  les engorgements comme avec l’EI, mais les kidnappings, les meurtres, les assassinats en plein milieu des villes, les voitures piégées, tout cela a existé dès les premiers jours des troubles.

(…)

Ce que pensent les Syriens de Syriens comme Alaa et Basma Kodmani ou de spécialistes invités par les médias ?

Ce sont des gens qui sont achetés ou qui n’ont pas de conscience. Je ne connais aucune personne à Alep, soit qui vient me voir dans mon cabinet, soit dans mes relations ou dans mon travail humanitaire, qui pense que c’est une révolution qui veut nous amener plus de liberté. Pour les Syriens ce n’est pas une révolution. Dès le début ils l’ont compris. Peut-être qu’au début, les dix premiers jours peut-être, certains ont cru à la révolution. Mais ce n’est pas vrai. Ce n’était pas une révolution pour nous amener plus de démocratie. Personne en Syrie n’est satisfait de ce qui se passe, tout le monde a perdu.

(…)

Il y a jusqu’à maintenant 170’000 tués, il y a peut-être autant d’amputés et de blessés.

80% de la population d’Alep ne vit pas chez elle, ce sont des déplacés. 8 millions de déplacés sur une population de 23 millions. Tous ces gens-là ne mettent pas la faute sur le gouvernement, mais ils mettent la faute sur ces groupes (soutenus par des Etats étrangers) qui ont commencé les troubles et qui  ont détruit leur avenir…

Des envoyés spéciaux à Alep ont menti. Ces journalistes ne vont que du côté armé rebelle. Je connais beaucoup de journalistes étrangers qui sont venus, même à Alep. L’information est vraiment biaisée et cela n’est pas à l’honneur des journalistes.  Ils peuvent venir en Syrie. Ils n’ont qu’à faire une demande de visa et ils peuvent l’obtenir.

Les gouvernements occidentaux sont responsables de ce qui se passe en Syrie, je ne dis rien d’original. Tous les Syriens sont révoltés, surtout par l’attitude de la France.

L’opinion publique est très influençable… je l’excuse, la faute est aux politiciens, aux journalistes qui n’ont pas d’éthique.

Propos retranscrits par Claudine Faehndrich

Voir également :

Lettre d’Alep : Banalisation de l’horreur

Situation catastrophique à Alep. Que fait notre monde ?

La situation est grave à Alep. http://www.silviacattori.net/spip.php?article5695

J’ACCUSE : Crimes de Guerre et Crimes contre l’Humanité à Alep. http://www.silviacattori.net/spip.php?article5654

Après 11 jours d’interruption l’eau est revenue à Alep. http://www.silviacattori.net/spip.php?article5649

La ville d’Alep privée d’eau depuis neuf jours. Où est le monde ? http://www.silviacattori.net/spip.php?article5635

Appel urgent du Dr Nabil Antaki face à la gravité de la situation à Alep. http://www.silviacattori.net/

Souffrances et tragédies quotidiennes à Alep. http://www.silviacattori.net/spip.php?article5571

Le Dr Nabil Antaki parle des souffrances quotidiennes à Alep

Source: https://arretsurinfo.ch/video-nabil-antaki-temoigne-depuis-alep-de-la-situation-en-syrie-10-09-15/

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