Par Daniel McAdams | 21 octobre 2017

C’est peut-être l’un des actes les plus cruels et les plus cyniques de Washington dans tout son sombre chapitre sur le « changement de régime en Syrie ». Basé sur des fuites venues du personnel de l’ambassade américaine à Belgrade, les médias serbes ont rapporté que le gouvernement et l’armée serbes avaient donné des assurances aux Américains comme quoi les experts serbes de déminage ne se déploieraient pas en Syrie pour aider à éliminer l’horrible omniprésence des mines et autres engins explosifs laissés par un Etat islamique en retraite.

Alors que la déroute des forces de l’Etat islamique se poursuit en Syrie, la population civile commence à retourner dans ses foyers et retrouve une vie normale, vie qui avait été perturbée par Daech, Al-Qaïda et d’autres groupes extrémistes. Selon les Nations Unies, plus de 600,000 Syriens sont retournés dans les zones libérées par le gouvernement syrien avec l’aide de la Russie et des forces iraniennes.

Mais c’est là que les problèmes tragiques commencent souvent. Comme l’a rapporté The Economist il y a peu, la joie de retourner à une vie normale après que le fléau de l’Etat islamique ait été éliminé peut être écourté en un instant par ce que ce dernier a laissé derrière lui:

« La première explosion a tué notre voisin et sa belle-sœur quand ils sont entrés dans leur maison », a déclaré Ali Hussain Omari, un ancien combattant de la ville. « Trois jours plus tard, une autre mine a tué mon cousin. La jambe de sa fille de 11 ans a été amputée et leur maison a été détruite. Une semaine plus tard, une autre mine cachée dans un olivier a explosé. Mon voisin a perdu sa jambe. »

Quelle horrible ironie d’avoir survécu aux djihadistes en maraude uniquement pour être anéanti par les engins de mort qu’ils ont laissé derrière eux.

C’est pourquoi il est d’autant plus inquiétant que le gouvernement des États-Unis refuse catégoriquement que des experts serbes de déminage se déploient en Syrie pour aider les civils à rentrer chez eux.

La « contrariété » entre l’ambassadeur américain à Belgrade, Kyle Scott, et le ministre de la Défense, Aleksandar Vulin, a commencé lorsque la partie serbe a annoncé qu’elle participerait aux efforts de déminage en Syrie de manière à ce que les forces serbes se coordonnent avec les Russes. Les Américains ont rappelé aux Serbes, par l’intermédiaire du porte-parole de l’ambassade américaine, Eric Heyden, que:

« …le gouvernement américain a fourni des dons importants en argent, en équipement et en formation pour aider l’armée serbe à se débarrasser des mines laissées par la guerre, et ainsi faire de la Serbie un endroit plus sûr. C’est pourquoi, au cours des 15 dernières années, nous avons fourni plus de 20 millions de dollars d’aide aux opérations de déminage en Serbie. Lors de notre dernier grand exercice conjoint, en avril 2017, le gouvernement américain a fait don à l’armée serbe de quelque 450,000 dollars US de matériel médical et de déminage pour améliorer ses capacités… »

En d’autres termes, « nous avons financé votre formation aux opérations de déminage et si vous voulez continuer à recevoir de l’argent des États-Unis, vous devriez annuler vos plans d’aide au déminage en Syrie ».

Selon la presse, les préoccupations de Washington concernant la participation serbe au déminage en Syrie ont été prises en compte par Belgrade. Heyden a également annoncé:

Les médias russes ont indiqué que des démineurs serbes seraient déployés avec les forces russes en Syrie. Lors des six derniers mois, au cours de nos nombreuses conversations avec les dirigeants du ministère de la Défense et de l’état-major des forces armées, le gouvernement américain a reçu de multiples assurances que cette histoire était incorrecte et que l’objectif de notre formation bilatérale était de permettre aux membres de l’Armée serbe de dégager la zone de l’ancien aéroport militaire de Sjenica, et de l’ouvrir pour le réutiliser…

Une fois que cela a été réglé, les États-Unis ont annoncé qu’ils « avaient des plans pour continuer l’année prochaine à aider à développer la capacité de l’armée serbe dans ce projet. »

Et les victimes syriennes des mines posées par le groupe État islamique et d’autres milices extrémistes (probablement soutenues par les États-Unis), des mines qui continuent de tuer et de mutiler des civils et des enfants innocents? Dommage pour elles. D’autres innocents vont mourir au nom de la psychose actuelle crée par la guerre froide américaine numéro 2.

Daniel McAdams |21 octobre 2017

Article en anglais: ronpaulinstitute.org

Traduit par La Ggazette du citoyen

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