Par Elijah J. Magnier

Paru le 15 Novembre 2018 

Traduit de l’anglais par Daniel G.

Toutes les guerres initiées ou soutenues par l’administration américaine – occupation de l’Irak en 2003, deuxième guerre imposée par Israël au Liban en 2006, changement de régime souhaité en Syrie en 2011 et occupation du tiers de l’Irak en 2014 – ont échoué dans leur tentative d’attiser la flamme d’une guerre sectaire entre sunnites et chiites au Moyen-Orient. L’échec de cette stratégie a poussé l’administration américaine à se tourner vers deux nouvelles options : se servir des médias pour révéler l’intention de l’Arabie saoudite de nuire à l’économie de l’Iran et d’assassiner ses commandants militaires d’une part, et promouvoir la création d’une armée de l’OTAN arabe (sunnite) d’autre part. L’objectif est de maintenir la possibilité d’une guerre sectaire bien réelle.

La lutte pour la domination que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran dure depuis la chute du chah et la victoire de la République islamique en 1979. Cependant, le niveau d’affrontement direct dans diverses parties du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Irak, Bahreïn et Yémen) est sans précédent, ce qui est en partie dû à la volonté des USA de jeter de l’huile sur le feu de la haine et de la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

Une atténuation de la rivalité entre Iraniens et Saoudiens est contraire aux intérêts de l’administration américaine, car elle nuirait à l’économie des USA. Trump a dit clairement qu’il veut l’argent des Arabes en échange de la protection qu’il offre, sans quoi « les régimes arabes ne tiendraient pas une semaine ». S’il n’y avait pas de conflit et de rivalité entre Téhéran et Riyad, les USA perdraient des milliards de dollars que rapporte la vente d’armes aux Saoudiens.

La monarchie saoudienne est bien consciente que les USA veulent lui vendre des armes. Peu après l’assassinat de Jamal Khashoggi, les médias saoudiens ont même menacé de cesser toute hostilité envers l’Iran si Washington s’acharnait à accuser un haut responsable saoudien (MBS) de l’enlèvement et du meurtre horrible qui a suivi. Cela indique que l’animosité saoudienne à l’égard de l’Iran est une arme à double tranchant qu’utilisent les USA et la monarchie pour atteindre leurs objectifs mutuels parfois divergents. Les responsables saoudiens sont disposés à faire fonctionner la planche à billets en faveur de Trump tant qu’il laissera le champ libre à l’Arabie saoudite dans la région, principalement contre le Yémen.

L’autre problème avec lequel l’administration américaine doit composer est le réveil de l’ours russe de sa longue hibernation depuis la perestroïka en 1991. À la suite de son intervention fructueuse en Syrie et de son engagement en Irak et au Liban, Moscou est en voie de devenir le plus grand cauchemar de Washington. Le plan des USA en vue d’un changement de régime a échoué en Syrie et leur manipulation des djihadistes extrémistes n’a pas servi leurs intérêts et leurs objectifs. Plus inquiétante encore est l’émergence d’une alliance entre Iraniens, Russes et Chinois, qui annonce la fin de l’hégémonie mondiale exercée par les USA.

Refusant de céder au repositionnement régional, l’administration américaine envisage la création d’une OTAN arabe, sur le modèle de l’OTAN en Occident, pour faire contrepoids à la Russie au Moyen-Orient. Ce genre d’alliance ne ferait qu’attiser la flamme du sectarisme entre sunnites et chiites. Ce plan pourrait embraser la région, mais aussi brûler le sol sous les Russes en les empêchant de rester dans les parages et d’étendre leur domination. Les USA croient que s’ils ne peuvent dominer à eux seuls le M.-O., il vaudrait mieux réduire toute la région en cendres. L’OTAN arabe serait une armée sunnite qui s’emploierait à combattre les chiites. Cependant, l’échec militaire monumental de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis au Yémen, le pays le plus pauvre du M.-O., donne à penser que cette nouvelle OTAN arabe sera mort-née.

N’empêche que cela donne une idée jusqu’où l’administration américaine est prête à aller et quel genre d’armes elle se prépare à utiliser pour protéger son hégémonie et continuer d’empocher l’argent des Saoudiens. Le « nouveau Moyen-Orient » promu par Condoleezza Rice en 2006 n’est pas parvenu à défaire le Hezbollah la même année. L’administration Trump veut imposer une nouvelle vague de sanctions au Liban dans sa lutte contre le Hezbollah, avec peu de chance de succès. Le Hezbollah est plus fortaujourd’hui que jamais et est prêt à sortir de sa zone de confort si nécessaire pour contrer toute mesure des USA adoptée contre lui au Liban.

La tentative de changement de régime en Syrie a échoué en 2018. Cependant, les forces américaines gardent toujours le passage frontalier d’al-Tanf entre la Syrie et l’Irak pour empêcher toute source de revenu substantielle susceptible de regarnir les coffres du trésor damascène. Les USA refusent d’éliminer le groupe armé terroriste « État islamique » (Daech) à Albu Kamal, préférant s’en servir pour empêcher la reprise des liens commerciaux entre le Levant et la Mésopotamie.

De plus, les USA ont utilisé leurs médias et experts pour promouvoir la partition de l’Irak en Chiistan, Sunnistan et Kurdistan, sans toutefois parvenir à leur objectif de diviser le pays quand le gouvernement irakien est parvenu à défaire Daech et à maintenir le pays uni. Mais les USA ne semblent pas prêts à jeter l’éponge et devraient se servir de leurs sanctions unilatérales imposées à l’Iran pour presser davantage l’Irak dans les prochains mois. L’on s’attend à ce que Bagdad rejette toute demande américaine de respecter les sanctions de Trump.

Enfin, les USA cherchent à tordre le bras des Palestiniens en imposant leurs vues sur Jérusalem. Ils menacent aussi la sécurité et la stabilité de la Jordanie en refusant le droit de retour des Palestiniens sur leur terre et en proposant une politique d’établissement en terre jordanienne. Tout cela se fait avec le soutien de l’Arabie saoudite.

Washington est aujourd’hui plus irresponsable que jamais et fera tout son possible pour déclencher d’autres guerres au Moyen-Orient. Il est encore trop tôt pour parler d’une stabilité durable dans la région, tant et aussi longtemps que l’administration américaine semblera déterminée à créer de l’instabilité et à attiser la flamme d’une guerre sectaire.

Elijah J. Magnier

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