Ben Norton


Par Ben Norton
Paru le 2 septembre 2021 sur The Grayzone sous le titre How elite US institutions created Afghanistan’s neoliberal President Ashraf Ghani, who stole $169 million from his country


Le think tank de l’OTAN Atlantic Council cultive Ghani

Assis à leurs claviers dans leurs bureaux de Washington, sur deux décennies, des experts habitués des badges de salons ont contribué à fournir la justification politique et intellectuelle de la poursuite d’une occupation militaire de l’Afghanistan. Les think tanks qui les employaient semblaient considérer la guerre comme une mission civilisatrice néocoloniale visant à promouvoir la démocratie et les Lumières auprès d’un peuple « arriéré ».

C’est dans cette tour d’ivoire d’universités et de think tanks américains politiquement interconnectés, au cours de ses 24 années passées aux États-Unis de 1977 à 2001, que le politicien Ghani est né.

La puissante Brookings Institution s’était entichée de Ghani. Dans un article publié dans le Washington Post en 2012, le directeur libéral-interventionniste de la recherche en politique étrangère du think tank, Michael E. O’Hanlon, avait qualifié Ghani de « magicien de l’économie ». Mais la principale organisation à favoriser l’ascension de Ghani a été l’Atlantic Council, le think tank de facto de l’OTAN à Washington.

Les influences et sponsors de Ghani sont clairement mis en évidence par son compte Twitter officiel, où le président afghan ne suivait que 16 profils. Parmi eux, l’OTAN, sa Conférence de Munich sur la sécurité et l’Atlantic Council.

La collaboration de Ghani avec le think tank remonte à près de 20 ans. En avril 2009, Ghani avait accordé une interview à Frederick Kempe, président et directeur général de l’Atlantic Council. Au cours de celle-ci, Kempe avait révélé que les deux hommes étaient des amis proches et des collègues depuis 2003.

Ashraf Ghani avec son ami et allié proche, le président et directeur général de l’Atlantic Council Frederick Kempe, en 2015.

« Lorsque je suis arrivé à l’Atlantic Council », se souvenait Kempe, « nous avons mis en place un conseil consultatif international composé de présidents et de PDG d’entreprises d’envergure mondiale, ainsi que de membres de cabinet – d’anciens membres de cabinet d’une certaine renommée – de pays clés. À ce moment-là, je n’étais pas tant déterminé à ce que l’Afghanistan soit représenté au sein du conseil consultatif international, car tous les pays d’Asie du Sud ne le sont pas. Mais j’étais déterminé à avoir Ashraf Ghani. »

Kempe avait ensuite révélé que Ghani n’était pas seulement membre du Conseil consultatif international, mais faisait également partie d’un groupe de travail influent de l’Atlantic Council appelé Strategic Advisors Group. En plus de Ghani, le comité regroupait d’anciens hauts responsables gouvernementaux et militaires occidentaux, ainsi que des dirigeants de grandes entreprises américaines et européennes.

En tant que membre du groupe de conseillers stratégiques de l’Atlantic Council, Kempe a affirmé que lui et Ghani avaient participé à l’élaboration de la stratégie de l’administration Obama pour l’Afghanistan.

« C’est dans ce contexte que j’ai parlé pour la première fois à Ashraf, et nous avons évoqué le fait que les objectifs à long terme n’étaient pas vraiment connus. Malgré toutes les ressources que nous investissions en Afghanistan, les objectifs à long terme n’étaient pas évidents », avait expliqué Kempe.

À ce moment-là, nous avons eu l’idée qu’il devait y avoir un cadre décennal pour l’Afghanistan. Nous étions loin de nous douter que nous étions en train d’élaborer une stratégie de terrain. Mais soudain, nous avons eu un plan Obama derrière lequel mettre cette stratégie de terrain ».

Ghani a publié cette stratégie chez l’Atlantic Council en 2009, sous le titre « Un cadre décennal pour l’Afghanistan : mise en application du plan Obama… et au-delà » (« A Ten-Year Framework for Afghanistan : Executing the Obama Plan… and Beyond »).

En 2009, Ghani était également candidat à l’élection présidentielle afghane. Pour l’aider à mener sa campagne, Ghani avait engagé le consultant politique américain James Carville, connu pour son rôle de stratège dans les campagnes présidentielles démocrates de Bill Clinton, John Kerry et Hillary Clinton.

À l’époque, le Financial Times décrivait favorablement Ghani comme « le plus occidental et le plus technocrate de tous les candidats aux élections afghanes. »

Mais le peuple afghan n’était pas aussi convaincu. Ghani a finalement été écrasé dans la course, arrivant à une lamentable quatrième place, avec moins de 3 % des voix.

Lorsque Kempe, l’ami de Ghani, l’a réinvité à une interview en octobre de cette année-là, après l’élection, le président de l’Atlantic Council a insisté : « Certains diraient que vous avez mené une campagne ratée ; je dirais que c’était une campagne réussie, mais que vous n’avez pas gagné. » Kempe n’a pas tari d’éloges sur Ghani, le décrivant comme « l’un des fonctionnaires les plus compétents de la planète » et comme « conceptuellement brillant ».

Kempe a également noté que le discours de Ghani « devrait faire réfléchir l’administration Obama », qui compte sur l’Atlantic Council pour l’aider à élaborer ses politiques.

« Avant l’élection, vous étiez détenteur de la double nationalité américaine et afghane, mais l’un des sacrifices que vous avez fait pour vous présenter aux élections a été de renoncer à votre citoyenneté américaine, donc je suis horrifié d’entendre que vous êtes entré ici, aux USA, avec un visa États-Unis-Afghanistan », a ajouté Kempe. « L’Atlantic Council va donc travailler sur cette question, nous devons certainement rectifier cette situation. »

Restez à l’écoute de la conversation du Dr Ghani sur les affaires actuelles et futures de l’Afghanistan avec le @AtlanticCouncil plus tard aujourd’hui : pic.twitter.com/xfQr5eR7BY.
– Ashraf Ghani (@ashrafghani) 30 mai 2014

Ghani a continué à travailler en étroite collaboration avec l’Atlantic Council dans les années qui ont suivi, réalisant constamment des interviews et organisant des événements avec Kempe, dans le cadre desquels le président du think tank a un jour déclaré : « Dans l’intérêt d’une transparence complète, je dois déclarer qu’Ashraf est un ami, un ami cher. »

Jusqu’en 2014, Ghani est resté un membre actif du Conseil consultatif international de l’Atlantic Council, aux côtés de nombreux anciens chefs d’État, du planificateur impérialiste américain Zbigniew Brzezinski, de l’apôtre de l’économie néolibérale Lawrence Summers, de l’oligarque milliardaire libano-saoudien Bahaa Hariri, du magnat des médias de droite Rupert Murdoch et des PDG de Coca-Cola, Thomson Reuters, du Blackstone Group et de Lockheed Martin.

Mais cette année-là, la chance a frappé à sa porte, et Ghani a vu son ambition ultime à portée de main. Il était sur le point de devenir président de l’Afghanistan, et d’y remplir le rôle pour lequel les institutions américaines libérales d’élite l’avaient formé pendant des décennies.

L’histoire d’amour de Washington avec le « réformateur technocrate »

Le premier dirigeant afghan post-taliban, Hamid Karzai, s’était initialement signalé comme un pantin loyal de l’Occident. À la fin de son règne en 2014, cependant, Karzaï était devenu un « critique sévère » du gouvernement américain, comme l’avait dit le Washington Post, « un allié devenu un adversaire au cours des 12 années de sa présidence. »

Karzai a commencé à critiquer ouvertement les troupes des USA-OTAN pour avoir tué des dizaines de milliers de civils. Il était furieux de la façon dont il était contrôlé et cherchait à obtenir plus d’indépendance, et se lamentait: « Des Afghans sont morts dans une guerre qui n’est pas la leur. »

Washington et Bruxelles avaient un vrai problème. Ils avaient investi des milliards de dollars pendant une décennie dans la création d’un nouveau gouvernement à leur image en Afghanistan, mais le pantin qu’ils avaient choisi commençait à trop tirer sur ses fils.

Du point de vue des gouvernements de l’OTAN, Ashraf Ghani constituait le parfait remplaçant de Karzai. C’était l’image même d’un technocrate loyal, et il n’avait qu’un seul tout petit défaut : Les Afghans le détestaient.

Lorsqu’il avait obtenu moins de 3 % des voix aux élections de 2009, Ghani s’était présenté ouvertement comme le candidat du consensus de Washington. Il n’avait que le soutien de quelques élites à Kaboul.

Aussi, lorsque la course à la présidence de 2014 s’est présentée, Ghani et ses marionnettistes occidentaux ont adopté une approche différente, habillant Ghani de vêtements traditionnels et truffant ses discours d’éléments de langage nationalistes.

Le New York Times a insisté sur le fait qu’il avait finalement trouvé le bon filon : « De technocrate à populiste afghan, Ashraf Ghani est transformé ». Le journal raconte comment Ashraf Ghani était passé d’un « intellectuel pro-occidental » qui tenait « un discours dans un langage technocratique (avec des expressions telles que « processus consultatifs » et « cadres de coopération ») » à une mauvaise copie des « populistes qui concluent des accords avec leurs ennemis, gagnent le soutien de leurs rivaux et font appel à la fierté nationale afghane ».

Cette stratégie de « rebranding » a certes permis à Ghani de se hisser en deuxième position, mais il a tout de même été largement battu au premier tour de l’élection de 2014. Son rival, Abdullah Abdullah, avait recueilli 45 % des votes contre 32 % pour Ghani. C’était près d’un million de voix de moins.

Au second tour de juin, cependant, les rôles se sont soudainement inversés. Les résultats ont été retardés et, lorsqu’ils ont été finalisés trois semaines plus tard, ils donnaient Ghani gagnant, avec un score stupéfiant de 56,4 % contre 43,6 % pour Abdullah.

Abdullah a affirmé que Ghani avait volé les élections par une fraude généralisée. Ses accusations étaient loin d’être sans fondement, car il existait des preuves substantielles d’irrégularités systématiques.

Pour régler le différend entre Ghani et Abdullah, l’administration Obama a dépêché le secrétaire d’État John Kerry à Kaboul.

La médiation de Kerry a abouti à la création d’un gouvernement d’unité nationale dans lequel le président Ghani avait, au moins dans un premier temps, accepté de partager le pouvoir avec Abdullah, qui allait occuper un rôle nouvellement créé, dont le nom reflète de manière transparente le programme néolibéral de Washington : Directeur général, ou « PDG de l’Afghanistan ».

Un rapport publié en décembre par des observateurs électoraux de l’Union européenne a conclu que les élections de juin avaient effectivement été marquées par des fraudes généralisées. Plus de deux millions de voix, soit plus d’un quart du total des suffrages exprimés, provenaient de bureaux de vote présentant des irrégularités manifestes.

La question de savoir si Ghani avait effectivement remporté le second tour était nébuleuse. Mais il avait réussi à franchir la ligne d’arrivée, et c’est tout ce qui comptait. Il était président. Et ses patrons, à Washington, s’empressèrent de balayer le scandale sous le tapis.

Les élections apparemment truquées de 2014 n’avaient guère terni l’image d’Ashraf Ghani dans les médias occidentaux. La BBC le caractérisait par trois termes – « réformateur », « technocrate » et « incorruptible ». Ces mots allaient devenir les descriptions préférées de la presse pour un président qui a finalement abandonné son pays, la queue entre les jambes, avec 169 millions de dollars volés.

Le New Yorker, par exemple, décrivait Ghani comme « incorruptible », saluant en lui un « technocrate visionnaire qui pense avec vingt ans d’avance. »

En mars 2015, Ghani s’est envolé pour Washington pour son moment de gloire ultime. Après avoir prononcé un discours devant une session conjointe du Congrès américain, le nouveau président afghan a été célébré comme un héros qui allait débloquer la magie du libre marché et sauver l’Afghanistan une fois pour toutes.

Les think tanks et leurs amis de la presse débordaient d’enthousiasme à propos de Ghani. En août de cette année-là, le directeur principal des programmes de l’organisation Democracy International, financée par le gouvernement américain et spécialisée dans le changement de régime, Jed Ober, a publié un article dans Foreign Policy qui reflétait l’histoire d’amour de Washington avec son homme à Kaboul.

Quand Ashraf Ghani a été élu président de l’Afghanistan, de nombreux membres de la communauté internationale se sont réjouis. Il est certain qu’un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale à la réputation de réformateur était l’homme idéal pour résoudre les problèmes les plus graves de l’Afghanistan et redorer le blason du pays sur la scène internationale. Il n’y avait pas de meilleur candidat pour faire entrer l’Afghanistan dans une nouvelle ère de bonne gouvernance et commencer à étendre les droits et les libertés qui ont trop souvent été refusés à de nombreux citoyens du pays.

Indifférents aux allégations documentées de fraude électorale, l’Atlantic Council a honoré Ghani en 2015 de son « Prix du leadership international », célébrant son « engagement désintéressé et courageux en faveur de la démocratie et de la dignité humaine. »

En mars, @Madeleine Albright a remis son prix à @ashrafghani. Vidéo complète : http://t.co/U1y3Q1xO44 #ACAwards pic.twitter.com/OHesh4S2jb
– Atlantic Council (@AtlanticCouncil) 1 mai 2015

L’Atlantic Council a noté avec enthousiasme que Ghani « a personnellement accepté le prix, qui lui a été remis par l’ancienne secrétaire d’État Madeleine Albright, le 25 mars à Washington devant un public de dirigeants, d’ambassadeurs et de généraux de l’OTAN. »

Albright, qui avait défendu publiquement le massacre de plus d’un demi-million d’enfants irakiens par les sanctions américaines, a applaudi Ghani en le qualifiant de « brillant économiste » et a affirmé « il a donné de l’espoir au peuple afghan et au monde entier ».

La cérémonie officielle de l’Atlantic Council a eu lieu plus tard, en avril, mais Ghani n’ayant pas pu y assister, et c’est sa fille Mariam qui a reçu le prix en son nom.

Née et élevée aux États-Unis, Mariam Ghani est une artiste basée à New York qui incarne parfaitement toutes les caractéristiques d’une hipster radlib installée dans un luxueux loft de Brooklyn. Le compte Instagram personnel de Mariam présente une combinaison d’art contemporain minimaliste et d’expressions politiques pseudo-radicales.

Bénéficiant d’un statut d’élite au sein du milieu des militants de « gauche » pour les changements de régime , Mariam Ghani a participé en 2017 à une table ronde à l’université de New York intitulée « Art & Refugees : Confronting Conflict with Visual Elements » (« Art & Réfugiés : Le conflit confronté à des éléments visuels »), aux côtés de l’illustratrice belliciste Molly Crabapple. Crabapple est membre de la New America Foundation, une entité financée par le Département d’État américain, où elle est parrainée par le milliardaire et ancien PDG de Google Eric Schmidt. Elle et Mariam Ghani ont également été citées toutes deux dans une compilation d’artistes de 2019.

Lors de la cérémonie de l’Atlantic Council de 2015 à Washington, alors que Mariam Ghani acceptait fièrement la plus haute distinction du think tank militariste de l’OTAN pour son père, elle souriait aux côtés de trois autres lauréats : un général américain de haut rang, le PDG de Lockheed Martin et le chanteur country d’extrême droite Toby Keith, qui s’était fait connaître en hurlant des menaces musicales ultra-nationalistes contre les Arabes et les musulmans, promettant de « leur mettre une botte dans le cul », parce que « c’est la méthode américaine ».

Jetez un coup d’œil sur les DLA 2015 avec @TobyKeithMusic @PMBreedlove @ashrafghani et plus encore. #ACawards https://t.co/0DzficUUlw pic.twitter.com/wQEOiJhVlU
-Atlantic Council (@AtlanticCouncil) 3 mai 2016

Le marketing de l’Atlantic Council en faveur du président Ghani est passé à la vitesse supérieure après la cérémonie. En juin 2015, le think tank a publié un article sur son blog « New Atlanticist » intitulé « FMI : Ghani a montré que l’Afghanistan est ouvert aux affaires ».

Le plus haut fonctionnaire du Fonds monétaire international en Afghanistan, le chef de mission Paul Ross, s’y était épanché en déclarant que Ghani avait « signalé au monde que l’Afghanistan est ouvert aux affaires et que la nouvelle administration est déterminée à poursuivre les réformes. »

Le bureaucrate avait ouvert ses remarques en disant que le FMI était « optimiste sur le long terme », sous la direction de Ghani.

Ghani et son régime fantoche avaient une sorte de porte tournante avec l’Atlantic Council, en fait. Son ambassadeur aux Émirats Arabes Unis, Javid Ahmad, était en même temps membre senior du think tank. Ahmad profitait de sa sinécure pour publier dans les principaux médias des articles d’opinion décrivant son patron comme un réformateur modéré qui visait à « restaurer le débat civil dans la politique afghane ».

[Tribune] Les États-Unis devraient utiliser l’influence qu’ils ont encore en Afghanistan pour soutenir les candidats non criminels lors des prochaines élections et appuyer les efforts du président Ghani pour restaurer le débat civil dans la politique afghane, écrit @ahmadjavid. https://t.co/ra89Kdb5Vt
– Atlantic Council (@AtlanticCouncil) 21 septembre 2018

Foreign Policy avait prêté à Ahmad un espace dans son magazine pour y publier un publi-reportage de campagne à peine déguisé pour Ghani en juin 2014. L’article chantait ses louanges comme « une alternative intellectuelle, pro-occidentale et très éduquée, au système séculaire de corruption et de seigneurs de la guerre en Afghanistan. »

À l’époque, Ahmad était coordinateur de programme pour l’Asie au German Marshall Fund of the United States, un lobby de Guerre froide financé par les gouvernements occidentaux. Les rédacteurs de Foreign Policy n’ont apparemment pas remarqué que l’article de propagande d’Ahmad comportait des passages qui étaient presque copiés mot à mot de la bio officielle de Ghani.

Lors du sommet de l’OTAN de 2018, l’Atlantic Council avait organisé une autre interview flatteuse de Ghani. Vantant ses supposés « efforts de réforme », le président afghan avait insisté : « le secteur de la sécurité est en pleine transformation, dans le cadre des efforts contre la corruption. » Il a ajouté : « Il y a un changement générationnel dans nos forces de sécurité, et dans l’ensemble du pays, qui, je pense, représente vraiment une transformation. »

Ces affirmations vantardes n’ont pas précisément bien vieilli.

Le journaliste qui avait mené l’interview était Kevin Baron, le rédacteur en chef du site Web Defense One, soutenu par l’industrie de l’armement. Bien que la corruption systémique et la nature inefficace et brutale de l’armée afghane aient été bien connues, Baron n’avait pas relevé ces propos.

A cette occasion, Ghani avait rendu hommage au think tank qui lui avait servi de moulin à propagande personnelle pendant si longtemps. En rendant hommage au PDG de l’Atlantic Council, Fred Kempe, Ghani a déclaré : « Vous avez été un grand ami. J’ai une grande admiration à la fois pour votre érudition et pour votre gestion ».

Dans le public, @FredKempe l’interroge sur ses relations avec ses voisins. Avant de répondre, @ashrafghani le remercie d’abord pour ses propres contributions. « Vous avez été un grand ami. J’ai une grande admiration à la fois pour votre érudition et votre gestion. » #NATOEngages 12/ pic.twitter.com/PgOG5o6qTO
– Atlantic Council (@AtlanticCouncil) 12 juillet 2018

L’histoire d’amour de l’Atlantic Council avec Ghani s’est poursuivie jusqu’à la fin lamentable de sa présidence.

En 2019, Ghani était un invité d’honneur à la Conférence sur la sécurité de Munich (CSM), soutenue par l’Atlantic Council et parrainée par le gouvernement allemand. Là, le président ploutocratique afghan a prononcé un discours qui ferait rougir même le pseudo- populiste le plus cynique, déclarant : « La paix doit être centrée sur les citoyens, pas sur les élites. »

Actualités #MSC2019 : @DamonMacWilson s’est entretenu aujourd’hui avec @ashrafghani pour l’interroger sur les acteurs qui devraient être impliqués pour assurer une solution concrète au conflit. https://t.co/9HHs5esBFN
– Atlantic Council (@AtlanticCouncil) 15 février 2019

L’Atlantic Council a accueilli Ghani une dernière fois en juin 2020, lors d’un événement parrainé par l’ Institute of Peace des États-Unis, lié à la CIA, et le Rockefeller Brothers Fund. Après les éloges de Kempe, qui l’avait décrit comme une « voix de premier plan pour la démocratie, la liberté et l’inclusion », l’ancien directeur de la CIA David Petraeus a salué Ghani en soulignant « quel privilège ce fut de travailler avec [lui] en tant que leader en Afghanistan. »

Écoutez le président @ashrafghani AUJOURD’HUI à 10 h HNE alors qu’il discute de la vision pour la paix de l’Afghanistan, organisé par @ACSouthAsia et modéré par Stephen Hadley de @USIP. #ACFrontPage #AfghanPeaceProcess.
Atlantic Council (@AtlanticCouncil) 11 juin 2020

Ce n’est que lorsque Ghani a ouvertement volé et fui son pays en disgrâce en août 2021 que l’Atlantic Council s’est finalement retourné contre lui. Après presque deux décennies de promotion, de relations étroites et d’admiration à son égard, le think tank a finalement reconnu que c’était une « canaille fuyarde ».

C’était un revirement spectaculaire, de la part d’un think tank qui connaissait Ghani mieux que n’importe quelle autre institution de Washington. Mais il faisait également fait écho aux tentatives désespérées de sauver la face de nombreuses institutions américaines d’élite qui avaient fait de Ghani leur tueur à gages économique néolibéral.

Jusqu’aux derniers jours tristement célèbres de Ghani, Washington lui a gardé sa confiance.

L’illusion d’un Ashraf Ghani en tant que génie technocratique a perduré jusqu’à la fin de son désastreux mandat.

Le 25 juin, quelques semaines avant l’effondrement de son gouvernement, Ghani avait rencontré Joe Biden à la Maison Blanche, où le président américain avait rassuré son homologue afghan sur le soutien indéfectible de Washington.

« Nous allons rester à vos côtés », avait assuré Biden. « Et nous allons faire de notre mieux pour veiller à ce que vous ayez les outils dont vous avez besoin ».

Un mois plus tard, le 23 juillet, Biden a répété à Ghani, lors d’un appel téléphonique, que Washington continuerait à le soutenir. Mais sans les milliers de soldats de l’OTAN qui protégeaient son pseudo-régime, les talibans progressaient rapidement – et tout s’est écroulé en quelques jours, comme un château de cartes.

Ashraf Ghani rencontre le président Joe Biden à la Maison Blanche le 25 juin 2021.

Le 15 août, Ghani a fui le pays avec des sacs d’argent volé. C’était une réfutation surréaliste du récit, répété ad nauseam par la presse, selon lequel Ghani était, comme le disait encore Reuters en 2019, « incorruptible et érudit. »

Les élites à Washington n’arrivaient pas à croire ce qui se passait, niant ce qu’elles voyaient de leurs propres yeux.

Même le légendaire militant progressiste anti-corruption Ralph Nader était en plein déni, se référant à Ghani en termes affectueux comme à un « ex-citoyen américain incorruptible ».

Le président Ashraf Ghani, l’ex-citoyen américain incorruptible, n’a jamais eu une seule chance de la part des responsables américains, qui n’ont jamais cherché à comprendre les réalités de l’Afghanistan.
– Ralph Nader (@RalphNader) 20 août 2021

Peu de personnalités ont mieux résumé la pourriture morale et politique de la guerre américaine de 20 ans en Afghanistan qu’Ashraf Ghani. Mais son bilan ne doit pas être considéré comme un exemple isolé.

C’est le Washington officiel, son appareil de think tanks et son armée de thuriféraires des médias qui ont fait de Ghani ce qu’il est. C’est un fait qu’il avait lui-même reconnu lors d’une interview accordée en juin 2020 à l’Atlantic Council, lorsqu’il avait déclaré : « Permettez-moi tout d’abord de rendre hommage au peuple américain, aux administrations américaines, au Congrès des États-Unis et, en particulier, au contribuable américain pour leurs sacrifices en sang et en argent. »

Ben Norton

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Rousselw/Entelekheia

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