Au Yémen, nous sommes les terroristes

La guerre du Yémen est sans doute la pire chose qui se passe actuellement dans le monde. Et la situation ne devrait pas s’améliorer alors que les États-Unis veulent inscrire les Résistants Houthis sur leur liste des organisations terroristes. La guerre a pourtant déjà fait des centaines de milliers de morts. Pouvons-nous y faire quelque chose ou sommes-nous condamnés à la complicité, en regardant ailleurs pendant que des enfants meurent de faim et du choléra ?

 

Par Caitlin Johnstone

Paru le 4 décembre 2020 sur Medium.com

L’administration Trump serait sur le point de placer les rebelles Houthis du Yémen sur sa liste officielle des organisations terroristes dans le but de les priver d’argent et de ressources. Le chef du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, ainsi que de nombreux autres experts, prévient que cette désignation prolongera l’horrible guerre qui a coûté la vie à plus d’un quart de millions de personnes et créera une barrière impénétrable de paperasserie empêchant l’aide humanitaire de parvenir au peuple yéménite.

Les Nations Unies estiment prudemment qu’environ 233 000 Yéménites ont été tués, surtout par des « causes indirectes », dans la guerre entre les Houthis et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, soutenue par les États-Unis. Ces causes indirectes seraient la maladie et la famine résultant de ce que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle « la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies ».

 

 

Lorsque les gens entendent le mot « famine », ils pensent généralement à la faim de masse causée par des sécheresses ou d’autres phénomènes naturels. Mais en réalité, les décès par la famine que nous voyons au Yémen (dont un énorme pourcentage sont des enfants de moins de cinq ans) sont causés par quelque chose qui n’est pas plus naturel que les morts de famine que vous verriez dans un siège médiéval. Ils sont le résultat de l’application d’un blocus par la coalition saoudienne et de ses bombardements ciblés sur des fermes, des bateaux de pêche, des marchés, des sites de stockage de nourriture et des centres de traitement du choléra. L’objectif est de rendre les régions contrôlées par les Houthis du Yémen si faibles et misérables qu’elles se brisent.

En d’autres termes, les États-Unis et leurs alliés ont aidé l’Arabie saoudite à tuer délibérément des enfants et d’autres civils à grande échelle afin d’atteindre un objectif politique. Ce qui serait bien entendu un exemple parfait de toute définition standard du terrorisme.

Nous sommes les terroristes. L’Arabie saoudite, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la France et tous les autres pays qui ont facilité les horribles atrocités de masse au Yémen, cette alliance étroite de puissances mondiales constitue une organisation terroriste comme le monde n’en a jamais vu auparavant. Et l’empire étasunien, terriblement sauvage et sanguinaire, désigne à présent les Houthis comme une organisation terroriste. C’est la blague la moins drôle qui ait jamais été racontée.

Nous sommes les terroristes. Je dis « nous » au lieu de nos gouvernements, parce que si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous, en tant que population civile, sommes complices de ce massacre. Les horreurs au Yémen sont sans aucun doute la pire chose qui se passe dans le monde en ce moment, mais elles constituent à peine une tâche sur notre conscience sociale. L’écrasante majorité d’entre nous a vu les photos et les vidéos d’enfants yéménites affamés, a pensé à quelque chose du genre « Oh une famine, c’est si triste » puis est retournée à ses réflexions sur le sport ou toute autre absurdité insipide qui occupent la plus grande partie de notre attention.

Nous sommes les terroristes. Oui, il est vrai que nous avons été conditionnés dans notre complicité avec ce terrorisme. Et si les médias faisaient leur prétendu travail, le Yémen serait au centre de notre attention. Mais nous sommes toujours complices, nous y participons toujours, vivant dans une société où le massacre et la brutalité n’amènent pas à se lever no à utiliser la force du nombre pour exiger un changement. Ce n’est pas parce que vous l’ignorez que vous ne dormez pas sur un lit d’enfants massacrés.

Nous sommes les terroristes. Mais nous n’avons pas à l’être.

Nous pouvons commencer à nous réveiller ensemble. Réveiller nos amis et voisins, répandre la conscience de ce qui se passe, sensibiliser aux horreurs que nos gouvernements sont en train de commettre au Yémen et dans d’autres pays au nom de la domination impérialiste, s’entraider pour voir à travers les voiles de la propagande à quel point des vies et des ressources sont sacrifiées pour infliger une terreur indicible au lieu de profiter à l’humanité.

Le gouvernement étasunien pourrait presque immédiatement mettre fin aux horreurs du Yémen s’il le voulait vraiment. Si le maintien de l’hégémonie unipolaire reposait soudainement sur la victoire des Houthis plutôt que sur la poursuit de combats visant à préserver un régime aligné sur Washington, les Saoudiens se retireraient et la guerre serait terminée en quelques jours. Nous pourrions y arriver si nous parvenions à sensibiliser suffisamment sur la réalité de ce qui se passe au Yémen.

Brisez le silence sur le Yémen. Faites pression sur Biden pour qu’il tienne sa promesse électorale de mettre fin à la guerre initiée sous l’administration Obama-Biden. Opposez-vous à l’impérialisme étasunien. Dénoncez les médias de masse qui refusent de nous donner une image claire de ce qui se passe dans le monde. Aidez les gens à réaliser que leur perception de la réalité est continuellement déformée par les puissants.

Nous mettrons fin à notre complicité dans le terrorisme de l’Empire en réveillant les citoyens de cet empire et en leur ouvrant les yeux sur les actes de terreur qu’il commet.

Caitlin Johnstone

Source : Source : caityjohnstone.medium.com

Traduction: Investig’Action

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De vrais journalistes soumettraient Biden à un interrogatoire sur le Yémen à chaque occasion

Par Caitlin Johnstone

Paru le 8 novembre 2020 sur Caitlinjohnstone,

Pendant toute cette stupide course à la présidentielle américaine, j’ai entendu très peu d’arguments en faveur d’un vote Biden qui m’ont paru autre chose que le produit de l’ignorance, de la distorsion de la propagande et de l’imposture partisane. Biden sera probablement pire que Trump sur la guerre. Ses propositions climatiques ne sont qu’un pansement sur une blessure béante à la poitrine, tout comme ses plans pour la justice économique. Il y aura toujours du racisme aux Etats-Unis. Le fait que Trump ait finalement expulsé beaucoup moins d’immigrants sans papiers qu’Obama indique que la présidence de Biden n’améliorera sûrement pas les choses sur ce front.

En ce qui concerne les changements réels qui affectent les gens normaux, la prochaine présidence de Biden n’offre pas beaucoup de choses sur lesquelles on peut être particulièrement optimiste.

Mais il y avait un élément sur la plate-forme du Parti démocrate cette saison électorale que des gens particulièrement conscientisés mentionnent parfois et que je pourrais absolument respecter comme une bonne raison de voter pour Biden. Il se lit comme suit :

« Les Démocrates mettront fin à leur soutien à la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen et aideront à mettre fin à la guerre. Cette guerre est responsable de la pire crise humanitaire au monde et amplifie les menaces pesant sur la région et nos intérêts. Les Démocrates estiment que les États-Unis devraient soutenir les efforts diplomatiques et non pas les bloquer. »

« Le vice-Président Biden pense qu’il est plus que temps de mettre fin au soutien américain à la guerre au Yémen et d’annuler le chèque en blanc que l’administration Trump a signé à l’Arabie saoudite pour la conduite de cette guerre », a déclaré le porte-parole de la campagne Biden, Andrew Bates, au Washington Post l’année dernière.

Maintenant, vous pouvez les croire ou non ; ça n’a pas d’importance. Le point important est que, alors que Trump a opposé son veto aux tentatives du Congrès de sauver le Yémen (sans doute l’acte le plus pervers de toute son administration), Biden a fait campagne pour mettre fin à la guerre. Il devrait donc être constamment poussé sur cette question, chaque fois que l’occasion se présente.

L’atrocité de masse qu’est la guerre au Yémen est sans aucun doute la pire chose qui se passe actuellement dans notre monde. Les gens n’aiment pas la regarder, ils n’aiment pas y penser, mais c’est le cas. Et elle est entièrement et délibérément fabriquée par l’homme.

Une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, alignés sur les États-Unis, a martelé le pays le plus pauvre du Moyen-Orient avec une incroyable sauvagerie depuis 2015. Cette coalition est armée et assistée par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Australie et le Canada [et bénéficie de la participation directe d’Israël]. Le but de cette agression est de renverser une rébellion dirigée par les Houthis qui a évincé le précédent gouvernement central soutenu par les États-Unis. C’est un assaut extrêmement inégal de la part d’un groupe d’alliés extrêmement puissant, et Washington est à la tête de cette alliance de pouvoir.

Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées par la pluie sans fin de bombes de fabrication occidentale largués du ciel par la coalition saoudienne, et des centaines de milliers d’autres sont mortes de faim et de maladie en raison du blocus inhumain des importations par l’Arabie saoudite et de son ciblage délibéré des fermes, bateaux de pêche, marchés, sites de stockage de nourriture et centres de traitement du choléra avec des frappes aériennes. Le but est de rendre les forces houthies si misérables et affamées qu’elles abandonnent, quel que soit le nombre de civils tués dans le processus.

Il est difficile d’obtenir des chiffres précis à partir d’un écosystème d’information manifestant si peu d’intérêt pour la question : pendant des années, les médias de masse ont continué à rapporter que seulement 10 000 personnes étaient mortes alors que cette immobilité statistique était une impossibilité évidente dans une guerre en cours. Une analyse des données des Nations Unies a révélé que 85 000 enfants de moins de cinq ans sont morts de faim et de maladie extrêmes depuis le début de la guerre, mais c’était il y a deux ans. Un autre rapport de l’ONU estime que près d’un quart de million de personnes sont mortes pendant la guerre, mais c’était il y a un an et demi. Les deux nombres sont nécessairement beaucoup plus importants maintenant.

Dans un article intitulé Joe Biden a dit qu’il était contre la guerre au Yémen. Il doit y mettre fin dès le premier jour, Sarah Lazare de In These Times soutient que Biden est pleinement capable de mettre fin à la guerre au Yémen dès son entrée en fonction, et qu’en raison de son rôle dans l’administration Obama lorsque la guerre a éclaté, il a une responsabilité particulière à cet égard. Lazare cite l’analyse de deux experts, Hassan El-Tayyab, principal lobbyiste politique pour le Moyen-Orient au sein de l’organisation progressiste Friends Committee on National Legislation, et Erik Sperling, directeur exécutif du think tank Une politique extérieure juste.

« Par décret, Biden pourrait amener le Pentagone à mettre fin au partage de renseignements pour les frappes aériennes de la coalition saoudienne, à mettre fin au soutien logistique et à mettre fin aux transferts de pièces de rechange qui maintiennent les avions de combat saoudiens dans les airs », a déclaré El-Tayyab à In These Times. « Il pourrait rétablir l’aide humanitaire au nord du Yémen. Il pourrait utiliser son pouvoir de Président pour faire pression sur d’autres nations qui soutiennent la coalition saoudienne comme la France, le Royaume-Uni et le Canada et les amener à lui emboîter le pas. Il pourrait demander au Département d’État de mettre un terme à toutes les ventes d’armes à l’Arabie saoudite à moins qu’elles respectent certains critères. »

« Sans la couverture morale des États-Unis, ils l’incitation à continuer la guerre cesserait », ajoute El-Tayyab.

« Biden s’est engagé à mettre fin à la participation américaine à la guerre contre le Yémen en tant que Président », a déclaré Sperling à In These Times. « Mais il doit préciser que cela inclura tout type d’assistance — comme y ont exhorté les responsables d’Obama Rice, Power, Rhodes et d’autres—  y compris le partage de renseignements, le soutien logistique et les pièces de rechange pour les avions de combat. »

« Il devrait dire publiquement et en privé aux Saoudiens qu’il le fera dès le premier jour », a ajouté Sperling. « Cela les poussera à négocier et pourrait mettre fin à la guerre avant même qu’il n’entre à la Maison Blanche. »

« Le Président Biden n’a pas besoin d’une majorité au Sénat pour mettre fin au génocide au Yémen », a tweeté le journaliste Walker Bragman, qui a largement rendu compte du conflit. « Il pourrait mettre fin à l’implication militaire américaine au Yémen et au soutien à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dès le premier jour. Il s’est engagé à mettre fin aux ventes d’armes pendant la campagne, mais étant donné qui est Biden, il faut commencer à faire du bruit maintenant. Le Yémen a besoin de fournitures médicales, de nourriture, d’eau potable et d’aide humanitaire. »

Je suis contente que Trump soit démis de ses fonctions, mais n’oublions ni ne pardonnons ce qu’Obama et Biden ont déclenché au #Yémen. 30 millions de personnes dans mon pays d’origine continuent de souffrir après 6 ans de brutalité américano-saoudienne. Eux aussi méritent de vivre sans oppression. La guerre Arabie-Émirats arabes unis contre le #Yémen a commencé il y a 5 ans avec le plein soutien d’Obama / Biden. Ensemble, ils ont créé la pire crise humanitaire au monde. Obama ne s’est jamais excusé & Biden ne s’est exprimé contre la guerre qu’en 2019. Voici ce qu’ils ont fait aux Yéménites de 2015 à 2016. (Twitter)

Si les États-Unis avaient une vraie presse libre, ce sujet reviendrait à chaque interview et à chaque conférence de presse de Biden. Si le journalisme existait réellement dans les médias grand public, Biden serait harcelé sur cette question chaque fois qu’il se trouverait près d’une caméra. Quel est le plan pour mettre fin à la guerre ? Quelles mesures a-t-il prises pour mettre en œuvre ce plan ? A-t-il déjà appelé les Saoudiens ? Et les autres alliés américains qui soutiennent le massacre ? Que se passe-t-il précisément et quand est-ce que la guerre prendra fin ?

Il n’y a aucune raison légitime que cela ne se produise pas. Le Yémen est le problème le plus pressant au monde, Biden en est responsable et il a dit qu’il y mettrait fin. S’il y avait une presse libre réelle aux Etats-Unis imposant au pouvoir de rendre des comptes et posant les questions importantes aux dirigeants, Biden serait interrogé sur ce sujet avec une urgence implacable chaque fois qu’une opportunité se présenterait.

Et bien sûr, nous savons que cela n’arrivera pas. Nous savons que les États-Unis d’Amérique n’ont pas réellement de presse libre demandant aux élites de rendre des comptes et posant les questions importantes à leurs dirigeants ; tout ce que nous avons, ce sont des sténographes de la cour royale appartenant à des ploutocrates qui cultivent des relations chaleureuses avec le pouvoir et régurgitent docilement le récit officiel pour la consommation de leurs publics crédules, quelles que soit les absurdités qu’on leur a fait avaler. Nous savons qu’ils donneront au gentil vieil homme qu’ils ont agressivement protégé de tout examen pendant l’élection autant d’espace confortable dont il a besoin et le laisseront dire ce qu’il veut dire à ses propres conditions lorsqu’il se sentira prêt.

Mais cela devrait se produire. Et le gouvernement le plus puissant du monde devrait avoir un 4e pouvoir de presse libre pour que les élites soient contraintes de rendre des comptes. Et la boucherie au Yémen devrait prendre fin. Immédiatement.

Caitlin Johnstone

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