© 2016 Eric Margolis


Le Président Donald Trump a mis les Etats-Unis sur le sentier de la guerre. Cet objectif est clairement apparu, vendredi dernier [13 octobre, ndlr], lorsqu’il a refusé de « certifier » l’accord international sur le nucléaire avec l’Iran et qu’il a annoncé de lourdes sanctions à l’encontre du puissant Corps des Gardiens de la Révolution Islamique de Téhéran.

Par Eric Margolis | 15 octobre 2017

Ce retournement de Trump est aussi l’habile moyen qu’il a trouvé pour minimiser sa responsabilité dans l’abrogation du traité sur le nucléaire iranien, signé en 2015 entre l’Iran, la France, l’Allemagne, la Russie, la Chine et l’Union Européenne.

En accusant l’Iran de « terrorisme » et de « violation de l’esprit de l’accord », Trump a remis la question iranienne entre les mains du Congrès, à majorité républicaine. Il était obligé de le faire. Hauts fonctionnaires travaillant pour la Sécurité Nationale, signataires du traité et délégués aux Nations unies, tout le monde s’accordait pour dire que l’Iran avait respecté ses obligations.

Alors Trump a ressorti la  rengaine du terrorisme – vieille hantise  du pays de l’Oncle Sam. Qui n’en soutient pas moins les exactions criminelles de l’Etat Islamique et de ses alliées en Syrie et en Irak.

On sait d’avance comment le Congrès va s’emparer de cette patate chaude.  Les sénateurs et membres du Congrès en charge de la question, tels que Bob Corker, Tom Cotton et Marco Rubio, sont tous de connivence  avec les lobbies pro-israéliens.

Le véhément ambassadeur américain aux Nations Unies, Nikki Haley, est quasiment aux ordres du magnat du casino de Las Vegas, archi-milliardaire et sioniste, Sheldon Adelson – qui est également  l’un des principaux bailleurs de fonds de Trump et de Netanyahu.

Dans les faits, le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyaou, semble plus influent à Capitol Hill que le président Trump. Il l’a montré à plusieurs reprises en humiliant son prédécesseur, le président Barack Obama.

Israël vient de marquer un point en se servant de Trump pour saboter l’accord sur le nucléaire iranien. Depuis le début, Netanyaou reste intransigeant et s’emploie à faire jeter cet accord aux oubliettes. Après avoir poussé les Etats-Unis à détruire ses ennemis de toujours, l’Irak et la Syrie, Israël retourne maintenant ses canons sur l’Iran, ultime puissance régionale capable de s’opposer à l’hégémonie israélienne sur le Moyen-Orient. L’Iran qui, ne l’oublions pas, est également la seule force importante de la région à soutenir les Palestiniens dans leurs revendications d’un Etat.

Trump est entouré d’une coterie de conseillers qui défendent à fond Israël et copinent avec les représentants situées les plus à droite sur l’échiquier politique de ce pays. Tellement à droite que leurs opposants israéliens les qualifient de « fascistes ». Trump, avec son complexe mussolinien, est en complète osmose avec cet état d’esprit.

En outre, sa  haine de l’islam et ses sympathies avec les églises évangéliques renforcent son hostilité contre l’Iran. Le lobby israélien et les sionistes chrétiens qui composent sa base électorale battent les tambours de guerre contre l’Iran.

Si le traité sur le nucléaire iranien est abrogé, l’Amérique se sera tirée une balle dans le pied en montrant au monde qu’elle est à la merci de groupes qui travaillent pour leurs intérêts particuliers au détriment de ceux de la nation. Déjà scandalisée par les pitreries de Trump et de ses partisans évangélistes à Washington,  l’Europe se détournera encore plus de l’Amérique et se rapprochera de la Russie et de la Chine. Qui croirait encore aux bonnes paroles de l’Amérique après le mandat de ce briseur d’accord qu’est Trump ?

L’Europe a passé récemment avec l’Iran des accords commerciaux qui se chiffrent en milliards, au premier rang desquels celui signé avec Airbus  qui porte sur la vente d’avions de fret. Boeing projetait de vendre 80 avions à l’Iran, pour un montant de 16 milliards. Le djihad de Trump contre l’Iran risque donc de priver des dizaines de milliers de  travailleurs américains d’emplois grassement rémunérés. Pour un président qui promettait de créer des emplois à gogo!

Dans le cadre de l’accord sur le nucléaire, l’Iran a livré dix tonnes d’uranium moyennement enrichi. Récupérera-t-il ce pactole si le Congrès fait capoter l’accord sur le nucléaire ? C’est peu probable. Toujours dans le cadre de cet accord, l’Iran a détruit la plupart de ses centrifugeuses d’uranium. Aura-t-il la possibilité de poursuivre Washington en justice pour rupture de contrat ?

En attendant, les Etats-Unis se dirigent droit vers ce qui s’apparente à un conflit militaire avec l’Iran, avec, en ligne de mire, le déclenchement  possible d’une autre guerre, contre la Corée du Nord. Trump, qui a été exempté de la guerre du Vietnam pour un banal problème de pieds est à présent ravi de faire joujou avec ses nouveaux gadgets militaires. Nombre de ses conseillers craignent qu’il ne déclenche une guerre nucléaire. Il serait  grand temps que des membres haut placés de son équipe interviennent et lui retirent l’accès aux codes de lancement nucléaire

Israël est déterminé à se débarrasser de l’Iran pour écarter toute opposition militaire ou politique à son Etat Juif. C’est l’opération Irak II. Elle vise à anéantir l’industrie nucléaire iranienne et son économie civile. Et peut-être bien à en finir avec l’entité iranienne pour la diviser en mini-états – Iranien, Azeri et Kurde – comme cela s’est produit en Irak.

L’illustre homme d’état romain Caton l’Ancien finissait toujours ses discours par la phrase « Carthago delenda est » – « Il faut détruire Carthage, ennemie la plus acharnée de Rome ». C’est maintenant au tour de l’Iran.

Par Eric Margolis | 15 octobre 2017 © 2016 Eric Margolis

Eric S. Margolis est un journaliste primé et interrnationalement reconnu. Ses articles sont publiés dans les parutions suivantes : New York Times, International Herald Tribune, Los Angeles Times, Times of London, Gulf Times,   Khaleej Times (Etats du Golfe), Nation (Pakistan), Hurriyet (Turquie), Sun Times (Malaisie) et d’autres nouveaux sites en Asie.  https://ericmargolis.com/

Article original: https://ericmargolis.com/2017/10/trump-shoots-the-us-in-the-foot-over-iran/

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

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Publié par Arrêt sur info


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