“De l’indignité quotidienne de la recherche de nourriture aux dangers extrêmes du travail journalistique, la vie dans ce coin sombre de la terre est devenue impossible”.

[Mahmoud Mushtaha, journaliste, Gaza 29 février 2024]

Rafah, le 9 février 2024. Les enfants attendent un plat chaud (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Pr Christophe Oberlin

Plus de quatre mois se sont écoulés depuis le déclenchement de cette nouvelle bataille de Gaza. Souvenons-nous que la première grande bataille de Gaza eut lieu en 1917. Il s’agissait de la lente avancée des troupes britanniques qui remontaient depuis le désert du Sinaï, avec pour objectif « d’offrir pour Noël Jérusalem au roi d’Angleterre ».  La bataille dura six mois. La résistance ottomane ne fut submergée que lorsque le nombre de combattants alliés représenta huit fois celui des combattants turcs. Car ceux-ci avaient exploité au maximum la seule technique de protection possible sur un territoire sans défense naturelle : s’enfouir dans les sables de Gaza. Avec une différence par rapport à la bataille en cours : les habitants avaient pu s’échapper, le temps des combats. Le bilan s’éleva à 10 00 morts dans chaque camp, essentiellement des combattants[1].

Aujourd’hui le bilan provisoire dépasse très largement ce chiffre, et il s’agit d’une immense majorité de civils. Un million et demi de déplacés s’entassent à la frontière égyptienne. Le monde entier s’alarme à juste titre que l’exécutif israélien prétende s’apprêter sur cette population à un sorte d’assaut final. Ceci ne doit pas occulter la situation des 600 000 Palestiniens qui demeurent pour l’instant dans la partie nord du territoire, totalement dévastée et sans ressources. De nombreux cas de décès par famine ou déshydratation sont déjà signalés, sans que ces décès ne puissent figurer sur le bilan publié quotidiennement par les vestiges de structures hospitalières qui persistent au sud. Poussés par la faim et la soif, une partie de la population du nord, ceux qui le peuvent encore, commence à migrer du nord vers le sud, augmentant la surpopulation de Rafah.

En l’absence de soins médicaux de base et de l’apport massif d’eau et de nourriture au nord de la Bande de Gaza, ceux qui restent, incapables de se déplacer, sont appelés à une mort certaine. Dans le cadre des discussions en cours entre toutes les parties, notamment l’agence des Nations unies pour l’aide humanitaire, OCHA[2], la priorité devrait être d’assurer la sécurité de l’acheminement des convois vers le nord. Rappelons qu’avant le déclenchement de la bataille actuelle, 300 camions entraient chaque jour dans la Bande de Gaza. Plus du double est aujourd’hui indispensable. Le port de Gaza doit être réouvert.

Pr Christophe Oberlin

Chirurgien opérant et enseignant trois fois par an dans la Bande de Gaza depuis 2001

[1] Gerald Butt, Gaza au carrefour de l’histoire, Erick Bonnier éditions, Paris, 2011

[2] United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs

Arrêt sur info, le 29 février 2024