Par  – 2 Juillet 2014 | Marianne

Plusieurs années après sa disparition, les conditions d’exercice des missions de sécurité irakiennes de la société militaire privée Blackwater continuent de faire des vagues. Le « New York Times » dévoilait lundi un document qui prouve l’impunité dont jouissait la société de sécurité américaine lors de ses missions en Irak. Un pouvoir exorbitant pas étranger à la déliquescence de l’armée irakienne dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

Surtout connue pour ses bavures et ses contrats mirifiques sous l’ère George W. Bush, qui ont permis à l’entreprise de prospérer, le New York Times dévoilait lundi 30 juin un document qui prouve l’impunité dont jouissait Blackwater en terre irakienne alors que s’est ouvert le 11 juin dernier le procès de quatre membres de Blackwater accusés d’homicides volontaires lors de la fusillade de Nisour square qui a causé la mort de 17 civils irakiens, le 16 septembre 2007.

Le mémorandum dévoilé par le journal américain,  rédigé par un enquêteur du département d’Etat américain, Jean Richter, montre qu’en août 2007, l’administration militaire américaine connaissait parfaitement les dérives des missions de sécurité confiées à la société Blackwater. Arrivé en Irak le 1er août, 2007, pour évaluer les « performances » de la société Blackwater chargée d’y protéger les diplomates américains, l’enquêteur liste les fautes commises par les employés de la société : défaut d’entretien des véhicules, emplois de sous-traitants étrangers dans des conditions difficiles, comportement inapproprié des employés, etc. « Le but de cette note est de vous informer d’un incident survenu le 21 août 2007 en Irak. Cet incident déconcertant souligne le manque de professionnalisme et de discipline en vigueur parmi certains des “contractants” » écrit l’enquêteur du ministère de la Défense américain.

Blackwater, l’armée la plus puissante du monde 

Jean Richter explique alors être entré en contact avec Daniel Carroll, responsable de Blackwater en Irak. La première prise de contact est rude : « Daniel Carroll m’a fait savoir qu’il n’était pas techniquement sous la responsabilité du département d’Etat et qu’il n’avait pas à répondre à mes questions. Monsieur Carroll a précisé ses menaces en expliquant qu’il pouvait « me tuer » et que personne ne pourrait ni ne voudrait rien faire puisque nous étions en Irak. J’ai pris la menace de M. Carroll au sérieux. Nous étions dans une zone de combat où ce genre de choses peuvent arriver sans prévenir, et particulièrement quand il est question de sujets pouvant avoir un impact négatif sur un contrat lucratif de sécurité ».

Le rapport décrit surtout une société de sécurité toute puissante à Bagdad, ayant même pris la main sur l’administration policière, militaire et diplomatique américaine : « Les structures de management sur place pour surveiller et gérer nos contrats sont devenus subordonnées aux contractants eux-mêmes. Les contractants sont aux commandes et en situation de contrôle. Ils ont pris la place des représentants de l’Etat ». En clair, en 2007, Blackwater « règne » sur l’Irak. On y trouve plus de contractuels privés (180 000) que de soldats réguliers (160 000). Auteur d’une enquête sur la société Blackwater, le journaliste américain Jeremy Scahill l’avait baptisée« l’armée la plus puissante du monde », décrivant précisément la privatisation des affaires militaires après les attentats du 11 septembre 2001 et le jackpot décroché par Blackwater en 2006 qui obtiendra le contrat de sécurisation des fonctionnaires et institutions américaines dans 27 pays.

Le rapport de Jean Richter, lui, est transmis au département d’Etat le 31 août 2007. Quinze jours à peine avant le carnage qui va commencer à attirer l’attention des médias et des autorités militaires sur la société Blackwater.

Le 16 septembre 2007, cinq gardes privés américains, salariés par Blackwater, ouvrent le feu en plein centre de Bagdad sur des civils désarmés. On relèvera 17 morts et 24 blessés parmi les civils irakiens. Les gardes affirment qu’ils ont été attaqués, ce que démentent tous les témoins irakiens. Le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, avait qualifié la fusillade de « massacre »et Bagdad souhaite alors officiellement le départ « dans les six mois » de la firme.

En 2009, un juge américain avait prononcé un non-lieu contre cinq ex-employés de Blackwater parce que certaines de leurs déclarations juste après la fusillade n’auraient pas dû être utilisées contre eux par le ministère public. Deux ans plus tard, une Cour d’appel avait rétabli l’inculpation contre 4 employés, ouvrant la voie au procès actuel.

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