Ce qui nous pend au nez

Fin 2016 Facebook a introduit un mécanisme destiné à faire disparaître tout nouvel abonné de la page de nombreux sites « alternatifs » sérieux. Ainsi la page Arrêt sur info – qui était alors en constante et rapide expansion – a vu le nombre de ses lecteurs et des partages « tomber » à un niveau dérisoire.

Un mécanisme destiné à censurer une journaliste indépendante qui s’efforce de combattre les fausses informations relayées par les médias officiels, touchant notamment les guerres au Moyen-Orient et le rôle prépondérant d’Israël et de ses alliés occidentaux dans sa déstabilisation. Médias, faut-il le rappeler, qui comme Le Monde se font payer pour diffamer, via Décodex, des sites sérieux en les associant à des blogs de fake news créés par le « système » à des fins d’intoxication de la toile, tels que Awdnews, pour ne citer que ce blog là.

Les faits sont parlants. Du jour au lendemain Arrêt sur info a vu le nombre de nouveaux abonnés (1500 à 2500 semaine) « tomber » à quelques centaines par mois. Puis à zéro. Si bien que le nombre de 58 800 abonnés demeure inchangé depuis fin 2017. Si cela n’est pas une censure censure politique… (Lire aussi: Facebook : 50 millions de comptes piratés à cause d’une énorme faille de sécurité) [Silvia Cattori]

Le réseau social a supprimé plus de 800 pages et comptes qui partageaient principalement des contenus politiques. Des médias alternatifs de droite comme de gauche sont touchés, dont certains disposaient de plusieurs millions d’abonnés.

Les semaines se suivent et se ressemblent pour Facebook. Depuis plusieurs mois, le géant des réseaux sociaux accumule les polémiques liées à la gestion de sa plateforme.

La soirée du 11 octobre n’a pas fait exception à la règle ; alors que les élections de mi-mandat américaines approchent à grands pas, le réseau social a procédé à une purge massive : 559 pages et 251 comptes ont été purement et simplement supprimés de la plateforme. Disposant de plusieurs millions d’abonnés, certains d’entre eux étaient même particulièrement populaires.

Dans un communiqué, Facebook a justifié ce coup de balai en invoquant une violation de ses termes de service. L’entreprise a expliqué que les pages en question avaient un «comportement inauthentique» et qu’elles «travaillaient à tromper les utilisateurs sur qui elles sont et ce qu’elles font». Plus précisément, Facebook leur reproche d’utiliser de faux comptes afin d’augmenter artificiellement leur visibilité. Le réseau social fait par ailleurs une analyse surprenante dans son communiqué, soutenant que cette stratégie pour générer des clicks ne se limite plus au partage d’articles sur les derniers potins de célébrités, mais s’applique désormais aux contenus politiques.

La droite, la gauche et… RT touchés

De fait, parmi les pages touchées on retrouve entre autre Right Wing News (plus de 3,1 millions d’abonnés) ou encore Nation In Distress (également plus de 3 millions d’abonnés), habitués à partager des contenus politiques qui penchent côté conservateur.

Mais contrairement aux purges précédentes, la gauche n’est cette fois pas en reste. AntiMedia et ses 2,1 millions d’abonnés, ou encore Free Thought Project et ses 3,1 millions d’abonnés se trouvent parmi les victimes. «C’est comme un coup mortel. Facebook était une source grâce à laquelle nous pouvions générer du trafic vers notre site. Les quelques employés que nous avions vont partir», a déploré amer auprès de RT Matt Savoy, qui travaille pour Free Thought Project. Son collègue Jason Bassler ne croit pas une seconde à la raison invoquée par le réseau social : «Si c’était juste du spam, si c’était de la merde non pertinente, ils ne seraient pas aussi menaçants. […] Ce n’est rien de moins que de la censure politique et une tentative d’éradication de certaines idéologies politiques.»

Le compte Twitter d’AntiMedia a par ailleurs été suspendu juste après avoir fait part à ses abonnés de sa situation sur Facebook. Et Nicholas Bernabe, fondateur d’AntiMedia, de faire valoir : «Cela pourrait en fait être perçu comme une ingérence de Facebook dans les élections, car nous ne sommes qu’à quelques semaines [des élections de mi-mandat], et ils visent 800 pages de médias à orientation politique afin de les supprimer.»

«Ce à quoi nous faisons face aujourd’hui, c’est faire taire toute personne qui va à l’encontre du statu quo. De droite ou de gauche, ça n’a aucune importance», a confié à RT le journaliste d’investigation Dan Dicks dont la page aux 350 000 abonnés a été supprimée. «Ce sont les médias mainstream qui essaient d’éliminer leurs concurrents afin que l’oligarchie puisse maintenir le statu quo», a-t-il poursuivi.

La correspondante de RT America Rachel Blevins a subi le même traitement, voyant sa page forte de 70 000 abonnés supprimée, sans qu’il ne lui soit fourni d’explication précise ou d’exemple sur la manière dont elle aurait enfreint les termes de service. La journaliste explique qu’elle avait mis deux ans pour construire cette base d’abonnés en partageant ses propres articles, ou même certains de la presse mainstream qui, parfois, contenaient une information intéressante.

Une censure qui ne dit pas son nom ?

Difficile donc de voir dans cette purge la seule volonté de lutter contre le spam, comme le prétend Facebook dans son communiqué. Accusée par certains d’avoir joué un rôle majeur dans l’élection présidentielle américaine en ne modérant pas suffisamment les contenus – des prétendues «fake news» – qui auraient pu influencer les électeurs, l’entreprise se sait observée à l’approche des élections américaines de mi-mandat.

Pour autant, comme l’ont rappelé les sénateurs américains à Mark Zuckerberg lors de son audition devant le Congrèsen avril, Facebook risque en censurant ouvertement des contenus de s’exposer à des conséquences légales monumentales. Considérée comme un distributeur, l’entreprise est protégée par l’article 230 de la loi sur la décence des communications aux Etats-Unis, qui l’exempte de toute responsabilité juridique pour le contenu qu’elle distribue. Or si la plateforme venait à censurer des contenus, elle se comporterait en tant qu’éditeur et perdrait dès lors son statut privilégié.

L’entreprise ne fait pourtant pas mystère de sa volonté de contrôler le contenu qui est diffusé sur la plateforme. Entre autres programmes, la firme de Palo Alto a annoncé en mai dernier un nouveau partenariat avec l’Atlantic Council – un think tank basé à Washington qui entretient des relations étroites avec l’OTAN – afin de l’aider à repérer les campagnes de «désinformation» qui hantent le réseau.

L’objectif étant de lutter contre les fausses informations et uniquement les fausses informations, Facebook peut faire valoir que cela ne remet pas en question son statut de distributeur. Reste qu’une fausse information est difficilement définissable

RT France


Lire aussi:

Facebook lance une grande purge des pages contestataires

Par Andre Damon
13 octobre 2018

Source: wsws.org

Jeudi, Facebook a retiré certains des pages et des comptes contestataires les plus populaires du plus grand réseau de médias sociaux au monde dans un assaut massif et inconstitutionnel contre la liberté d’expression.

Sans avertissement ni transparence envers le public, plus de 800 pages et comptes ont été sommairement retirés d’Internet. Les pages supprimées comprennent Police the police (surveiller la Police), suivie par plus de 1,9 million de personnes, Cop Block (bloquer les flics), suivies par 1,7 million de personnes, et Filming Cops (filmer les flics), suivies par 1,5 million de personnes. Parmi les autres pages ciblées, citons l’« Anti-Media », avec 2,1 millions d’adeptes, la Reverb Press, avec 800 000 abonnés, Counter Current News, 500 000 abonnés, et The Resistance, 240 000 abonnés.

Des publications de droite, dont la page Right Wing News, ont également été supprimées.

Il n’y a aucun précédent pour cette initiative dans l’histoire moderne d’Internet. Les travailleurs des États-Unis et du monde entier doivent être prévenus : l’élite dirigeante fait face à une vague de grèves croissante des travailleurs avec l’extension de la censure et les mesures prises par l’État policier.

Sur son blog, Facebook a annoncé qu’il « interdisait […] les pages, les groupes et les comptes créés pour susciter un débat politique », en faisant référence à « une activité inauthentique coordonnée ».

Ces pages utilisent « un contenu politique sensationnel » pour « créer un public et générer du trafic vers leurs sites Web ». De manière révélatrice, les pages « ne se distinguent souvent pas du débat politique légitime », a déclaré le monopole des médias sociaux.

Facebook a déclaré que les pages étaient ciblées pour leur « comportement », y compris la gestion de « comptes multiples » et la publication de « clickbaits » (pièges à clics). Ces tentatives timides de nier le fait de cibler des pages Facebook contestataires contenant des allégations non fondées sur leur « comportement » sont un mensonge transparent.

En un instant, le plus grand monopole mondial des médias sociaux a éliminé les moyens permettant à la population américaine d’en savoir plus sur la criminalité policière, les meurtres d’État et les autres crimes du gouvernement.

Un article paru dans le New York Times sur les mesures de Facebook indique clairement que les mesures de censure d’Internet, qui ont été lancées sous le prétexte de combattre l’ingérence russe lors des élections de 2016, visent désormais ouvertement les organisations politiques nationales.

L’article « Fabriqué et distribué aux États-Unis : désinformation en ligne » fait allusion à la suppression des « campagnes d’influence » qui « constituent de plus en plus un phénomène domestique fomenté par les Américains de gauche et de droite ». Il désigne un « chercheur en guerre de l’information » de l’organisation New Media Frontier qui a déclaré : « Il existe maintenant des réseaux bien développés d’Américains qui ciblent d’autres Américains avec des manipulations délibérément conçues. »

Le Times cite aussi, Ryan Fox, le cofondateur de New Knowledge, affirmant que les pages et les organisations censurées « tentent de manipuler les gens en fabriquant un consensus – c’est aller à l’encontre de la liberté d’expression ». Ryan Fox travaillait auparavant pour la NSA et le Commandement intégré des opérations spéciales des forces armées américaines. Le directeur général de New Knowledge, Jonathon Morgan, est rattaché à la Brookings Institution et était auparavant conseiller spécial auprès du département d’État américain.

En partenariat avec l’État, Facebook et d’autres sociétés de médias sociaux décident quelles organisations constituent un « réseau bien développé » cherchant à « manipuler » l’opinion publique. Bien entendu, cela ne s’applique pas aux grands médias qui font l’objet d’une propagande gouvernementale constante, mais aux groupes d’opposition.

Les principales cibles sont les organisations de gauche. En août 2017, le World Socialist Web Site a publié une lettre ouverte à Google dans laquelle il affirmait que Google censurait les sites Web de gauche, socialiste et opposée à la guerre, ainsi que d’autres monopoles sur les médias sociaux. En raison des modifications apportées à l’algorithme de classement des recherches de Google, le trafic sur les pages de gauche a diminué de 75 pour cent.

« La censure à cette échelle équivaut à la mise en place d’une liste noire politique », a déclaré la lettre. « L’algorithme de censure de Google sert manifestement à bloquer les nouvelles que votre société voudrait passer sous silence, et étouffer des opinions avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Ce type de fichage politique n’est pas un usage légitime d’éventuelles prérogatives de Google en tant qu’entreprise commerciale. C’est un abus grossier d’un pouvoir de monopole. Vous attaquez la liberté d’expression. »

Le même acte d’accusation s’applique à la dernière action de Facebook.

Des personnalités du gouvernement américain, notamment les sénateurs démocrates Mark Warner et Dianne Feinstein, ainsi que le membre du Congrès démocrate Adam Schiff, ont incité à la censure des médias sociaux, exigeant que les entreprises suppriment le « contenu divisant » lors d’audiences répétées de la Chambre et du renseignement au Sénat et les comités judiciaires.

En agissant en tant qu’agents du gouvernement américain dans le cadre d’une censure de masse, Facebook enfreint directement le Premier amendement de la Constitution, qui interdit au gouvernement de « restreindre la liberté d’expression. »

En essayant de dissimuler leurs efforts derrière les faux prétextes de cessation d’un « comportement inauthentique », les sociétés de médias sociaux ont directement reconnu qu’elles participaient à des discussions internes en matière de censure politique. Un document interne de Google divulgué mardi a admis que « les entreprises de technologie se sont progressivement détournées de la liberté de parole sans intermédiaire vers la mise en place de la censure. »

Le document reconnaît que de telles actions constituent une rupture avec la « tradition américaine qui donne la priorité à la liberté d’expression pour la démocratie ». Face à la demande croissante du gouvernement et des entreprises publicitaires de faire pression sur ce que les usagers disent, la censure est un moyen « d’augmenter les revenus ».

Ces efforts vont tout à fait dans le sens des plans de l’armée américaine visant à passer à un régime d’État policier. Le mois dernier, le think tank Atlantic Council a résumé les travaux d’une conférence des forces spéciales américaines qui a appelé à une répression radicale de la liberté d’expression.

Le rapport a observé que « la technologie a démocratisé la capacité pour les groupes et les individus sous-étatiques de diffuser un récit avec des ressources limitées et une portée pratiquement illimitée », en contournant les « gardiens professionnels » des médias établis.

Les entreprises de médias sociaux ont été « investies d’un rôle central » dans leur tentative d’étouffer les points de vue politiques « incorrects », car la grande majorité de la population s’oppose à la censure directe du gouvernement, a noté le rapport.

En janvier, le World Socialist Web Site a appelé à la formation d’une coalition internationale de sites Web socialistes, anti-guerre et progressistes, afin de s’opposer à la volonté du gouvernement de censurer Internet. Nous appelons toutes les organisations censurées par Facebook à nous contacter et à rejoindre cette coalition.

(Article paru d’abord en anglais le 12 octobre 2018)

Source: https://www.wsws.org/fr/articles/2018/10/13/face-o13.html

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