Je n’ai pas assez de doigts pour les compter mais je crois qu’il y a 42 joueurs de foot de nationalité française engagés dans le Mondial au Brésil, dont 19 des 25 « Fennecs » algériens qui affrontent les Allemands lundi soir! Comment est-ce possible ? Est ce encore une magouille du renard de la FIFA, Blatter, celui qui a donné le Mondial au Qatar, la plus petite dictature du monde à 45 degrés à l’ombre? Vive le foot! Vive les Fennec » de l’Algérie française. Une chronique décapante de notre ami Jacques Marie Bourget.

Nos immenses chroniqueurs-supporters sportifs, qu’on n’ose qualifier de journalistes, n’en parlent guère mais 19 des 25 Fennecs algériens, qui courent après une sphère ridicule puisqu’elle a la détestable gueule d’un ballon de plage, ont dans leur sac de sport un passeport français. Ils sont nés à la Garenne Bezons, à Nanterre, Saint Denis ou Villeurbanne mais ont gardé le privilège de pouvoir concourir pour l’Algérie. Je me souviens de joueurs de foot d’Amérique du sud, comme Combin et Trézéguet,  qui ont naguère porté le maillot coqué. Et personne n’y a trouvé malice. L’immense Tony Parker n’a de « français » que le fait d’être né en France, et il fait pourtant  le bonheur de tous ceux qui ne mettent pas tout leur nationalisme dans le même panier.

Ces Fennecs affrontent les teutons,

Ces « Fennecs » algériens ont été à l’école communale et laïque, puis la majorité s’est perfectionnée au foot dans les Centres de formation des clubs professionnels français. Et c’est très bien puisque seul le jeu compte. Il a pour lui l’art improvisé, l’invention de l’immédiat,  une création qui peut parfois venir de derrière les cerveaux, inimaginable. Le foot bien joué c’est un monde en train de naître, le terrain est une toile et les joueurs y dessinent des œuvres insensées.

Lisez le dernier bouquin de Jean-Claude Michéa, ce philosophe dont le landau était un empilement  de vessies de ballons et de bouquins d’Orwell, il parle de foot, la seule « valeur » universelle capable de faire pleurer, ensemble et d’émotion, des Inuits et des angevins. Au passage il rappelle la formidable assertion  de Cantona quand il dit : « Mon plus joli but fût une passe », c’est même le titre de son bouquin. Ceux qui ne comprennent pas ce que nous dit Eric ne sont que les héritiers de Thierry Rolland, destinés à fleurir la tombe de ce fossoyeur de l’esprit du foot. Lui, et c’est un symbole du jour, qui ne comprenait pas qu’on puisse être à la fois tunisien et arbitre de haut niveau.

L’étendard polonais

A l’époque précolombienne où je jouais au Racing Club de Paris, grand rival du Stade de Reims, mes amis étaient, pour la plupart, polonais d’origine, italiens ou tchèques. La misère et l’existence de la mine les avaient conduits en France. Quand Kopa marquait pour les tricolores ou le Réal, il arrivait dans les corons que des hommes aux visages dessinés à la poussière de charbon brandissent un étendard polonais. Ou Italien si l’auteur du coup au but était Piantoni… Votre dentiste vous le dira, les racines sont parfois tenaces, et personne ne vient jeter la pierre aux immigrés russes de Paris ou de Nice qui continuent, valises prêtes, à attendre le retour d’un tsar à Moscou. Qui a protesté, lors des manifs organisées par le CRIF, d’une subite floraison de drapeaux bleu et blanc floqués d’une étoile de David? Je me souviens, puisqu’on évoque des « débordements violents »,  qu’un commissaire de police parisien a été poignardé un jour de protestation en soutien à Israël par un délinquant qui a pris la fuite vers Tel-Aviv … Mieux,  au gré d’une Europe des régions qui gomme celle des nations, personne ne siffle quand on chante une complainte bretonne en ouverture de la finale de la Coupe de France.

Les seuls cris, hurlements et protestations, quand on mélange les passeports comme les cartes avant une belote, viennent de ceux qui détestent l’Algérie et, plus largement, les arabes. Que des français « pas de souche » se réjouissent de la victoire du pays de leur grand père est incompréhensible pour un Finkielkraut. Comme il est le plus intelligent de la bande,  vous imaginez, qu’à la vision d’un tel spectacle,  le cerveau d’un Eric Zemmour ne peut que bouillir dans sa petite marmite crânienne. Par charité missionnaire je ne m’étendrai  pas sur les positions d’un Thierry Mariani atteint par trop de douleur, tant son amour pour la jeunesse Russe est de notoriété. En France la minorité bretonne catalane ou corse peut s’afficher dans une joie que le reste des citoyens « de souche » se doit de partager. Pour un arabe, la minorité doit rester invisible.

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Source: http://mondafrique.com/lire/editos/2014/06/29/ces-fennecs-algeriens-au-passeport-francais

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