Le conseiller fédéral Ueli Maurer discutant avec des citoyens lors de l’excursion du Conseil fédéral de 2015. (Bild keystone/EQ Images/Pascal Muller)

Extraits du discours du conseiller fédéral Ueli Maurer le 12 septembre 2021 à Wald ZH concernant les mots-clés «morale», «pouvoir», «experts», «respect» et «valeurs fondamentales»

Qu’a-t-on appris ces derniers temps sur le conseiller fédéral Ueli Maurer? Son port d’un T-shirt blanc portant l’illustration d’un «Freiheitstrychler»1 a suscité un vif intérêt dans les médias suisses. Cependant, son discours lors d’une réunion de citoyens dans l’Oberland zurichois2 n’a trouvé que peu d’écho dans les médias. C’est pourquoi «Point de vue Suisse» documente un certain nombre de déclarations centrales de son discours, qui a été prononcé en dialecte suisse-allemand.

Ueli Maurer a mis en garde contre les dangers d’une concentration de pouvoir à Berne et contre une «moralisation» conduisant à une division de la société.

De même que l’on peut observer que Bruxelles confisque de plus en plus de pouvoir aux Etats membres, on peut également observer quelque chose de similaire en Suisse. M. Maurer a évoqué les règles apparues dans le cadre de la covid-19. Il a souligné que des «experts» non élus étaient aux commandes: «Cette concentration et cette usurpation de pouvoir ont augmenté massivement ces derniers temps, si l’on pense à toutes les mesures qui sont actuellement décidées à Berne. Il y a une poignée d’experts, qui n’ont été élus par personne – ce sont certainement des gens intelligents, ils ont certainement leur point de vue – mais ils prennent le pouvoir entre leurs mains. Ils peuvent actuellement dire ce qui est bien, ce qui est moralement bon et ce qui est mauvais. La concentration de pouvoir qui a lieu est très, très dangereuse.»

A ce stade, il convient de noter que cette «prise de pouvoir» n’est pas un processus passif et que le choix des «experts» n’est pas le fruit du hasard. Le Conseil fédéral lui-même reste l’instance décisive.

Jouir du pouvoir

Si l’on pousse plus loin la réflexion sur les problèmes soulevés par le conseiller fédéral Maurer, il y a un problème fondamental qui peut survenir dans toute démocratie: un possible «envol» du gouvernement. Ce que l’on veut dire, c’est que l’exécutif ne se sent plus obligé envers les citoyens. Si c’est le cas, d’autres forces gagnent en influence sur l’action du gouvernement. L’aspiration au pouvoir, à toujours plus de pouvoir, combinée au sentiment de savoir mieux faire, d’être mieux informé et de pouvoir décider seul, est un problème fondamental de toute délégation de pouvoir. Il faut une répartition et une séparation de pouvoir; il a besoin d’être brisé: «Check and Balance», le contrôle par le peuple, sinon le pas fatal vers la domination par les élites n’est pas loin.

M. Maurer souligne de manière autocritique que le Conseil fédéral a abandonné le pouvoir aux «experts» ou participe à l’augmentation du pouvoir. Citation: «Le Conseil fédéral joue le jeu. Le Conseil fédéral a également pris goût au pouvoir. Je dis cela de manière autocritique: ‹Maintenant, pour une fois, c’est à nous de décider›, voilà un peu la tendance. Et dans cette tendance à prendre le pouvoir, le Conseil fédéral a écrit des lois et des ordonnances [sur la covid] qui disent en détail comment les hommes et les femmes doivent se comporter ou ne pas se comporter. En regardant le niveau de détail de la législation actuelle, on ressent qu’un soudain plaisir du pouvoir est apparu. On peut également le constater lors des apparitions devant les médias. On a désormais le sentiment de pouvoir prendre des décisions, d’avoir le pouvoir, d’être moralement meilleur. C’est ce qui en ressort. Et la concentration du pouvoir est dangereuse».

Le fait qu’Ueli Maurer réfléchisse à son rôle de conseiller fédéral et à un processus politique qui n’est pas sans danger est révélateur de son attachement au pays et à sa population. – Il serait souhaitable que les décideurs politiques réfléchissent plus souvent de manière autocritique à leur propre rôle.

Contrepoids à la concentration de pouvoir

Ueli Maurer appelle à une contre-force, un contrepoids, pour remettre la concentration malsaine de pouvoir à sa place: «S’il y a un contrepoids qui contrebalance cette concentration de pouvoir, alors on peut l’arrêter, voire l’empêcher. Et dans cette concentration de pouvoir – qui est particulièrement évidente en ce moment, mais qui s’exprime en fait depuis un certain temps –, il y a également une certaine résignation au sein de la population. Ou alors nous nous en sortons trop bien et ne nous en préoccupons pas. Et si nous ne nous occupons pas du bien-être de notre pays, alors les autres le font, ceux qui sont aux commandes prennent alors le pouvoir.» M. Maurer décrit le rejet de la Loi sur le CO2 par le peuple, qui aurait mis un pouvoir énorme entre les mains de l’appareil d’Etat et du Conseil fédéral, comme une défense réussie contre une telle concentration de pouvoir. En même temps, il expose les raisons de la faiblesse de la contre-force: résignation, manque d’intérêt dû à un certain bien-être. Il est évident que ce vide est en train d’être comblé.

Respect mutuel

Dans la question de la covid, le conseiller fédéral Maurer aborde la question de la «moralisation», c’est-à-dire le fait qu’une position se déclare meilleure et se sente dans son bon droit lorsqu’elle dicte aux autres comment ils doivent se comporter. Il rejette cette idée et l’oppose à un comportement respectueux: «Donc, pour nous tous, cela signifie que nous nous traitons mutuellement avec respect. Nous acceptons les opinions divergentes et laissons chacun vivre à sa manière tout en essayant dans les contacts personnels, où que ce soit, d’être attentif aux diverses opinions ou au comportement d’autrui. Je pense que c’est un défi que seule la population peut résoudre.»

«Nous avons réduit le nombre de lits de soins intensifs»

Maurer voit l’obligation de certificat comme la conséquence de la politique erronée menée en matière des lits de soins intensifs: «Dans le domaine de la politique de la santé, je pense que le Conseil fédéral et les autorités ont échoué. Si l’on repense au confinement de l’année dernière, nous avions entre douze et treize cents lits de soins intensifs. […] Maintenant, il en reste environ huit cents. Oui, pour l’amour de Dieu!, il y a un an, nous avons décidé le confinement parce que nous avions trop peu de lits de soins intensifs. Nous avions dit qu’il fallait laisser les gens chez eux pour que le système hospitalier ne soit pas surchargé. Et qu’avons-nous fait? Nous avons réduit le nombre de lits de soins intensifs. Dans tout cas normal, on aurait dû mettre en réserve des lits de soins intensifs pour éviter cette situation.»

Crise de leadership – échec dans le secteur de la santé

«Et quand on parle de crise de la covid, il faut également parler d’une crise de leadership. Le leadership a échoué dans le secteur de la santé, il n’y a pas d’autre façon de le dire. Je m’inclus aussi. […] Et dans ce secteur, il faut bien le dire, nous n’avons pas pris les mesures adéquates pour se préparer aux prochaines évolutions. Maintenant, nous sommes dans la situation d’un certificat obligatoire, parce que nous n’avons pas fourni suffisamment de lits. Nous avons fait le contraire, nous avons réduit le nombre des lits de soins intensifs…»

Il reste à savoir quels événements et quels intérêts ont conduit à ces mauvaises décisions. Pourquoi aucun effort n’a-t-il été fait pour disposer de davantage de lits de soins intensifs en réserve? Les lobbies ou les «experts» ont-ils pu exercer leur influence?

«Un défi que seule la population peut résoudre»

Pour les mois à venir, le conseiller fédéral Maurer met en garde contre une aggravation de la situation et lance un appel: «Il nous appartient donc à tous de nous traiter avec respect. Nous acceptons l’autre opinion, laissons vivre chacun et essayons dans les contacts personnels, où que ce soit, d’être attentifs à l’opinion ou aussi aux comportements divergents.

Je pense que c’est un défi que seule la population peut résoudre. […] Nous pourrions aussi nous montrer les uns aux autres que l’on peut faire face à cette situation et que l’on peut vivre avec. Mais il faut toujours un contrepoids au pouvoir, un contrepoids à la moralisation. La morale et la moralisation ne sont pas la même chose. Je crois que dans une société qui est aujourd’hui un peu détachée et dirigée quelque part par des experts, il est très important que les gens s’impliquent. Parce que, je le dis toujours, nous avons des experts sur certains sujets, mais les experts de la vie, c’est vous.»

Il est de notoriété publique que certains «experts» n’agissent pas sans intérêt. C’est lorsque les experts «conseillent» que les conflits d’intérêts deviennent politiquement explosifs. A l’ère de la covid, où les liens personnels étroits entre «Big Pharma» et la politique sont tangibles, il semble étrange que l’on sache si peu de choses sur les «experts» et que le Conseil fédéral et les autorités, presque dans un vol politique à l’aveuglette, ne commandent des expertises que de manière unilatérale.

«Nous devons empêcher la concentration de pouvoir»

Pour le conseiller fédéral Ueli Maurer, il est clair que la question de la covid n’est pas seulement d’ordre médical, mais qu’il y a derrière elle des questions de nature fondamentale, à savoir comment nous voulons vivre ensemble: «En Suisse, il s’agit toujours des valeurs fondamentales qui sont les nôtres dans la Constitution: la liberté d’opinion, le droit d’avoir sa propre opinion, de pouvoir se déplacer librement, contre la moralisation. Dans ce pays, personne n’est meilleur qu’un autre. Tout le monde est égal. Nous devons empêcher la concentration du pouvoir, et nous ne pouvons le faire que si nous y résistons. Derrière le thème de la covid se cachent de nombreuses valeurs fondamentales de notre société. Au cours des prochains mois, nous nous trouverons dans une situation qui sera difficile pour toutes personnes dans notre pays, que vous soyez au Conseil fédéral ou assis autour de cette table. Nous avons des opinions divergentes, qui doivent toutes être acceptées… acceptées et respectées. Nous devons toujours trouver le moyen de nous entendre.»

En fait, il devrait aller de soi qu’un conseiller fédéral peut également adopter une position autocritique. Merci, Monsieur le Conseiller fédéral.


1) Auto-description des Freiheitstrychler: «Les Freiheitstrychler sont apparus pour la première fois en automne 2020. Fondé par un groupe d’habitants engagés de Suisse centrale, nous défendons nos droits constitutionnels avec le cœur et la main.» cf. https://freiheitstrychler.ch/

Les trychlers produisent des sons rythmiques en faisant sonner (souvent en marchant) de grandes cloches métalliques.

2) Un enregistrement vidéo du discours peut être consulté à l’adresse suivante:https://www.bitchute.com/video/Iyv5aPq9AlQb/, publié le 13 septembre 2021

(Traduction «Point de vue Suisse»)

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