Par Mike Whitney | Counterpunch

Publié le 11 décembre 2017 sous le titre Petty, Backstabbing Washington Sinks Russia’s Olympic Dreams

Nul besoin d’être un cynique invétéré pour déceler une erreur judiciaire : il suffit d’une perspective analytique sur un cas sûrement le plus exemplaire et flagrant de l’intrusion du politique dans le sport. La Russie, pour reprendre une expression d’aujourd’hui, a été « poussée sous un bus ».

– Ellis Cashmore, Fair Observer

L’équipe olympique russe ne sera pas autorisée à participer aux Jeux d’hiver de 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud) en raison de l’acharnement sans merci des courtiers du pouvoir de Washington. C’est la première fois qu’un pays se voit interdire l’envoi d’une équipe aux Jeux. Selon Jason Ditz sur Antiwar :

« Officiellement, cette interdiction vise à punir la Russie pour cause de dopage de certains athlètes. En réalité, les États-Unis ainsi qu’une série d’alliés ont exercé de fortes pressions en faveur de cette initiative, principalement liée aux tensions entre États-Unis et Russie au cours des dernières années.

Après tout, le scandale du dopage n’est pas vraiment un scoop et les accusations de dopage de certains athlètes d’Europe de l’Est remontent à plusieurs générations, sans que des interdictions aussi radicales soient sérieusement envisagées. »

– La Russie exclue des Jeux olympiques d’hiver, antiwar.com

Comme l’admet Ditz, le dopage n’est en rien une nouveauté dans le monde du sport, où les athlètes essaient par tous les moyens d’obtenir un avantage sur leurs concurrents. N’oublions pas cependant que les États-Unis ont aussi leurs propres cadavres dans le placard, comme le souligne le journaliste Neil Clark dans un récent article paru dans RT. Regardez un peu ça :

« Wade Exum, ancien directeur du contrôle des stupéfiants au Comité olympique américain, a remis plus de 30 000 pages de documents au magazine Sports Illustrated et au Orange County Register, qui, selon lui, ont montré que plus de 100 athlètes américains avaient été testé positifs au contrôle de dépistage de drogues entre 1988 et 2000, mais qu’ils avaient néanmoins été autorisés à concourir.

Carl Lewis, le champion olympique américain, a admis par la suite qu’il avait été testé positif pour des substances interdites avant les Jeux de Séoul en 1988, où il a remporté l’or, mais a affirmé que « des centaines » de compatriotes américains avaient également échappé aux interdictions.

Il y avait des centaines de gens qui passaient au travers », affirme Lewis. « Tout le monde était traité de la même façon ».

Mais, je vous le donne en mille… pas de rapport de style McLaren, et aucune interdiction collective contre les athlètes américains.

En revanche, les athlètes russes ont été interdits (et dépouillés de leurs médailles) sans que la commission Oswald du CIO ne publie de preuves de leur culpabilité ».

-Le CIO interdit la Russie : la politique de la guerre froide 2.0 gâche les Jeux Olympiques », RT.

C’est ce que vous appelez la justice « à l’américaine », où l’accusé est déclaré coupable avant même d’avoir été accusé d’un crime. Et c’est encore pire que cela, puisque l’accusation n’a pas encore trouvé le moindre début de preuve pour étayer son argumentation. Le CIO a opéré dans le plus grand secret et s’attend maintenant à ce que le monde entier « fasse confiance à son jugement » sur une question qui pue à plein nez la combine politique. Voici d’autres extraits du New York Times :

« Jeudi, le comité olympique a fourni peu de détails sur les cas concernés. « Les motifs de ces décisions seront communiqués en temps opportun », a déclaré l’organisation dans un communiqué de presse. En raison de la nature et de la complexité de ces affaires, ce processus exhaustif, complet et très long a pris plusieurs mois et on a dû faire appel à des experts médico-légaux externes, qui ont dû mettre au point une méthodologie juridiquement défendable ».

Vous demandez des preuves ? On n’a pas besoin de preuves. Le Mafioso de Washington [le journal NYT, ndlr] est de notre côté. C’est la seule preuve dont nous ayons besoin. N’est-ce pas là le raisonnement qui sous-tend  cette farce ? N’est-ce pas là la logique tordue qui a permis de construire Guantanamo, entre autres sites américains officieux dans le monde entier, où les suspects de terrorisme ont été enfermés dans des cellules de 6 par 4, sans fenêtre, où ils ont été torturés ou nourris de force au moyen de tubes en plastique qu’on leur a collés dans le nez jusqu’à leur faire vomir du sang ?  Cette même logique s’applique maintenant au monde du sport. Pas joli, joli.

Et ne faisons pas semblant de ne pas savoir de quoi il s’agit. La Russie et la Chine construisent l’infrastructure vitale (énergie et transports) qui créera une « Grande Europe » allant de Lisbonne à Vladivostok, la plus grande zone de libre-échange de l’histoire, qui mettra hors jeu la puissance économique des États-Unis et plongera cet Empire de plus en plus bancal dans une spirale irréversible vers l’abîme. La Russie a également stoppé la tentative de Washington de renverser le président syrien Bachar al Assad et de plonger le pays dans une anarchie à la libyenne, élément essentiel du plan géopolitique USA visant à redessiner la carte du Moyen-Orient.

A chaque occasion Poutine cherche à entraver la stratégie de Washington visant à contrôler le territoire, riche en ressources, qui part de l’Afrique du Nord et traverse le Moyen-Orient jusqu’au Pacifique. Dans ce Grand Jeu, les États-Unis doivent l’emporter, s’ils veulent rester la puissance mondiale dominante du prochain siècle. C’est pourquoi les poids lourds américains cherchent désespérément de nouvelles façons d’humilier, de punir ou d’écraser ces « méchants Ruskofs ». L’attaque contre l’équipe olympique russe, si mesquine et vicieuse soit-elle, est une autre manière pour la « nation exceptionnelle » de mettre pleinement en œuvre sa doctrine de domination pour isoler un rival émergent et le transformer en paria international. Voici d’autres extraits du New York Times :

« Les représentants du gouvernement n’ont pas le droit d’y assister ; le drapeau national ne flottera pas lors de la cérémonie d’ouverture et l’hymne russe n’y retentira pas. Tous les athlètes de la Russie qui recevront une dispense spéciale pour participer à la compétition le feront à titre personnel, porteront un uniforme neutre, et les archives officielles montreront à jamais que la Russie n’a remporté aucune médaille. Ce fut cela la punition infligée mardi au fier géant du sport, qui a longtemps transformé l’événement international des Jeux olympiques en une scène permettant de dérouler une démonstration de force, mais qui a été  dénoncé pour dopage systématique de manière insondable.

Le Comité International Olympique, après avoir mené à bien ses propres enquêtes, très longues, et qui a réitéré ce qui était connu depuis plus d’un an, a infligé à la Russie des sanctions très sévères pour dopage, comme jamais auparavant dans l’histoire des Jeux Olympiques ».

« La Russie interdite de Jeux Olympiques d’hiver par le C. O. I. », NYT.

Le peuple américain aime-t-il l’idée que son gouvernement use de son extraordinaire pouvoir pour annihiler les rêves de jeunes athlètes qui n’ont rien à voir avec les manigances de leur gouvernement ?  C’est épouvantable. C’est comme frapper quelqu’un à terre, en espérant en retirer un avantage politique éphémère. Pourquoi ne pas les défier sur ce « terrain de jeu », à armes égales ?

Le président russe, Vladimir Poutine, a été déçu par la décision du CIO, qu’il a critiquée à juste titre comme étant « une grossière mise en scène, aux motivations clairement politiques »…..

N’est-ce pas la vérité ? Comme l’a dit Ellis Cashmore, la décision du CIO d’interdire la Russie de Jeux olympiques « est sans doute l’expression la plus manifeste dans l’histoire de l’intervention du politique dans le sport ».

De plus, selon Sputnik News, « black-listé » : (Poutine) a également mis en doute « le témoignage de l’ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, Grigory Rodchenkov, dont les allégations ont conduit à des enquêtes qui ont abouti à la décision du CIO… La décision finale a été « principalement fondée sur le témoignage d’une seule personne, dont la morale et l’éthique, sans parler de son état psychologique, soulèvent de nombreuses questions », a déclaré Poutine, sans faire explicitement référence à Rodchenkov. La plupart des accusations se basent sur des allégations sans preuves et largement infondées », a-t-il ajouté.

Le témoignage de Grigori Rodtchenkov est au centre de la controverse actuelle. Il est à noter qu’outre trahir certains athlètes russes, qui ne sont que les dommages collatéraux de ce match géopolitique, Rodchenkov a également « passé des années à aider les athlètes russes à surpasser leurs concurrents à grand renfort de substances interdites ».

Le CIO a donc décidé d’utiliser le témoignage d’un homme qui est non seulement un tricheur et un menteur avéré, mais également un traitre à son pays.

Il serait intéressant de savoir pourquoi le CIO pense qu’on peut se fier aux affirmations de M. Rodchenko.

Il convient également de noter qu’il n’existe aucune preuve d’un « programme antidopage organisé avec la bénédiction de l’État ». Ce n’est que rajouter une louche d’hyperbole sous la plume des manipulateurs du New York Times. Comme l’affirme Ellis : « À part les déclarations de Rodchenkov, les autres preuves ont tout l’air de simples spéculations, presque jamais corroborées. Dans un autre climat social et à une autre époque, le rapport McLaren aurait suscité le scepticisme ou, à tout le moins, l’exigence de preuves solides. Pas de nos jours ».

Ça c’est sûr. Il semble que n’importe quelle calomnie antirusse, même la plus ridicule, finisse toujours par faire les gros titres de l’un des plus grands journaux américains. Et il est clair, à la lecture de la rubrique commentaires du New York Times, que la grande majorité des lecteurs libéraux et diplômés de l’université, ont subi un lavage de cerveau minutieux par campagne des médias dominants interposés, afin de diaboliser la Russie et de faire de Poutine un voyou du KGB. Malgré tout, un petit nombre de lecteurs indépendants ne sont pas dupes du matraquage que leur inflige la propagande étatique et ils ont compris ce qu’il en est en réalité. J’ai inclus quelques-uns de leurs commentaires ci-dessous :

Thor Walhovd – « Les États-Unis seraient bien capables d’influencer le CIO, dans le but de politiser les Jeux Olympiques pour légitimer la campagne infondée alléguant que « c’est la Russie la coupable », lancée par le sempiternel lobby des aigles va-t-en guerre néoconservateurs de part et d’autre de l’allée, mais cela finira par entacher la réputation des Jeux Olympiques.

Joseph Volgin – C’est une vengeance stupide et mesquine contre la politique russe, parce qu’elle préserve son indépendance de l’Occident. Cela ne fait que susciter de l’aversion pour la « démocratie » occidentale.

Thomas Keenan – Quel verdict honteux et de toute évidence politiquement motivé ! Sachez cependant, que la Russie aura tôt fait de se relever ! Elle peut s’enorgueillir de plusieurs des meilleurs athlètes au monde. Ce jugement n’est qu’un autre coup de massue porté contre la Russie pour tenter de la mettre à genoux (et il en va de même de la fausse enquête sur le Russiagate, sans parler de la diabolisation de Poutine).

Equilibrium – Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une décision motivée par des considérations politiques. Il suffit d’un seul témoin (Rodchenkov – qui a des problèmes avec la justice russe, contre laquelle il livre des informations) pour que tout un pays se retrouve au banc des accusés ? C’est ridicule !

Maureen – Je pense que tout cela vient plutôt du refus de la Russie de se soumettre d’une manière ou d’une autre au Nouveau Désordre Mondial. Continuer à persécuter la Russie pendant que tant d’autres pays continuent à financer la terreur, etc., est aussi totalement injuste qu’étrange.

Max – Donc, les Russes ont été interdits, non parce qu’il existait des preuves incontestables dans le sang et les analyses d’urine, mais à sur la base d’éprouvettes visiblement trafiquées et par les racontars d’un mari et de son épouse – arrêtés par les Russes eux-mêmes, parce que l’épouse utilisait des produits dopants et que l’époux était un menteur corrompu.

Graf von Sponek – Résumons-nous : nous sommes en présence d’un cas de dopage, sans dopage avéré. Le verdict était fondé sur (1) le témoignage d’un seul informateur rémunéré; et (2) l’analyse des égratignures sur les éprouvettes d’échantillons qui auraient indiqué que les échantillons avaient été « falsifiés ». Pourtant, le rapport final sur les résultats de cette analyse n’a pas encore été rendu public. N’importe quel juge aux États-Unis déciderait de régler l’affaire à l’amiable, si les procureurs se  présentaient avec un « Votre Honneur, nous avons des preuves circonstancielles, mais nous ne pouvons pas encore les divulguer »….

CJ – Il est clair que la Russie n’a cessé de subir des intimidations cette année, et à bien des égards, par les milieux politiques américains et leurs alliés de l’OTAN, ainsi que par les médias privés. Qui en profite : le complexe militaro-industriel, qui jouit ainsi d’un bouc-émissaire perpétuel, et l’équipe olympique américaine qui a ainsi de meilleures chances de gagner, désormais. Qui y perd ? Tous les autres.

Alex – Ici, en Russie, ils comprennent que ce n’est qu’une magouille politique. Avez-vous vu des preuves ou êtes-vous-même suffisamment  compétents pour les interpréter correctement ?

John Snow – Le but des Jeux Olympiques c’est de faire en sorte que les nations oublient la politique et de se faire la guerre pour s’affronter plutôt dans une compétition sportive. C’est littéralement conforme à la tradition : les nations interrompraient les guerres et les conflits pour participer aux Jeux olympiques. Donc, essentiellement, en interdisant la Russie, vous pervertissez l’esprit des Jeux olympiques.

Liz Carlson – Nous ne devrions pas interdire un pays entier pour ce que quelques athlètes seulement ont pu faire par le passé. Des athlètes qui se sont entraînés durement toute leur vie méritent la chance de gagner une médaille au nom  de leur pays, quel que soit son comportement.

Alexandra Hamilton – C’est un brise-cœur pour tous les athlètes qui ont consacré toute leur vie à leur sport. J’espère que bon nombre d’entre eux seront autorisés à concourir pour leur propre compte. Il s’agit d’une punition sévère, mais il me semble qu’en faire moins ne constituerait pas un moyen de dissuasion efficace lorsque les pouvoirs publics (et privés ?) sont déterminées à recourir au dopage.

Je le répète, ce n’est pas un échantillon objectif de commentaires extraites du site Web de la NYT. Je n’ai sélectionné que ceux qui coïncident avec mon propre point de vue : la Russie et ses athlètes sont injustement punis par un pays tyrannique qui piétine brutalement tout ou quiconque se met en travers de son glorieux plan stratégique : rester le maître du monde entier.

Par Mike Whitney | Counterpunch

Mike Whitney vit dans l’état de Washington. Il est l’un des corédacteurs de Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion (AK Press). Hopeless est également disponible en édition Kindle. On peut le joindre à fergiewhitney@msn.com.

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