Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président américain Joe Biden lors du sommet du G7 le 21 mai à l’hôtel Grand Prince à Hiroshima, au Japon. (Maison Blanche /Cameron Smith)

Les inquiétudes de Joe Biden concernant la guerre en Ukraine et les élections de 2024 apparaissent au grand jour.

Commençons par une crainte stupide, mais qui témoigne de la panique croissante du Parti démocrate à l’égard de l’élection présidentielle de 2024. Elle m’a été exprimée par quelqu’un qui a d’excellentes sources au sein du parti : Trump pourrait être le candidat républicain et choisir Robert F. Kennedy Jr. comme colistier. Ce duo étrange remporterait alors une victoire écrasante sur un Joe Biden chancelant, et ferait tomber de nombreux candidats du parti à la Chambre des représentants et au Sénat.

Quant aux signes réels de l’anxiété aiguë des démocrates : Joe Biden a obtenu ce dont il avait besoin avant le sommet de l’OTAN de cette semaine en faisant tourner en bourrique le président turc Recep Tayyip Erdogan et en l’amenant à contrer Vladimir Poutine en annonçant qu’il soutiendrait l’adhésion de la Suède à l’OTAN. L’histoire publique du coup d’éclat de Biden pour sauver la face était celle d’un accord sur la vente de chasseurs-bombardiers américains F-16 à la Turquie.

On m’a raconté une autre histoire, secrète, sur la volte-face d’Erdogan : M. Biden a promis qu’une ligne de crédit de 11 à 13 milliards de dollars, dont la Turquie avait grand besoin, serait accordée par le Fonds monétaire international. “Biden devait remporter une victoire et la Turquie est en proie à de graves difficultés financières“, m’a confié un fonctionnaire ayant une connaissance directe de la transaction.

La Turquie a perdu 100 000 personnes dans le tremblement de terre de février dernier et a quatre millions de bâtiments à reconstruire. “Quoi de mieux qu’Erdogan – sous la tutelle de Biden”, a demandé le fonctionnaire qui a finalement réalisé qu’il était mieux avec l’OTAN et l’Europe occidentale ? Selon le New York Times, les journalistes ont appris que M. Biden avait appelé M. Erdogan alors qu’il se rendait en Europe dimanche. Le coup de Biden, selon le Times, lui permettrait de dire que Poutine a obtenu “exactement ce qu’il ne voulait pas : une alliance élargie et plus directe avec l’OTAN“. Il n’a pas été question de corruption.

Une analyse réalisée en juin par Brad W. Setser du Council on Foreign Relations, intitulée “Turkey’s Increasing Balance Sheet Risks” (Les risques croissants du bilan de la Turquie), résume tout dans les deux premières phrases : Erdogan a été réélu et “doit maintenant trouver un moyen d’éviter ce qui semble être une crise financière imminente”. Le fait critique, écrit M. Setser, est que la Turquie “est sur le point d’épuiser ses réserves de change utilisables et de devoir choisir entre vendre son or, un défaut de paiement évitable, ou avaler la pilule amère d’un renversement complet de sa politique et éventuellement d’un programme du FMI“.

Un autre élément clé des problèmes économiques complexes auxquels la Turquie est confrontée est que les banques turques ont prêté tellement d’argent à la banque centrale du pays qu’ “elles ne peuvent pas honorer leurs dépôts nationaux en dollars, au cas où les Turcs demanderaient un jour à récupérer les fonds“.

L’ironie pour la Russie, et la raison d’une grande colère au Kremlin, note Setser, est la rumeur selon laquelle Poutine a fourni du gaz russe à Erdogan à crédit, sans exiger que l’importateur de gaz de l’État paie. Les largesses de Poutine sont allées de pair avec la vente par Ergodan de drones à l’Ukraine pour qu’elle les utilise dans sa guerre contre la Russie. La Turquie a également permis à l’Ukraine d’expédier ses récoltes par la mer Noire.

Tout ce double jeu politique et économique européen s’est déroulé ouvertement et au vu et au su de tous. La duplicité se manifeste différemment aux États-Unis.

Seymour Hersh 
13 Juillet 2023

Source: Seymourhersh.substack.com

Traduction Arrêt sur info