En 1999, British Gas a découvert l’existence de gaz naturel dans les champs marins de Gaza, à 20 miles nautiques de la côte de Gaza, à une profondeur de 610 mètres sous la surface. Une exploration plus poussée par British Gas grâce à deux puits fructueux – Gaza Marine 1 et Gaza Marine 2 – a permis de déterminer que le champ pouvait contenir jusqu’à 1 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel. (EgyptOil-Gas.com, 5 avril 2018)

Par Betsey Piette, 14 novembre 2023

Gaza

Carte de la province du bassin du Levant.

L’Autorité palestinienne (AP) s’est vu “accorder” le droit d’exercer sa souveraineté sur son propre territoire maritime par les accords d’Oslo en 1995. Quatre ans plus tard, à la suite des découvertes de gaz naturel offshore, l’AP a donné au consortium international British Gaz (BG) une participation de 25 ans, à hauteur de 90 %, dans une licence d’exploration, de développement de tout champ découvert et d’installation des infrastructures nécessaires. Depuis lors, Israël n’a cessé de bloquer ce développement.

En 2002, l’Autorité palestinienne a approuvé les propositions de BG de construire un pipeline vers une installation de traitement à Gaza. Cependant, l’État israélien a retardé ce développement, arguant que l’oléoduc devait aller jusqu’à un port contrôlé par Israël et que les Palestiniens devraient fournir à Israël le carburant excédentaire de Gaza Marine à un prix bien inférieur à celui du marché.

Lorsque le Hamas a remporté les élections législatives palestiniennes à Gaza en 2007, Israël a mis en place un blocus naval militarisé, interdisant tout développement offshore. À peu près au même moment, Yam Thetis, un consortium gazier israélien, a contesté l’attribution du contrat à BG, ce qui a encore retardé le processus.

En décembre 2008, en violation totale des lois internationales, Israël a déclaré sa souveraineté sur la zone marine de Gaza et BG a fermé ses bureaux à Tel Aviv.

Royal Dutch Shell a racheté les intérêts de BG dans les champs de Gaza Marine pour 52 millions de dollars en 2016. En mars 2018, Royal Dutch Shell a renoncé à son investissement, laissant l’Autorité palestinienne à la recherche d’une société de remplacement pour développer le champ. (EgyptOil-Gas.com, 5 avril 2018)

Une étude de l’ONU met en évidence les réserves palestiniennes de gaz naturel

Une étude réalisée en 2019 par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a identifié les réserves palestiniennes existantes et potentielles de pétrole et de gaz naturel en Cisjordanie et à Gaza qui pourraient être exploitées au profit du peuple palestinien.

Le rapport cite la province du bassin du Levant, qui s’étend sur 83 000 kilomètres carrés dans la partie orientale de la mer Méditerranée et contient 122 billions de pieds cubes de gaz naturel, comme l’une des plus importantes ressources de gaz naturel au monde. Bien que cette réserve se trouve sous les eaux bordant la Palestine occupée, le Liban et l’Égypte, Israël a revendiqué l’accès exclusif à cette découverte et en tire profit. (tinyurl.com/2r2mh5ts)

Bien que le volume estimé de gaz naturel dans la mer de Gaza soit considérablement inférieur à celui du bassin du Levant, sa proximité avec le rivage et sa moindre profondeur rendent son extraction plus facile et moins coûteuse. En 2019, la CNUCED a estimé la valeur nette du gaz naturel de la mer de Gaza à 4,592 milliards de dollars – des ressources énergétiques et financières qui pourraient grandement contribuer à lutter contre la pauvreté dans la région.

Pourtant, Israël a continué d’empêcher les Palestiniens de développer leurs ressources naturelles et d’en tirer profit, en violation flagrante du droit international qui régit les droits sur ces ressources lorsqu’un pays est occupé.

L’importance de Gaza Marine pour l’énergie mondiale

Un regain d’intérêt pour la poursuite du développement du champ Gaza Marine est apparu au début de l’année 2022 à la suite de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, de la destruction du gazoduc Nord Stream et des sanctions imposées à la Russie, qui ont provoqué une crise mondiale de l’énergie. Des réunions conjointes ont été organisées entre des responsables israéliens, américains, égyptiens, jordaniens et de l’Autorité palestinienne pour discuter du projet, qui a reçu le feu vert de M. Netanyahou après sa réélection. Le président Joe Biden et des représentants du gouvernement égyptien ont notamment fait pression sur Israël pour qu’il poursuive le projet. (al-monitor.com, 19 juin)

Le 18 juin, Israël a donné son accord préliminaire au développement d’un champ gazier au large de la côte de Gaza, le Premier ministre Benjamin Netanyahu affirmant que les progrès dépendraient de la “préservation de la sécurité et des besoins diplomatiques de l’État d’Israël” et de la coordination avec l’Autorité palestinienne et l’Égypte voisine. Dans le même temps, un représentant du Hamas, Ismail Rudwan, a déclaré à Reuters : “Nous réaffirmons que notre peuple à Gaza a des droits sur ses ressources naturelles”. (18 juin)

Deux mois avant le 7 octobre, le Pentagone a commencé à construire une installation de 35,8 millions de dollars pour les troupes dans le désert israélien du Néguev, à 20 miles de Gaza, censée servir de site radar pour surveiller les attaques de missiles contre Israël. Cette base fait partie d’une présence militaire américaine “secrète” en Israël. (The Intercept, 27 octobre)

Depuis le 7 octobre, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a clairement indiqué qu’Israël avait l’intention de tuer autant de Palestiniens que possible afin de faire pression sur les autres pour qu’ils quittent la bande de Gaza et se rendent dans le Sinaï, en Égypte. M. Netanyahu a refusé catégoriquement d’ordonner un cessez-le-feu pour permettre l’acheminement de l’aide destinée à mettre fin à l’horrible génocide perpétré dans la bande de Gaza.

Les habitants de Gaza savent bien, comme leurs grands-parents l’ont vécu lors de la Nakba de 1948, qu’une fois que les Israéliens ont chassé par la force les Palestiniens de leur terre, le retour est quasiment impossible.

La guerre génocidaire d’Israël contre les Palestiniens n’a pas empêché le régime israélien de poursuivre ses projets d’exploration pétrolière et gazière. Le 29 octobre, Israël a annoncé qu’il avait attribué 12 licences d’exploration de nouveaux gisements de gaz naturel offshore à six entreprises, dont British Petroleum et le géant italien de l’énergie Eni. Ces attributions montrent qu’Israël n’a pas l’intention de laisser le génocide qu’il mène contre la population de Gaza interférer avec son vol continu des ressources palestiniennes.

Mouvement de restitution des terres autochtones

À bien des égards, la lutte du peuple palestinien s’apparente à celle des tribus et nations autochtones de l’hémisphère occidental, dont les populations ont été décimées au cours de centaines d’années de colonialisme blanc.

Pour de nombreux peuples autochtones des États-Unis, ce que l’on appelle “Thanksgiving” est le jour du deuil. En 1621, dans un acte de survie, les Wampanoag ont signé un accord avec les Pèlerins, mais les colons européens ont rompu le traité et décimé la population de la tribu, leur volant au passage leurs terres.

Au cours des 400 années qui ont suivi, les terres indigènes ont été volées par les colons européens. Les peuples autochtones ont été soit tués, soit chassés de leurs terres et contraints de se réinstaller dans des réserves censées se trouver sur des terres sans valeur, souvent à des distances considérables de leurs foyers d’origine. Plus tard, lorsqu’il s’est avéré que ces réserves étaient situées au sommet de vastes réserves de minerais précieux, le vol de terres a recommencé.

Les batailles menées depuis des siècles pour récupérer les terres volées aux peuples autochtones de l’hémisphère occidental ont pris de l’ampleur, de même que les appels à réparation lancés dans le cadre du mouvement “Land Back”.

De l’île de la Tortue à la bande de Gaza, les peuples autochtones luttent contre le vol de leurs terres et de leurs ressources par les colons.

Betsey Piette, 14 novembre 2023

Article original en anglais: Ianacenter.org, 15 novembre 2023

Traduction Arrêt sur info, 11 mars 2024

La diplomatie de l’énergie au cœur d’un génocide, 14 novembre 2023. (Traduction Chris et Dine)