Blacklisté dans toutes les banques et assurances, mais fort de son aura médiatique, Dieudonné compte investir le pactole de ses spectacles dans un projet d’envergure : la création d’une compagnie d’assurance mutualiste (« l’ananassurance ») puis, dans la foulée, d’une banque (« la banque de la quenelle »). Les étapes en sont détaillées dans sa vidéo-annonce : lancer une pétition nationale de rassemblement pour évaluer la demande et, sur cette base, faire démarrer les projets.

Par ce coup de maître, Dieudonné montre une nouvelle fois sa capacité hors du commun à se déjouer des attaques du système – la dernière (en date) étant sans doute la plus abjecte, sinon la plus inattendue. Ce qui ne tue pas rend plus fort… Dieudonné semble avoir fait sien l’aphorisme de Nietzche en utilisant la force de l’adversaire pour la retourner contre lui, suivant la technique du judoka qu’il maîtrise totalement au niveau symbolique.

Le travail politique de Dieudonné ne se limite pas une simple critique du néoconservatisme, idéologie dominante des élites mondialistes. Il se traduit cette fois par une initiative à même de bousculer la rationalité capitaliste et ses pratiques de racket. Ouvrant une brèche dans le mur de la finance prédatrice, ce projet s’inscrit totalement dans son combat anti-impérialiste dont nous avions icirappelé les principes. Dieudonné avec brio reprend le flambeau de l’antiracisme, de l’anticolonialisme et maintenant celui de la défense du monde du travail contre les pratiques usurières de la finance, abandonnés par la gauche traditionnelle.

Un charisme exceptionnel, un esprit irrévérencieux, une endurance à toute épreuve dans l’adversité et, pour couronner le tout, une virtuosité politique hors du commun ont fait de Dieudonné un véritable héros de la résistance au système. Ce projet qui met un (gros) grain de sable dans la machinerie de la finance pourrait bien donner un nouveau souffle à sa carrière et, surtout, déclencher un mouvement populaire d’insoumission et de libération.

Nicolas Bourgoin – 4 JUILLET 2014

Nicolas Bourgoin, né à Paris, est démographe, docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et enseignant-chercheur. Il est l’auteur de trois ouvrages : La révolution sécuritaire (1976-2012) aux Éditions Champ Social (2013), Le suicide en prison (Paris, L’Harmattan, 1994) et Les chiffres du crime. Statistiques criminelles et contrôle social (Paris, L’Harmattan, 2008)

Source: http://bourgoinblog.wordpress.com/2014/07/04/dieudonne-fait-sauter-la-banque/

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