Le devoir de tout journaliste est de respecter le droit du public à connaître la vérité.

Les médias traditionnels qui répandent des informations véritablement non fiables, ne sont jamais classés « rouge » par Décodex. Seuls les médias tenus par des blogueurs ou des journalistes dissidents qui, comme nous, payent leur travail de leur poche et sont avant toute chose soucieux de chercher à établir la vérité, sont qualifiés « non fiables », faxe news et classés « rouge » par Décodex.

Or, comme l’illustre le cas de l’enfant Omran, les journalistes traditionnels ont non seulement bafoué les exigences du respect de la vérité et du droit du public à être correctement informé, mais ils ont également omis de rectifier les informations qui se sont révélées manipulées.

Notre devoir est de mettre en évidence les mensonges par omission et les manipulations à l’œuvre dans la presse ; pratiques formellement condamnées par la Déclaration des droits et devoirs des journalistes. Raison pour laquelle nous allons continuer à diffuser des textes qui les exposent, comme celui du chercheur à l’IRIS, François-Bernard Huyghe, spécialisé sur la communication et l’intelligence économique, co-responsable de l’Observatoire Géostratégique de l’Information. [ASI]

© Capture d’écran @j_alashkar


Par François-Bernard Huyghe | 8 juin 2017

Qui se souvient du petit Omran soudain réapparu ? Et objet d’une opération de propagande puis métapropagande, c’est-à-dire de démontage d’une opération précise adverse afin de décrédibiliser le discours de l’ennemi en général comme pure falsification.

En période de chasse compulsive aux fakes, il n’est pas mauvais de revenir sur quelques souvenirs. En août 2016 les médias du monde entier s’émeuvent de la photo d’Omran Daqneesh jeune habitant d’Alep qui fait la première page du New York Times.

Crédit photo: Russia today/ Reuters

Le garçon hébété au visage couvert de poussière, équivalent iconique de ce que fut le petit Aylan Kurdi, réfugié kurde dont le corps avait échoué sur les côtes turcs, regardant le spectateur pour l’impliquer et lui faire honte, offrait une image juste assez horrible et juste assez esthétisée pour être investie d’un sens politique. Cet enfant témoignait pour les centaines de milliers de victimes de la longue guerre civile en Syrie, et était présenté comme une preuve (encore) vivante de la barbarie des bombardements russes. Sa qualité de provoquer une émotion noble, l’indignation, était d’ailleurs surabondamment soulignée par les commentaires qui mettaient littéralement le lecteur ou le spectateur de prouver son humanité en communiant dans la pitié universelle. La bonne lecture nous était ainsi dictée.

À l’époque nous avions fait remarquer qu’Alep ouest était aussi bombardé et qu’il y avait sans doute aussi des victimes tout aussi jeunes à quelques centaines de mètres et, à l’époque, les Syriens avaient produit une photo symétrique d’une petite fille « de l’ouest » tout aussi bouleversante mais que personne ne reprenait dans la presse occidentale.

Que le photographe qui avait réalisé le cliché Mahmoud Rslan distribuant ses photo par l’agence militante Aleppo Media Center était pour le moins engagé.

Or voici qu’Omran réapparaît dans la presse pro Bachar. Son père témoigne qu’il n’a pas été blessé par un avion russe ou syrien, mais par les rebelles, que sa famille est établie à l’ouest et qu’elle est heureuse d’y vivre et qu’il est plutôt favorable au régime. Propagande ? Probablement, mais dont rien en prouve qu’elle soit plus mensongère que celle qui faisait du bambin un symbole des crimes commis d’un seul côté et appelait l’Occident à contrer l’offensive russo-syrienne.

C’est un simple rappel qu’une photographie ne prouve rien en soi, faute d’être contextualisée et vérifiée, et que la guerre moderne donne une prime au plus rapide : celui qui montre le plus vite ses victimes augmente ses chances de toucher une opinion internationale à laquelle les médias présentent toute guerre comme un processus manichéen avec des criminels d’un côté, des victimes de l’autre. Les victimes valent ce que vaut leur valeur d’exploitation symbolique et nos doutes sont à mesure de nos préjugés idéologiques.

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