À la suite des récents événements sismiques émanant de Palestine, un bilan s’impose. L’opération «Déluge d’Al-Aqsa » et le génocide israélien diffusé en direct à Gaza qui a suivi ont brisé de vieux mythes, démantelé des idées reçues et nous ont confrontés aux réalités effrayantes des politiques au pouvoir et de l’hypocrisie systémique. Ils défient les récits trompeurs qui ont longtemps été considérés comme des évangiles : la pertinence prétendument décroissante de la cause palestinienne, le mythe de la puissance militaire invincible d’Israël et la prétention creuse de l’Occident comme gardien autoproclamé des droits de l’homme et du droit international.

Alors que le génocide israélien à Gaza se déroule et que la prise de conscience de l’opinion mondiale devient de plus en plus aiguë, il devient de plus en plus clair que les mythes entourant le conflit colonial en Palestine ne servent pas de guides de compréhension, mais de barrières. Ces mythes, perpétués par les propagandistes pro-israéliens, les puissances occidentales et les régimes arabes, ont eu des conséquences désastreuses – qui se mesurent en vies perdues, en espoirs brisés et en une région perpétuellement déstabilisée. Le moment est venu de les démanteler, de se plonger dans leur genèse et de dévoiler les réalités inquiétantes qu’ils ont servi à masquer.

Saper la lutte palestinienne

Depuis plus d’une décennie, les commentateurs et décideurs politiques traditionnels ont relégué la cause palestinienne à la périphérie de la géopolitique du Moyen-Orient. Alors que la compétition régionale pour le pouvoir entre des acteurs comme l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie prend de plus en plus d’importance, et que des questions telles que les guerres civiles en Syrie, au Yémen et en Libye font la une des journaux, la lutte palestinienne a souvent été considérée comme un spectacle secondaire anachronique – important pour des raisons symboliques, peut-être, mais moins pour les calculs géopolitiques pratiques.

Cette fausse perception a été renforcée par les actions délibérées de certains régimes arabes pour se distancier de la lutte palestinienne. Les Émirats arabes unis en particulier, ainsi que d’autres signataires des accords d’Abraham, constituent un exemple frappant. En normalisant leurs relations avec Israël, ces régimes ont transmis un message politique selon lequel la Palestine n’était plus au cœur de l’agenda arabe ou de la paix au Moyen-Orient. Ajoutez à cela la complicité de l’Autorité palestinienne, un organe corrompu qui sert souvent à faire respecter l’agenda d’Israël. Sa passivité et les échecs de sa gouvernance ont fortifié le mythe de l’inutilité de la lutte palestinienne, consolidant son statut d’obstacle institutionnel plutôt que d’organe représentatif.

L’opération Déluge d’Al-Aqsa bouleverse radicalement cette idée reçue. Elle a démontré que la résistance palestinienne pouvait considérablement défier les capacités militaires israéliennes, obligeant à une réévaluation de la géopolitique régionale. Les conséquences sont révélatrices. Les gouvernements occidentaux ont aveuglément apporté un soutien matériel et vocal au génocide israélien, témoignage de leur intérêt direct à garantir que ce bastion du colonialisme au Moyen-Orient reste ferme, quoi qu’il arrive. Pourtant, des millions de personnes ont manifesté dans les rues européennes et américaines pour soutenir la justice pour la Palestine.

Le spectacle des protestations généralisées qui éclatent à travers le monde arabe dresse un tableau frappant du gouffre qui existe entre les choix des régimes et les sentiments de leurs populations. Des rues du Caire aux places d’Amman, au Maroc et au-delà, les gens se sont rassemblés en masse pour exprimer leur opposition au réalignement de leurs gouvernements avec Israël. Cette vague d’activisme public souligne non seulement la dissonance entre les régimes arabes et les peuples arabes, mais signale également la résurgence d’un engagement populaire en faveur de la cause palestinienne, remettant en question le discours des élites qui a cherché à la marginaliser.

Pourtant, la solidarité populaire arabe et mondiale avec la Palestine indique bien plus qu’un simple fossé entre la politique officielle et l’opinion publique. Elle met en évidence une bataille plus universelle menée à l’échelle mondiale. Gaza, dans ce contexte, constitue un microcosme poignant de problèmes systémiques plus vastes : une arène saisissante où les forces de la liberté affrontent le fascisme, où la véritable humanité est opposée à une froideur sans cœur et où les aspirations révolutionnaires se heurtent au mur de l’oppression systémique.

Le mythe de l’armée invincible d’Israël

Pendant des décennies, le mythe de l’invincibilité militaire d’Israël a joué un rôle important, façonnant la géopolitique du Moyen-Orient et gonflant les capacités de dissuasion d’Israël. Soutenue par une technologie de pointe, une puissance de feu écrasante et un soutien occidental indéfectible, l’armée israélienne est considérée comme une force insurmontable.

Cependant, l’opération Déluge d’Al-Aqsa a remis en question ce récit bien ancré. Elle a révélé de graves vulnérabilités dans l’appareil militaire israélien, depuis l’effondrement stratégique et la chute de la doctrine de dissuasion jusqu’aux limites de ses capacités de renseignement. De plus, l’incapacité d’Israël à atteindre ses objectifs militaires à Gaza – aggravée par l’horrible campagne génocidaire soutenue par l’Occident – ne fait que mettre à nu ces échecs.

De manière significative, la décision américaine d’envoyer d’urgence des navires et des avions militaires pour soutenir le génocide israélien en cours à Gaza constitue un aveu tacite de la fragilité d’Israël. Le déploiement des arsenaux militaires les plus sophistiqués au monde pour lutter contre un petit contingent de combattants palestiniens dans un territoire sous blocus paralysant depuis plus d’une décennie est à la fois révélateur et déconcertant. Il ne s’agit pas seulement d’une inadéquation flagrante en termes de puissance de feu ; c’est une illustration révélatrice de jusqu’où un établissement militaire avancé est prêt à aller pour réprimer une population assiégée.

Cette asymétrie met non seulement en évidence les mesures extrêmes prises pour reprendre le contrôle colonial, mais souligne également les fragilités et les limites des systèmes militaires, même les plus avancés, face à une résistance déterminée et ingénieuse.

Les « bastions » des droits de l’homme

L’Occident, dirigé par les États-Unis et ses principaux alliés européens, se présente souvent comme un modèle en matière de droits de l’homme et de droit international, qui a souvent manipulé ces principes comme critères pour imposer des sanctions économiques, voire des interventions militaires. Cette tutelle autoproclamée se désintègre encore davantage en une hypocrisie flagrante lorsqu’elle est examinée dans le contexte de la domination coloniale d’Israël en Palestine.

Le décalage flagrant entre la rhétorique et l’action de l’Occident a été maintes et maintes fois mis en évidence par sa complicité dans le génocide de Gaza. Avec un bilan stupéfiant de morts parmi les civils palestiniens dépassant jusqu’à présent les 8.000, dont la moitié étaient des enfants, les États-Unis ont été le seul pays à opposer leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à des pauses humanitaires à Gaza pour livrer des fournitures essentielles. De plus, aux côtés des États européens, les États-Unis ont également bloqué de multiples propositions de cessez-le-feu, intensifiant ainsi la machine de destruction massive israélienne à Gaza.

De telles actions révèlent la faillite morale de l’Occident. Elles violent directement ses propres lois internationales, notamment les principes énoncés dans les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et la Quatrième Convention de Genève, qui protègent les civils dans les zones de conflit.

En outre, vendredi, l’Assemblée générale des Nations Unies a voté en faveur d’une « trêve humanitaire immédiate » à Gaza. Parmi les pays membres de l’ONU, 120 étaient pour, 14 contre et 45 se sont abstenus. Les États-Unis faisaient partie de ceux qui ont voté contre la résolution.

Cette incongruité entre les principes déclarés et les ambitions impériales soulève une question déconcertante : l’Occident, avec une telle faillite morale, peut-il encore revendiquer la responsabilité de la gestion mondiale des droits de l’homme et du droit international ? Les preuves disponibles suggèrent que ces principes sont, en réalité, des outils malléables de l’impérialisme, du néocolonialisme et des intérêts géopolitiques.

Ces mythes ont été mis à l’épreuve et ont lamentablement échoué, laissant derrière eux un sillage de destruction et de souffrance humaine. Le besoin urgent réside désormais dans l’honnêteté intellectuelle et la clarté morale, éléments particulièrement absents des récits traditionnels mais essentiels pour naviguer sur le chemin de la justice et de la libération de la Palestine.

Tariq Dana