Province Kunar, 4 septembre 2017. Wikimedia


Dès le début, la prétendue Guerre contre le terrorisme a mêlé vengeance et opportunisme. Des millions d’innocents en paient encore le prix.


Par Tariq Ali

Paru le 7 septembre 2021 sur The Nation


Les Talibans ont célébré le 20e anniversaire du 11 septembre de manière surprenante. Moins d’une semaine après l’annonce par les États-Unis qu’ils retireraient leurs forces d’Afghanistan le 11 septembre, les Talibans avaient pris le contrôle de grandes parties du pays, et le 15 août, la capitale Kaboul est tombée. La vitesse était étonnante, et la perspicacité stratégique remarquable : une occupation de 20 ans s’est effondrée en une semaine, tandis que les armées fantoches se sont désintégrées. Le Président fantoche a pris un hélicoptère pour l’Ouzbékistan, puis un jet pour les Émirats arabes unis. Ce fut un coup dur pour l’empire américain et ses Etats sous-fifres. Même le scénariste le plus expert ne saurait camoufler cette débâcle.

Un peu plus d’un an avant les attentats du 11 septembre, Chalmers Johnson, l’historien de la côte ouest et ancien partisan des guerres de Corée et du Vietnam, et consultant de la CIA par-dessus le marché, a publié un livre prémonitoire intitulé Retour de flamme : coûts et conséquences de l’empire américain. Le livre, qui a été pratiquement ignoré lors de sa première publication mais est devenu plus tard un best-seller, se lit à la fois comme un prologue sinistre et une épitaphe tonitruante des 20 dernières années. « Retour de flamme », comme l’a averti Johnson, « est un raccourci pour dire qu’une nation récolte ce qu’elle sème, même si elle ne sait pas ou ne comprend pas pleinement ce qu’elle a semé. Compte tenu de leur richesse et de leur puissance, les États-Unis seront le principal destinataire, dans un avenir prévisible, de toutes les formes les plus prévisibles de retour de flamme, en particulier des attaques terroristes contre des Américains à l’intérieur et à l’extérieur des forces armées n’importe où sur terre, y compris aux États-Unis. »

Vingt-quatre heures après que ce retour de flamme a stupéfié la planète le 11 septembre, avec des messages de sympathie affluant de toutes les capitales, y compris La Havane, le criminel de guerre récemment décédé Donald Rumsfeld a déclaré lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale que les États récalcitrants, quelle que soit leur implication dans le 11 septembre, devraient en payer le prix. En conséquence, il a suggéré : « Pourquoi ne devrions-nous pas attaquer l’Irak, et pas seulement Al-Qaïda ? » Le lendemain, Paul Wolfowitz, le n°2 du ministère de la Défense, a amplifié ce message en préconisant une « campagne large et soutenue » qui inclurait de « mettre fin aux États qui parrainent le terrorisme ». En une semaine, le Grand Décideur lui-même, George W. Bush, avait donné le feu vert à une guerre totale : « Frappons-les fort. Nous voulons signaler qu’il s’agit d’un changement par rapport au passé. Nous voulons amener d’autres pays comme la Syrie et l’Iran à changer de ligne. »

Puis les sbires habituels sont entrés en scène. Interrogé par David Remnick pour le New Yorker, Dennis Ross, le directeur américain du « processus de paix » israélo-palestinien, a insisté : « Nous ne pouvons pas simplement agir à l’ancienne –bombarder quelques cibles, s’il s’avère qu’il s’agit d’Oussama Ben Laden. Si nous répondons de la même manière que d’habitude, rien ne changera. » Pour ne pas être en reste, le néocon Charles Krauthammer a défendu l’invasion de l’Afghanistan deux semaines plus tard dans sa chronique du Washington Post : « Nous nous battons parce que les salauds ont tué 5 000 personnes [sic : le nombre de victimes est de 2 977] de notre peuple, et si nous ne les tuons pas, ils vont nous tuer à nouveau. C’est une guerre de vengeance et de dissuasion…. Le discours libérationniste doit donc être destiné à la consommation étrangère. »

Notamment, ces « salauds » et « ennemis » n’incluaient pas l’Arabie saoudite et l’Égypte, les deux pays d’où provenaient la plupart des terroristes du 11 septembre. Pendant des années, les riches Saoudiens ont fourni un « terrain fertile pour la collecte de fonds » d’Al-Qaïda, selon nul autre que le rapport de la Commission d’enquête sur le 11 septembre. Ils avaient, dans certains cas, grandi avec Ben Laden, dont le père était un habitué de leurs palais et avait fondé l’entreprise de construction qui en a élevé certains. Au cours d’une première discussion du Conseil de Sécurité Nationale, une attaque contre l’Irak a été envisagée, mais Bush, Rumsfeld et Dick Cheney ont finalement opté pour une guerre de vengeance grossière contre l’Afghanistan, où Ben Laden et d’autres dirigeants d’Al-Qaïda étaient hébergés grâce au gouvernement taliban, qui lui-même avait été mis en place par l’armée pakistanaise avec l’approbation des États-Unis en 1994, plusieurs années après le retrait des troupes soviétiques.

Quand la presse occidentale chantait les louanges d’Oussama Ben Laden & Al-Qaïda, fabrications américano-saoudiennes pour combattre l’URSS en Afghanistan. Signalons cette vidéo de propagande grotesque de France Culture qui prétend battre en brèche la croyance complotiste selon laquelle « Les services secrets US ont créé Daech » sans rappeler ce fait historique, et va jusqu’à instaurer des distinctions entre « financement » et « mécénat ».

Les Talibans étaient tout à fait prêts à livrer leurs invités aux États-Unis, mais ils avaient besoin d’une feuille de vigne et ont demandé poliment des preuves, des éléments indiquant l’implication d’Al-Qaïda. La Maison Blanche n’était pas d’humeur aux subtilités juridiques. Un court délai a été accordé pour permettre au Pakistan de retirer son personnel militaire d’Afghanistan. L’opération Enduring Freedom (Liberté immuable) a commencé en octobre 2001. Les Talibans, sur les conseils de l’armée pakistanaise, ont monté une résistance dérisoire. Leur chef borgne, le mollah Omar, a été signalé pour la dernière fois en train de fuir un village afghan du centre à moto, comme Steve McQueen dans La Grande Evasion. Lorsque les troupes américaines ont finalement atteint la cachette d’Al-Qaïda dans les grottes de Tora Bora, les dirigeants s’étaient enfuis. Le Mollah Omar et Ben Laden, ainsi que leurs troupes, ont trouvé refuge au Pakistan, où les chefs militaires du pays ont conseillé aux Talibans d’attendre leur heure. Les États-Unis et tous leurs alliés de l’OTAN, ainsi que la Russie et la Chine (de bons amis à l’époque), ont soutenu la guerre et l’occupation de l’Afghanistan – les Russes, sans aucun doute, avec un élément de Schadenfreude (joie malsaine).

Vingt ans plus tard, le bilan sombre et sanglant de cette réponse américaine qui a différé des méthodes « à l’ancienne » parle de lui-même. Six guerres, des millions de morts, des milliards de milliards gaspillés et un fléau de souffrances et de traumatismes infligés au monde musulman, accélérant un raz-de-marée de réfugiés qui a semé la panique dans l’Union européenne et entraîné une énorme augmentation des voix pour les partis d’extrême droite —qui à son tour a poussé un centre politique déjà extrême encore plus à droite. L’islamophobie, promue par les politiciens de tous bords en Occident, est désormais ancrée dans la culture occidentale.

« Oh, que la rage d’un maître étranger ne puisse plus / Avec des injustice marquées du sceau de la légalité, maudire un âge futur ! » écrivait Alexander Pope à l’aube du 18e siècle. Trois cents ans plus tard, le maître étranger a retiré ses forces, admettant sa défaite, avec la pleine conscience que les Talibans seraient bientôt de retour au pouvoir. La guerre a été une énorme catastrophe politique et militaire pour les États-Unis et leurs partisans de l’OTAN. La « liberté » n’a pas été immuable. Les Talibans, qui contrôlaient les trois quarts du pays à la veille de l’invasion américaine, le contrôlent désormais dans sa totalité.

L’histoire n’est que modestement utile pour anticiper ce qui se passera ensuite. Après le retrait soviétique en 1989, un faible régime pro-Moscou a réussi à s’accrocher à Kaboul pendant quelques années avant d’être renversé, avec le soutien des États-Unis, et remplacé par des factions belligérantes des moudjahidines. En 1994, les États-Unis ont donné leur feu vert à une intervention menée par les Talibans pakistanais. Deux ans plus tard, les Talibans ont pris le contrôle de Kaboul.

La différence aujourd’hui est qu’il n’y a pas d’ennemi armé de la guerre froide en ce qui concerne les États-Unis. Les Talibans, autrefois amis de Washington, puis ennemis, sont désormais prêts à redevenir amis. Après tout, ils parlementent depuis plus d’une décennie.

Pendant ce temps, en juillet, une délégation talibane de haut rang s’est rendue en Chine pour s’engager à ce que le sol afghan ne soit plus jamais utilisé comme base pour attaquer la Chine et, sans aucun doute, pour discuter de futurs plans de commerce et d’investissement. Ne vous y trompez pas, Pékin remplacera Washington en tant que principale influence étrangère en Afghanistan. Puisque la Chine entretient des relations chaleureuses avec l’Iran, on peut espérer que cela découragera les rivalités entre la minorité Hazara et la majorité Pachtoune, qui pourraient conduire à des effusions de sang. La Russie, pour sa part, usera de son influence auprès d’autres minorités pour éviter le genre de guerre civile qui a éclaté après le retrait soviétique. Aucune puissance extérieure ne semble vouloir une répétition de cela aujourd’hui. Les États-Unis préfèrent exercer un contrôle direct via des drones et des bombardements, comme ils l’ont fait un jour après avoir confirmé le retrait d’Afghanistan —pour « gagner du temps » pour le gouvernement afghan, nous a-t-on informé— et comme ils l’ont fait au moins deux fois depuis les attaques meurtrières de Daech-K à l’aéroport.

Étant donné que les Talibans ont élu domicile dans le palais présidentiel de Kaboul, ce que les États-Unis devraient faire, avec leurs alliés de l’OTAN, est d’accorder refuge et citoyenneté à tous les Afghans qui veulent quitter le pays : ce serait une petite réparation pour une guerre inutile. En dehors de cela, les États-Unis devraient laisser le pays tranquille. Le vrai changement ne peut venir que de l’intérieur de l’Afghanistan. Cela prendra du temps, mais c’est mieux qu’une invasion par une grande puissance. Il est trop tôt pour dire comment tout cela va se dérouler ; on en saura plus dans six mois.

Le 15 février 2003, sachant ce qui allait suivre et nourrissant peu d’illusions sur leurs dirigeants, pas moins de 14 millions de personnes ont défilé sur les sept continents contre la guerre imminente en Irak. Les sanctions avaient déjà paralysé le pays, entraînant la mort de centaines de milliers d’enfants (jusqu’à un demi-million, selon une analyse du Lancet de 1995), un prix qui, selon Madeleine Albright, la secrétaire d’État de Bill Clinton, « en valait le coup ». Les plus grandes manifestations ont eu lieu à Rome (2,5 millions), Madrid (1,5 million) et Londres (1,5 million), tandis que des centaines de milliers de personnes ont défilé à New York et Los Angeles, ainsi que d’énormes rassemblements dans la plupart des capitales.

Le plus grand rassemblement pour la paix jamais vu dans l’histoire mondiale a été ignoré par Bush, le Premier ministre britannique Tony Blair et leurs acolytes [à la notable exception de Jacques Chorac]. L’Irak a été pulvérisé et son chef soumis à un lynchage judiciaire. La torture par les soldats américains (hommes et femmes) était très répandue et des photos de viol ont été diffusées triomphalement. Pour beaucoup, c’était le visage de la civilisation occidentale. Au moins un demi-million d’Irakiens sont morts pendant la guerre. Les musées de Bagdad ont été pillés et l’infrastructure sociale du pays a été dévastée par les bombardements. C’étaient des crimes de guerre, mais c’étaient « nos » crimes de guerre, et ils ont donc été ignorés, au mépris des jugements de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale. Dans la guerre contre le terrorisme, c’est toujours la saison ouverte : tirer pour tuer, aucun procès nécessaire et emprisonnement à durée indéterminée. Les valeurs juridiques et morales (« notre mode de vie ») ont cessé d’exister. Des munitions à l’uranium appauvri ont été déployées en Irak et, plus tard, en Syrie.

Même avant la guerre, bien sûr, les États-Unis avaient joué rapidement et librement avec les normes juridiques internationales. Les sanctions contre l’Irak –qui ont été imposées en 1990, juste avant la guerre du Golfe de Bush I, et sont restées jusqu’à l’invasion de Bush II– constituaient en elles-mêmes un crime de guerre. La cible était la population civile ; le but était de provoquer un soulèvement populaire spontané. Un haut fonctionnaire britannique, Carne Ross, a témoigné devant une commission parlementaire restreinte en 2007 et a admis :

« Les masses de preuves indiquent clairement que les sanctions ont causé des souffrances humaines massives parmi les Irakiens du quotidien, en particulier les enfants. Nous, les gouvernements américain et britannique, étions les principaux ingénieurs et contrevenants aux sanctions et étions bien conscients des preuves à l’époque, mais nous les avons largement ignorées, mettant tout sur le dos du gouvernement de Saddam… »

L’histoire réelle est profondément ancrée dans la mémoire d’un peuple mais est toujours un obstacle pour les fantasmes impériaux. Il existe désormais un accord quasi-universel sur le fait que l’occupation occidentale de l’Irak a été un désastre total –d’abord pour le peuple irakien, ensuite pour les soldats envoyés par des politiciens scélérats pour mourir dans un pays étranger. La grammaire de la tromperie utilisée par Bush, Blair et divers apologistes néoconservateurs / néolibéraux pour justifier la guerre a perdu toute crédibilité. Malgré les journalistes embarqués et la propagande incessante, les images sanglantes refusent de disparaître ; le retrait immédiat de toutes les troupes étrangères était la seule solution valable. Alors que les États-Unis se sont soi-disant retirés, leurs avions sont toujours utilisés occasionnellement pour bombarder le pays. Un rappel macabre que si le gouvernement irakien se comporte mal, des sanctions seront à venir.

La Libye, malgré ses immenses richesses pétrolières, était une autre histoire, mais avec sa propre fin macabre. Contrairement aux dirigeants des partis Baas irakien et syrien, Mouammar Kadhafi avait rechigné à construire une infrastructure sociale appropriée, qui aurait grandement contribué à dissoudre les loyautés tribales. Il avait renoncé à son programme nucléaire en échange d’une reconnaissance occidentale et était fêté dans les capitales occidentales. Son fils a obtenu son doctorat à la London School of Economics, malgré les allégations de plagiat, après quoi un généreux don a été rapidement accordé à l’école. Il aurait également fourni des fonds pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en France.

Les vices, les excentricités et les manquements plus graves de Kadhafi ont été exposés en février 2011, lors d’un soulèvement lié au printemps arabe. Il pensait que ses nouveaux amis occidentaux le soutiendraient. C’était le contraire : ils avaient décidé de se débarrasser de lui, et l’opportunité s’offrait. Mais l’histoire racontée par des militaires humanitaires pour justifier l’intervention américaine —selon laquelle Kadhafi était déterminé à massacrer son peuple— était basée en grande partie sur un rapport d’Al-Jazeera affirmant que l’armée de l’air libyenne avait mitraillé les manifestants. Cela s’est avéré être une fiction, selon le témoignage au Congrès du Secrétaire à la Défense Robert Gates et de l’amiral Michael Mullen. Il n’y a pas eu non plus de massacres aveugles et à grande échelle dans les villes de Misrata, Zawiya et Ajdabiya lorsque les forces gouvernementales les ont reprises. L’avertissement de Kadhafi le 17 mars que ses forces ne montreraient « aucune pitié » faisait explicitement référence aux rebelles armés de Benghazi, mais il a offert l’amnistie et une voie de fuite vers l’Égypte pour ceux qui ont déposé les armes. Aussi brutal qu’ait été le régime de Kadhafi, il y a peu de preuves que le bombardement de l’OTAN ait empêché un « génocide » ou « un autre Rwanda » ou, comme l’a dit le Président Obama, « un massacre qui aurait résonné dans toute la région et entaché la conscience du monde ».

Sans surprise, il n’y a jamais eu de décompte fiable des civils tués au cours de la campagne de six mois de bombardement de la Libye par l’Occident. Les estimations les plus conservatrices placent le nombre de morts collectifs —civils, rebelles, combattants de Kadhafi— à environ 8 000. Mais un universitaire de l’Université SOAS de Londres, qui avait conseillé le ministère des Affaires étrangères, a placé le bilan entre 20 000 et 30 000 personnes tuées. Les avions de l’OTAN n’ont pas protégé les civils car ils ont visé les forces de Kadhafi. Le dictateur a été capturé, torturé et lynché par la foule [plutôt assassiné par un agent secret français, comme l’a révélé le Corriere della Sera]. Toujours éveillée, Hillary Clinton a déclaré : « Nous sommes venus. Nous avons vu. Il est mort. » Dommage. Dans d’autres circonstances, Kadhafi aurait très bien pu financer la Fondation Clinton.

Après l’effondrement d’un gouvernement néolibéral absurde et pro-business, dirigé initialement par un exilé libyen en Alabama, la Libye post-Kadhafi a été reprise par une coalition lâche de milices armées, y compris celles liées à Al-Qaïda. Comme en Irak, l’État s’est effondré et une guerre civile a commencé. Les Noirs africains ont été expulsés en grand nombre et renvoyés dans leurs pays. La capitale du Mali, Tombouctou, et une grande partie du Sahel ont été occupés par des « milices de réfugiés ». Les Français ont envoyé des troupes.

Pendant ce temps, il y avait plus d’attentats terroristes : à Londres, à Paris, à Bombay, à Islamabad. La guerre contre le terrorisme avait échoué à tous les niveaux, tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger. Alors que l’armée américaine et ses alliés bombardaient et se frayaient un chemin à travers des terres étrangères, leurs gouvernements étaient occupés à faire la guerre aux libertés civiles sur le sol national. De Guantanamo aux unités de gestion de la communication à sécurité maximale dans les prisons américaines, des programmes de surveillance secrets à l’interdiction d’entrée sur le sol américain pour les musulmans édictée par Donald Trump, les États-Unis ont traqué et ciblé leurs résidents musulmans. De l’autre côté de l’océan, la Grande-Bretagne a lancé son propre régime « anti-terroriste » tentaculaire, y compris un programme de détention illimitée dans sa prison de sécurité d’État, Belmarsh, où au moins un prisonnier a été rendu fou et transféré à Broadmoor, un hôpital psychiatrique de haute sécurité.

Les lanceurs d’alerte qui ont révélé les crimes occidentaux en Irak et ailleurs ont été sévèrement punis. Bradley Manning a été gracié, mais Edward Snowden, qui a exposé l’ampleur de la surveillance exercée par la National Security Agency, a dû fuir le pays. Et Julian Assange reste dans la prison de Belmarsh, se demandant si le système judiciaire britannique l’enverra se faire enseveli dans une prison de sécurité américaine sur la base d’une accusation dangereuse et sans précédent de violation de la loi sur l’espionnage.

Trois mois après la chute de Bagdad en 2003, le Premier ministre israélien Ariel Sharon a prononcé un discours à la Maison Blanche félicitant Bush pour sa « victoire impressionnante », mais l’exhortant à ne pas s’arrêter. Message transmis à Damas et à Téhéran : « Il doit être clair… que leurs mauvaises actions ne peuvent pas continuer. »

Ces deux capitales jouissent toujours de la sécurité, mais la Syrie est brisée et l’Iran accablé de sanctions. Où frapperont maintenant la liberté et la démocratie ?

Tariq Ali

Tariq Ali est rédacteur en chef à New Left Review. Son dernier livre, The Forty Year War in Afghanistan: A Chronicle Foretold, est publié par Verso en novembre 2021.

Source : The Nation


Note du traducteur : Ben Laden a nié toute participation aux attentats du 11 septembre. Le 28 septembre 2001, il a été interviewé par le Karachi Ummat, un journal en ourdou. Le Foreign Broadcast Information Service des États-Unis, une composante de la CIA, l’a traduit. Voilà ce que Ben Laden affirme :

« J’ai déjà dit que je ne suis pas impliqué dans les attentats du 11 septembre aux États-Unis. En tant que musulman, je fais de mon mieux pour éviter de mentir. Je n’avais aucune connaissance de ces attaques et je ne considère pas non plus le meurtre de femmes, d’enfants et d’autres êtres humains innocents comme un acte louable. L’Islam interdit strictement de causer du tort à des femmes, des enfants et d’autres personnes innocentes. Une telle pratique est interdite même au cours d’une bataille. Ce sont les États-Unis qui commettent tous les mauvais traitements infligés aux femmes, aux enfants et aux gens du quotidien d’autres confessions, en particulier les adeptes de l’Islam. Tout ce qui se passe en Palestine depuis 11 mois est suffisant pour appeler la colère de Dieu sur les États-Unis et Israël. Il y a aussi un avertissement pour ces pays musulmans, qui ont été témoins de tout cela en spectateurs silencieux. Qu’avait-on infligé auparavant aux innocents d’Irak, de Tchétchénie et de Bosnie ? Une seule conclusion pourrait être tirée de l’indifférence des États-Unis et de l’Occident à ces actes de terreur et au patronage des tyrans par ces puissances : l’Amérique est une puissance anti-islamique et elle parraine les forces anti-islamiques. Son amitié avec les pays musulmans n’est qu’un spectacle, plutôt une tromperie. En séduisant ou en intimidant ces pays, les États-Unis les obligent à jouer le rôle de leur choix. Jetez un coup d’œil tout autour et vous verrez que les esclaves des États-Unis sont soit des dirigeants, soit des ennemis [des musulmans]. Les États-Unis n’ont pas d’amis, et ils ne veulent pas en garder parce que la condition préalable de l’amitié est de se mettre au niveau de l’ami ou de le considérer à égalité avec vous. Les Etats-Unis ne veulent voir personne d’égal à eux. Ils veulent l’esclavage des autres. Par conséquent, les autres pays sont soit ses esclaves, soit ses subordonnés.

Quiconque a commis l’acte du 11 septembre n’est pas l’ami du peuple américain. J’ai déjà dit que nous sommes contre le système américain, pas contre son peuple, alors que dans ces attaques, le peuple américain du quotidien a été tué. Les États-Unis devraient essayer de retrouver les auteurs de ces attaques en leur propre sein : les gens qui font partie du système américain, mais sont dissidents contre lui. Ou ceux qui travaillent pour un autre système ; les personnes qui veulent faire du siècle présent un siècle de conflit entre l’Islam et le Christianisme afin que leur propre civilisation, nation, pays ou idéologie puissent survivre. Il y a aussi des agences de renseignement aux États-Unis, qui nécessitent des milliards de dollars de fonds du Congrès et du gouvernement chaque année. Ce [problème de financement] n’était pas un gros problème pendant l’existence de l’ex-Union soviétique, mais après cela, le budget de ces agences a été en danger. Ils avaient besoin d’un ennemi. Ainsi, ils ont d’abord commencé à faire de la propagande contre Oussama et les Talibans, puis cet incident s’est produit. Vous voyez, l’administration Bush a approuvé un budget de 40 milliards de dollars. Où ira cette énorme somme ? Elle sera fournie aux mêmes agences, qui ont besoin de fonds énormes et veulent conserver et exercer leur importance. Maintenant, elles dépenseront l’argent pour leur expansion et pour augmenter leur influence. Je vais vous donner un exemple. Des trafiquants de drogue du monde entier sont en contact avec les services secrets américains. Ces agences ne veulent pas éradiquer la culture et le trafic de stupéfiants car leur importance en serait diminuée. Les gens du département américain de lutte contre la drogue encouragent le commerce de la drogue afin qu’ils puissent montrer des performances et obtenir des millions de dollars de budget. Le général Noriega a été fait baron de la drogue par la CIA, et quand cela a été opportun, il a été fait bouc émissaire. De la même manière, que ce soit le Président Bush ou tout autre Président américain, ils ne peuvent pas traduire Israël en justice pour ses violations des droits de l’homme ou le tenir responsable de ces crimes. Qu’est-ce que ça signifie ? N’est-ce pas qu’il existe un gouvernement au sein du gouvernement des États-Unis ? Il faut demander à ce gouvernement secret [l’Etat profond ou ‘Deep State’] qui a commis les attaques. »

Traduction : lecridespeuples.fr

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