Le documentaire Hold-Up de Pierre Barnérias, sorti le 11 novembre 2020, a été censuré par Vimeo. Immédiatement étiqueté «fake news » par les médias officiels, on le trouve en accès libre sur Odysee. Face à la censure qui frappe Hold-Up et la violence du débat, nous réagissons sans nous prononcer sur son contenu. Chacun doit être libre de visionner le film Hold-Up. De le contester ou pas, et de se forger librement SA PROPPRE opinion – comme le suggère le billet de Bruno Guigue ci-dessous. [ASI]

 

On peut voir le documentaire Hold Up ICI


 

« Hold Up » ? Je pense qu’il faut le voir…

Par Bruno Guigue

15 novembre 2020

« Hold Up » ? Je pense qu’il faut le voir, ne serait-ce qu’en raison de la censure qui le frappe, et pour s’opposer à un lynchage médiatique destiné à faire taire toute pensée alternative. Aussi, bien sûr, parce que de vraies questions y sont posées et que des vérités y sont dites. Mais personne n’est parfait, et on a le droit de ne partager ni les thèses défendues par ce documentaire quand elles sont contestables, ni les accusations de ses détracteurs quand elles sont de mauvaise foi.

Quand on le regarde, on a l’impression d’une sorte de kaléidoscope récapitulant en vrac les nombreuses questions qu’on peut se poser, mais présentant comme allant de soi, à chaque fois, une réponse qui laisse perplexe. Que ce soit sur l’origine du virus, l’ampleur du phénomène, la mortalité induite, l’efficacité des mesures, le débat sur la chloroquine, le rôle de l’OMS, tout est traité hâtivement, en suggérant que ça y est, on a enfin la réponse qu’on a cherché à nous cacher !

Or sur la plupart de ces sujets, nous ne disposons d’aucun état des lieux objectif. Que l’on confronte des hypothèses, très bien, mais sans oublier qu’il s’agit d’hypothèses. Sur l’origine du virus, par exemple, la thèse de la fabrication humaine n’est pas invraisemblable, mais si on la présente comme une vérité, alors il faut fournir un minimum de preuves, et le simple témoignage d’une blogueuse chinoise sortie de nulle part et qui prétend tout savoir ne prouve rien.

Les meilleurs passages du documentaire, au contraire, sont les plus factuels : l’affligeante incurie des dirigeants français à propos du masque, ou l’étude sur la chloroquine, manifestement bidonnée, qui a été publiée par le Lancet. Pour le reste, ce documentaire reflète les travers habituels de l’information télévisuelle. Tout va très vite, ça part dans tous les sens, faits et interprétations se mêlent dans une narration à plusieurs voix qui se contredit allègrement.

Quel est le propos des auteurs ? Accuser les autorités d’avoir exagéré la menace pour ruiner nos libertés, voire d’avoir tout inventé pour nous terroriser, ou, au contraire, d’avoir péché par négligence, de s’être montrées incapables de faire face et d’avoir bricolé des expédients ? Pour ma part, je pense que nous sommes dans le second cas de figure. Le documentaire, lui, oscille entre ces deux thèses, avec une nette préférence pour la première.

André Comte-Sponville nous explique que mourir du Covid ou du cancer, au fond, tout cela est sans importance. Peu après, une intervenante décrit la détresse des victimes confinées en EPAHD, et, en sanglots, elle accuse les autorités de les avoir laissé mourir. Il va de soi que le confinement mérite discussion. Mais si ces personnes sont décédées du Covid-19, c’est que la pandémie est une affaire sérieuse, non ? Dans ces conditions, on se demande pourquoi la plupart des autres intervenants, au contraire, en minimisent l’importance.

Le plus étonnant, donc, c’est la façon dont la thèse minimisatrice, dans ce documentaire, côtoie le discours apocalyptique. On a envie de dire : il faudrait savoir ! Soit cette pandémie est une affaire sérieuse, et la critique de la nullité de nos dirigeants est salutaire. Soit on pense que ce n’est qu’un prétexte à l’instauration d’une dictature sanitaire à la Foucault mâtinée de 1984. Mais là on entre dans un autre registre discursif, et pour étayer cette thèse, il faudra autre chose que des citations d’Attali sur le « gouvernement mondial » (qu’en pensent Xi et Poutine ?) et des vidéos de Bill Gates qui veut vacciner la planète entière.

Bruno Guigue


Bruno Guigue est un haut fonctionnaire, essayiste et politologue français né à Toulouse en 1962. Ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA. Professeur de philosophie et chargé de cours en relations internationales dans l’enseignement supérieur. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident (L’Harmattan, 2002).

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