Lors d’une récente apparition dans un talk-show politique le 8 juin 2021 (avant la chute de Netanyahou), l’analyste politique libanais Nasser Qandil a déclaré qu’Israël traverse actuellement une période sensible et dangereuse de son histoire, au cours de laquelle le pays doit choisir entre « une guerre civile ou une guerre régionale ».

Nasser Qandil


Talk-show du 8 juin 2021 sur Al Mayadeen TV

Source: Middle East Observer


Transcription :

Nasser Qandil, rédacteur en chef du journal libanais Al-Binaa : […] Personnellement, je ne pense pas que Netanyahou soit capable de prendre des mesures importantes à ce stade. Le test principal (de la puissance d’Israël) était la bataille récente de L’épée d’al-Quds. Nous n’aurions jamais vu un cessez-le-feu (si rapidement) si l’entité d’occupation (israélienne) était solide en termes d’armée, d’institutions et de société, si elle avait été suffisamment forte pendant la bataille pour supporter le fardeau et le poids des décisions de Netanyahou.

Il faut revenir sur l’image de ce qui s’est passé avant le cessez-le-feu : les roquettes/missiles pleuvent sur (toutes) les villes de l’entité d’occupation (israélienne). Cela ne s’est jamais produit auparavant dans l’histoire d’Israël. Il y avait des missiles lourds avec des têtes explosives capables de faire s’effondrer des bâtiments. Vous avez maintenant cette nouvelle scène. Les tirs de roquettes/missiles (sur Israël) se sont poursuivis et (Israël) n’a pas pu les arrêter. Avant le cessez-le-feu, (les forces de résistance palestiniennes) n’avaient aucun accès terrestre (au monde extérieur), aucune armée de l’air, ni de Dôme de fer. Par conséquent, le fait qu’Israël ait voté un cessez-le-feu est un aveu d’impuissance, c’est une demande de protection américaine.

Je crois, selon mon évaluation et mes analyses personnelles, qu’avec le cessez-le-feu et ses conséquences, depuis ce jour, l’ère de l’indépendance de l’entité d’occupation (israélienne) est terminée. L’entité d’occupation (israélienne) est tombée sous mandat américain. Même en termes de (formation) du nouveau gouvernement (israélien), comment ce gouvernement est-il né ? Sa (formation) n’était même pas sur la table. Le gouvernement est né d’un coup. Les États-Unis entrent aujourd’hui dans les détails. Puisque (les États-Unis) tiennent l’avenir de l’entité (israélienne) entre leurs mains, ils suivent cette politique : « Je vous protège et je finance votre (gouvernement), donc, je contrôle votre politique. »

Journaliste : Pardonnez-moi de vous interrompre, mais ce que j’entendais par « développements sur le terrain », c’est qu’aujourd’hui Benjamin Netanyahou et l’extrême droite parlent avec insistance de la tenue, par exemple, de la Marche du drapeau à sa date d’origine. Cela peut nécessiter une action au niveau local. Par conséquent, la résistance (palestinienne) peut agir. Nous ne confirmons rien ; nous étudions (juste) des scénarios. Cependant, en raison de ces développements sur le terrain, la situation pourrait se détériorer.

Qandil : Ecartons d’abord les scénarios militaires, c’est-à-dire le sabotage, les opérations de sécurité, l’action militaire, le ciblage (d’individus et de lieux) et le déclenchement d’une guerre. C’est au-delà du pouvoir (de l’entité israélienne) car elle manque d’harmonie interne ; c’est une entité pour laquelle les États-Unis sont un partenaire (vital), que ce soit au niveau du renseignement, ou de la marge de manœuvre du chef d’état-major ou du ministère de la Défense. Je veux dire que (l’entité israélienne) ne peut pas prendre de grande décision par elle-même.

Concernant la situation sur le terrain, eh bien, la date (initiale) de la marche était jeudi (10 juin), mais maintenant (la marche) a été reportée à mardi (15 juin) par une décision de Netanyahou et de son équipe pour éviter de prendre des risques. Mardi, ils parlent de 500 (participants) et 500 drapeaux. On sait que cette marche rassemble généralement au moins 50 000 personnes chaque année. Par conséquent, Netanyahou et son équipe discutent maintenant des moyens de priver la résistance (palestinienne) de la possibilité de se vanter d’un succès si la marche est complètement annulée (par ses menaces), tout en évitant de franchir la ligne rouge tracée par les États-Unis.

Netanyahou explique l’équation (politique actuelle) en disant : « Vous (les Israéliens) allez soit vous heurter à Gaza, au Hamas et aux forces de résistance (palestiniennes), soit subir une effusion de sang israélienne », ce qui signifie que les colons (israéliens) et les manifestants viendront se heurter à la police. Je pense que l’évaluation de Netanyahou est correcte. L’avenir de l’entité (israélienne) ressemblera à l’une des deux options : soit une guerre globale qui commencera par toute action qui déclencherait un conflit, soit l’autre option, qui est une guerre civile judéo-juive car il est impossible de contenir les colons (israéliens).

Il est possible que la marche se déroule avec un minimum de provocations en évitant les zones sensibles et en déployant la police et l’armée. Cependant, depuis l’assassinat d’Yitzhak Rabin (ancien Premier ministre d’Israël), la seule force vitale qui a une activité politique significative dans l’entité d’occupation sont les colons (israéliens) et les extrémistes. Les autres sont des structures vides. Ainsi, si les colons et les extrémistes ont pris l’initiative du fait de leur certitude que l’establishment politique est devenu impuissant, nous entendrons parler d’affrontements et de confrontations violentes tous les jours.

D’une part, protéger l’entité (israélienne) nécessitera qu’une partie de l’armée, de la police et des forces de sécurité affrontent les (extrémistes israéliens). D’un autre côté, si (Israël) lâche la bride aux extrémistes, cela déclenchera des guerres régionales. L’entité (israélienne) traverse aujourd’hui une période délicate, dangereuse et sensible de sa vie et fait face à un choix difficile : soit une guerre civile, soit une guerre régionale. […]


Traduction : lecridespeuples.fr

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