Le Premier ministre israélien Naftali Bennett presse le président Joe Biden d’adopter une position dure contre l’Iran lors d’une réunion à la Maison Blanche le 27 août 2021 (Wall Street Journal).


Par Alison Weir

Publié le 17 décembre 2021 sur le site de l’auteur Israelpalestinenews


Pendant de nombreuses années, Israël et ses défenseurs aux États-Unis ont poussé les Américains à attaquer l’Iran; ils les ont poussé dans la désastreuse guerre contre l’Irak qui a détruit des innombrables vies et conduit à la montée de l’Etat islamique…

Récemment, Israël a utilisé la sortie de l’Afghanistan pour promouvoir des politiques américaines hostiles au nom d’Israël contre l’Iran;  des politiques qui pourraient dégénérer en une autre guerre désastreuse et ratée. 

Nombre d’analystes de tout le spectre politique ont dénoncé ces actes dangereux, notamment Democracy Now, CounterPunch, Tucker Carlson, Pat Buchanan… 

En août, alors que les États-Unis tentaient enfin de sortir de la guerre dévastatrice afghane qui a duré 20 ans, le Premier ministre israélien Naftali Bennett est venu à Washington D.C. pour pousser Biden à accroître les hostilités américaines contre l’Iran.

Des israéliens bien informés ont révélé, avant la visite de Bennett à la Maison Blanche, qu’Israël prévoyait d’utiliser la « défaite humiliante des Etats-Unis face aux Talibans » pour inciter Biden à « renforcer la position des Etats-Unis face à l’Iran ». La mission de Naftali Bennett lors de sa rencontre avec Biden était, selon eux, de le convaincre que l’Iran « représente une menace tangible et significative pour le monde entier  » et que les Etats-Unis doivent prendre des mesures contre l’Iran.

Récemment, le ministre israélien de la Défense et le chef du Mossad ont rendu visite à M. Biden avec ce qu’ils prétendaient être des « renseignements sur l’enrichissement de l’uranium par les Iraniens », ce qui rappelle les déclarations antérieures sur ce qui s’est avéré être des « armes de destruction massive » inexistantes en Irak.

Le 2 décembre, le Premier ministre israélien Naftali Bennett a téléphoné au secrétaire d’État américain Antony Blinken pour faire pression sur lui au sujet de l’Iran. Selon les médias israéliens, l’appel a été « long et dur ». Blinken, un partisan d’Israël qui a contribué à fournir un quart de milliard de dollars à Israël lors de son bombardement de Gaza en 2014, a déclaré avoir eu une « très bonne » conversation avec Bennett, ajoutant : « Nous avons exactement les mêmes objectifs stratégiques ».

Et il y a quelques jours, le ministre israélien de la Défense et le chef du Mossad sont venus à Washington DC pour faire une nouvelle fois pression sur les collaborateurs de Biden au sujet de l’Iran. Selon le Times of Israel, ils mettent la pression pour que les États-Unis engagent une action militaire contre l’Iran.

Ce n’est pas nouveau.

« Les Israéliens sont prêts à combattre l’Iran jusqu’au dernier soldat américain »

Donald Trump a récemment déclaré qu’il avait découvert au début de son mandat présidentiel que Netanyahou n’était pas intéressé par la recherche d’un accord de paix ; il essayait plutôt de « l’utiliser contre l’Iran ». Ha’aretz a rapporté que selon un responsable américain, « Trump était furieux contre Netanyahu et a déclaré que les Israéliens sont prêts à combattre l’Iran jusqu’au dernier soldat américain. »

Cela fait partie d’une stratégie israélienne qui dure depuis plusieurs décennies et qui a créé des tragédies et des destructions: tout cela pour qu’Israël puisse maintenir son projet d’établir un État juif exclusif sur une terre dont la population était à l’origine à 95 % musulmane et chrétienne. De nombreux Américains ont également subi des dommages collatéraux.

Dès ses premiers jours, Israël a planifié une stratégie par laquelle il endommagerait et fragmenterait les autres pays de la région afin de pouvoir atteindre et maintenir son hégémonie. Le Premier ministre israélien a détaillé cette stratégie dans les années 1950, et d’autres analystes ont proposé divers plans pour la mettre en œuvre dans les années qui ont suivi (vous trouverez plus de détails ci-dessous).

Des organisations et des individus pro-Israéliens ciblent l’Iran

Bien que individuellement de nombreux juifs ne soient pas d’accord avec cet objectif et que beaucoup œuvrent pour la paix, l’establishment juif aux États-Unis diffuse depuis de nombreuses années des messages anti-iraniens. (C’était également le cas pour la guerre en Irak. Comme Michelle Goldberg l’a rapporté dans Salon : « Des groupes et dirigeants juifs traditionnels sont désormais parmi les plus fervents partisans d’une invasion américaine de Bagdad »).

Une pleine page de publicité parue en 2010 dans le New York Times en est un exemple :

Publicité du New York Times diabolisant l’Iran avec la liste des groupes qui l’ont financée.

L’un des nombreux loyalistes d’Israël au sein du gouvernement américain qui a longtemps travaillé à protéger Israël et à fomenter des politiques anti-iraniennes est Dennis Ross, actuellement conseiller au Washington Institute for Near East Policy (WINEP), une organisation de lobbying pro-israélienne.

L’analyste Phillip Giraldi écrit:

« Ross a occupé des postes de haut niveau en matière de sécurité nationale liés au Moyen-Orient sous les présidents Ronald Reagan, George H.W. Bush, Bill Clinton et Barack Obama. En tant qu’ardent défenseur d’Israël, Ross a été surnommé ‘l’avocat d’Israël’ par ses collègues et a été une fois réprimandé lors d’une réunion avec la secrétaire d’État Condoleezza Rice, qui l’a interrompu alors qu’il plaidait in extenso en faveur d’Israël. Elle lui a dit qu’à l’avenir, lorsqu’elle voudrait connaitre la position d’Israël-Likoud, elle le lui demanderait. »

En juillet, Bloomberg a publié un article de Ross intitulé « To Deter Iran, Give Israel a Big Bomb« . Dans cet article, Ross préconise de fournir à Israël le GBU-57 Massive Ordnance Penetrator, un bombardier de 30 000 livres, la plus grande bombe non-nucléaire du monde. Deux défenseurs d’Israël au Congrès ont introduit une législation pour fournir cette bombe à Israël (renouvelée depuis). Giraldi affirme que la bombe donnerait à Israël « les moyens de déclencher une guerre régionale majeure qui s’intensifierait probablement devant inclure une implication directe des États-Unis. »

Le journaliste Philip Weiss a également rapporté que le partisan d’Israël Mark Dubowitz « cherche à utiliser la débâcle afghane pour faire dérailler l’accord sur l’Iran ». Dubowitz est le PDG de la Fondation pour la défense de la démocratie, un autre groupe de réflexion favorable à Israël.

Les néoconservateurs ont déjà fait la promotion de la désastreuse guerre en Irak

Les médias israéliens et certains analystes américains rapportent depuis longtemps que les partisans d’Israël ont été un facteur clé dans la promotion de l’attaque désastreuse contre l’Irak, qui a coûté aux États-Unis au moins deux milliards de dollars, près de 7 000 vies de soldats américains (un nombre incalculable d’autres blessés à vie), environ 200,000 morts parmi les civils irakiens (dont de nombreux enfants), les atrocités d’Abou Ghraib et la montée de l’Etat islamique.

Et ces chiffres sont une estimation prudente. Les rapports de l’Université de Brown : « 20 ans de guerres post-11 septembre ont coûté aux États-Unis environ 8 000 milliards de dollars et ont tué plus de 900 000 personnes. »

Si d’excellents documents ont montré comment les affirmations frauduleuses selon lesquelles l’Irak disposait d’armes de destruction massive ont provoqué la guerre, ils omettent largement le lien de causalité pro-israélien.

L’ancienne analyste de la CIA Kathleen Christison en a référé en détail. Citant des noms dans un article incontournable de 2002, Christison a souligné:

« ...Il est temps, cependant, de dire les mots à haute voix et de traiter de ce qu’ils signifient vraiment.

Une double loyauté. La question à laquelle nous avons affaire dans l’administration Bush est celle de la double loyauté – la double allégeance de ces myriades de fonctionnaires de haut niveau et de niveau intermédiaire qui ne peuvent pas distinguer les intérêts américains des intérêts israéliens, qui promeuvent sans ambages la prétendue identité d’intérêts entre les États-Unis et Israël, qui ont passé le début de leur carrière à donner des conseils politiques à des gouvernements israéliens de droite et donnent maintenant les mêmes conseils à un gouvernement américain de droite, et qui, l’un après l’autre, ne sont pas en mesure de faire la différence. et qui, s’en doute, sont tellement absorbés par leur préoccupation pour le sort d’Israël qu’ils ne savent honnêtement pas si leur propre passion pour l’avancement de l’imperium américain est motivée principalement par le patriotisme de l’Amérique d’abord ou est gouvernée d’abord et avant tout par le désir d’assurer la sécurité et la prédominance d’Israël au Moyen-Orient par l’avancement de l’imperium américain…

… Bien que l’on ait beaucoup écrit sur les néo-cons qui se répandent dans l’administration Bush, leurs liens avec Israël ont généralement été traités avec beaucoup de circonspection. Bien que l’on ait beaucoup appris récemment sur le fait que débarrasser l’Irak de son dirigeant et de son stock d’armes était à l’ordre du jour des néo-cons depuis bien avant l’existence de l’administration Bush, on a peu parlé du lien entre cet objectif et le désir primordial des néo-cons d’assurer une plus grande sécurité à Israël. Mais un examen de la distribution des personnages dans les cercles d’élaboration de la politique de l’administration Bush révèle un réseau étonnamment omniprésent de militants pro-israéliens… »

Les initiés du Pentagone et les médias israéliens…

De même, un officier de l’armée de l’air qui a servi aux échelons supérieurs du Pentagone a témoignage sur la façon dont les partisans d’Israël intégrés dans un bureau secret du Pentagone ont fabriqué la désinformation anti-irakienne et l’ont diffusée au sein de la Maison Blanche et du public américain. Il a déclaré que « le Bureau des plans spéciaux était un bureau de propagande. Ce n’était pas le bureau élargi pour l’Irak. C’était un bureau de propagande néoconservateur ». Les médias israéliens n’ont pas hésité à relater cet aspect. Par exemple, le quotidien israélien Ha’aretz a déclaré le 4 avril 2001 :

« La guerre en Irak a été conçue par 25 intellectuels néoconservateurs, juifs pour la plupart, qui ont poussé le président Bush à changer le cours de l’histoire. »

S’adressant au journaliste israélien Ari Shavit du Ha’aretz, le chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, a déclaré en mai 2003 :

« [L’Irak était] la guerre que les néoconservateurs voulaient… la guerre que les néoconservateurs ont commercialisée… Je pourrais vous donner les noms de 25 personnes (qui se trouvent toutes en ce moment dans un rayon de cinq pâtés de maisons de ce bureau [à Washington, D.C.]), qui, si vous les exiliez sur une île déserte il y a un an et demi, la guerre en Irak n’aurait pas eu lieu. »

Image tirée de « The Neocons : First in War, Last in Peace » (photo source)

Il existe de nombreuses preuves que ces néo-cons ont été un facteur décisif dans l’entrée en guerre des États-Unis.

Dans leur livre sur le Lobby israélien, John Mearsheimer, professeur à l’université de Chicago, et Stephen Walt, professeur à Harvard, écrivent que « les néoconservateurs – notamment Scooter Libby, Paul Wolfowitz et l’historien de Princeton Bernard Lewis – ont joué un rôle essentiel en persuadant le président et le vice-président de s’engager dans la voie de la guerre ».

« Le vice-président Cheney avait maintenu tout au long des années 1990 que la conquête de l’Irak serait une gaffe stratégique majeure ; il n’a signé aucune des lettres appelant à une action militaire contre Saddam que les néoconservateurs ont envoyées au président Clinton au début de 1998. »

Ils rapportent qu’il y avait « peu d’enthousiasme pour une guerre contre l’Irak au sein du département d’État, au sein de la communauté du renseignement ou de l’armée en uniforme ».

Les intérêts pétroliers n’étaient pas non plus enclins à pousser l’administration Bush à envahir l’Irak en 2002-2003. « Les compagnies pétrolières, comme c’est presque toujours le cas, voulaient faire de l’argent, pas la guerre. » Ce fait est également documenté dans deux livres sur le sujet. Les néoconservateurs ont mené une campagne incessante pour obtenir le soutien de l’invasion de l’Irak, en construisant une propagande anti-irakienne devant se rallier l’administration et le grand public américain. Mearsheimer et Walt écrivent que « des journalistes bien connus comme Robert Kagan, Charles Krauthammer, William Kristol et William Safire » ont contribué à battre le tambour des néoconservateurs en faveur de la guerre.

Comment un traître présumé est devenu le secrétaire adjoint à la Défense. Secrétaire à la Défense

Le chroniqueur du Ha’aretz Akiva Eldar est un autre journaliste israélien qui a abordé le sujet. Il rapporte : « Perle, Feith et leurs collègues stratèges marchent sur une corde raide entre leur loyauté envers les gouvernements américains et les intérêts israéliens. » Il existe des preuves que plusieurs d’entre eux semblent avoir franchi cette ligne, notamment Richard Perle, Paul Wolfowitz, Douglas Feith et Stephen Bryen.

L’auteur Stephen Green a écrit un article méticuleusement documenté dans CounterPunch pour exposer certains de ces faits. Bien que Green soit l’auteur de livres importants sur la région, aucun des grands médias américains n’a voulu publier son travail d’investigation. Voici le genre d’informations tirées de l’article de Green que presque personne n’a voulu révéler: une étude de cas sur la façon dont un Américain prétendument coupable d’espionnage a échappé aux poursuites et a finalement été nommé à un poste gouvernemental élevé avec une habilitation top secret:

« En avril 1979, l’assistant adjoint du procureur général Robert Keuch a recommandé par écrit que [le néocon Stephen] Bryen, alors membre du personnel de la commission des affaires étrangères du Sénat, soit entendu par un grand jury afin d’établir les bases d’une poursuite pour espionnage. John Davitt, alors chef de la division de la sécurité intérieure du ministère de la Justice, est d’accord.

Les preuves sont solides. Bryen avait été entendu dans le café de l’hôtel Madison, offrant des documents classifiés à un fonctionnaire de l’ambassade d’Israël en présence du directeur de l’AIPAC, l’American-Israel Public Affairs Committee. Il a été établi plus tard que le fonctionnaire de l’ambassade était Zvi Rafiah, le chef de la station du Mossad à Washington. Bryen a refusé d’être soumis à un polygraphe par le FBI sur l’objet et les détails de la réunion, alors que la personne qui en avait été témoin a accepté d’être polygraphe et a passé le test.

Le Bureau disposait également du témoignage d’une deuxième personne, membre du personnel de la Commission des relations extérieures, qui avait vu Bryen dans son bureau du Sénat avec Rafiah, discutant de documents classifiés étalés sur une table devant un coffre ouvert dans lequel les documents étaient censés être protégés. Peu de temps après que ce second témoin se soit présenté, les empreintes digitales de Bryen ont été trouvées sur des documents classifiés qu’il avait déclaré par écrit au FBI n’avoir jamais eu en sa possession…, ceux qu’il avait prétendument offerts à Rafiah.

Néanmoins, à la suite du refus de la Commission sénatoriale des relations extérieures d’accorder aux fonctionnaires du ministère de la Justice l’accès à des dossiers essentiels pour l’enquête, la recommandation de Keuch concernant l’audition d’un grand jury, et finalement l’enquête elle-même, ont été abandonnées. Cette décision, prise par Philip Heymann, chef de la division criminelle de la Justice, a été une amère déception pour Davitt et Joel Lisker, l’enquêteur principal sur l’affaire, comme l’a exprimé cet auteur. Le fait que Heymann était un ancien camarade de classe et un collègue de la Cour suprême des États-Unis de l’avocat de Bryen, Nathan Lewin, a compliqué l’issue de l’affaire.

On demande à Bryen de démissionner de son poste au Comité des relations étrangères peu avant la fin de l’enquête, fin 1979. Pendant l’année et demie qui suit, il occupe le poste de directeur exécutif de l’Institut juif pour les affaires de sécurité nationale (JINSA), et fournit des services de conseil à l’AIPAC.

En avril 1981, le FBI a reçu du ministère de la Défense une demande d’habilitation de sécurité de niveau très secret pour le Dr Bryen. Richard Perle, qui venait d’être nommé secrétaire adjoint à la Défense pour la politique de sécurité internationale, proposait Bryen comme secrétaire adjoint ! En l’espace de six mois, sous la pression de Perle, Bryen obtient les habilitations Top Secret-SCI (informations confidentielles) et Top Secret-« OTAN/COSMIC ».

De gauche à droite : Philip Heymann, du ministère de la Justice, Nathan Lewin, avocat, et Richard Perle, secrétaire adjoint à la Défense, ont aidé Stephen Bryen (en bas à droite), qui avait été témoin de la remise à Israël de documents classifiés, à devenir secrétaire adjoint à la Défense avec une habilitation de sécurité top secret.

Un analyste israélien s’exprimé sur l’une des raisons pour lesquelles de telles informations atteignent rarement le public américain. Il a fait remarquer que les informations des Américains sur Israël proviennent en grande partie

« d’articles de la presse américaine ‘libérale’, écrits presque entièrement par des admirateurs juifs d’Israël qui, même s’ils critiquent certains aspects de l’État israélien, pratiquent loyalement ce que Staline appelait ‘la critique constructive’. … on doit supposer qu’Israël a toujours de « bonnes intentions » et ne fait que des « erreurs »…

En outre, Israël et ses « loyalistes » s’efforcent de dissimuler leurs actions. Comme le rapportent Mearsheimer et Walt :

« L’enthousiasme d’Israël pour la guerre a finalement conduit certains de ses alliés en Amérique à dire aux responsables israéliens de modérer leur rhétorique belliciste, de peur que la guerre n’ait l’air d’être menée pour Israël. À l’automne 2002, par exemple, un groupe de consultants politiques américains connu sous le nom d’Israel Project a fait circuler un mémorandum de six pages aux principaux Israéliens et dirigeants pro-israéliens aux États-Unis. Intitulé « Talking about Iraq », ce mémorandum devait servir de guide pour les déclarations publiques sur la guerre. « Si votre objectif est un changement de régime, vous devez faire beaucoup plus attention à votre langage en raison du retour de bâton potentiel. Vous ne voulez pas que les Américains croient que la guerre en Irak est menée pour protéger Israël plutôt que pour protéger l’Amérique. »

Ils écrivent :

« Le Premier ministre de l’époque, Ariel] Sharon, a demandé aux diplomates et aux politiciens israéliens de ne rien dire qui puisse donner l’impression qu’Israël poussait l’administration Bush à renverser Saddam. Le dirigeant israélien s’inquiétait de la perception croissante qu’Israël préconisait une invasion américaine de l’Irak. En fait, c’était le cas ; Israël ne voulait simplement pas que sa position soit largement connue. »

La guerre en Irak a entraîné une instabilité et une dévastation régionales

En plus des milliards de dollars et des multitudes de vies perdues à cause de la guerre, la destruction de l’Irak a conduit à la montée de l’extrémisme violent qui s’est répandu dans la région, et au-delà, depuis lors.

Al-Nineveh Street, le centre commercial de la vieille ville de  Mosul en Irak, 2017. (UNEP)

Une photo de 2014 montre des résidents du camp palestinien assiégé de Yarmouk à Damas, en Syrie, faisant la queue pour recevoir des vivres.(photo source)

Ces attaques américaines ont été désastreuses tant pour les bénéficiaires que pour les autres. Les analystes du Cato Institute écrivent dans une prose discrète:

« La leçon à tirer sur la façon d’éviter de futurs monstres comme ISIS n’est pas que parfois l’Amérique devrait être plus désireuse d’utiliser la force, mais que l’action militaire, en particulier au Moyen-Orient, entraîne inévitablement des conséquences négatives involontaires, et devrait donc rester un dernier recours absolu ».

Le fait est, cependant, que certaines des conséquences « involontaires » peuvent ne pas être totalement involontaires pour Israël. Comme l’a déclaré le général Wesley Clark dans un discours prononcé en 2007 au Commonwealth Club de San Francisco :

« Ce pays a été pris en charge par un groupe de personnes avec un coup politique….. Ils voulaient déstabiliser le Moyen-Orient, le mettre sens dessus dessous, le placer sous notre contrôle ».

Clark a également parlé de la pression en faveur d’une guerre contre l’Iran dans une longue interview avec Amy Goodman de Democracy Now.

Le journal anglais Guardian a également évoqué la nature intentionnelle du chaos qui en a résulté :

« Pour les faucons, le désordre et le chaos qui balaient la région ne seraient pas un effet secondaire malheureux de la guerre avec l’Irak, mais un signe que tout se déroule comme prévu.

À leurs yeux, l’Irak n’est que le point de départ – ou, comme l’a dit une récente présentation au Pentagone, « le pivot tactique » – du remodelage du Moyen-Orient selon les principes israélo-américains ».

Le Guardian a précisé:

« Ses origines remontent, du moins en partie, à un document publié en 1996 par un groupe de réflexion israélien, l’Institute for Advanced Strategic and Political Studies. Intitulé « A clean break : a new strategy for securing the realm » (Une rupture nette : une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume), ce document se voulait un plan politique pour le nouveau gouvernement de Benyamin Netanyahou …

Le document expose un plan par lequel Israël « façonnerait son environnement stratégique », en commençant par la destitution de Saddam Hussein et l’installation d’une monarchie hachémite à Bagdad.

Une fois Saddam Hussein éliminé et l’Irak placé sous l’influence hachémite jordanienne, la Jordanie et la Turquie formeraient un axe avec Israël pour affaiblir et « faire reculer » la Syrie. La Jordanie pourrait également régler le problème du Liban en « sevrant » la population musulmane chiite de la Syrie et de l’Iran et en rétablissant ses anciens liens avec les chiites du nouveau royaume hachémite d’Irak. « Israël ne se contentera pas de contenir ses ennemis, il les transcendera », conclut le document.

Pour réussir, souligne le document, Israël devra obtenir un large soutien américain pour ces nouvelles politiques – et il conseille à M. Netanyahou de les formuler « dans un langage familier aux Américains en exploitant les thèmes des administrations américaines pendant la guerre froide qui s’appliquent bien à Israël ».

À première vue, il n’y a pas grand-chose qui distingue le document « Clean Break » de 1996 des autres groupes de réflexion de droite et ultra-sionistes… si ce n’est le nom de ses auteurs.

Le chef de file des « leaders d’opinion éminents » qui l’ont rédigé était Richard Perle – aujourd’hui président du Defence Policy Board au Pentagone.

Parmi les huit membres de l’équipe figurait également Douglas Feith, un avocat néo-conservateur, qui occupe aujourd’hui l’un des quatre postes les plus importants du Pentagone en tant que sous-secrétaire à la politique.

M. Feith s’est opposé à la plupart des accords de paix conclus par Israël au fil des ans, et il considère le Moyen-Orient dans les mêmes termes « bon contre mal » qu’il considérait auparavant la guerre froide. Il considère le processus de paix d’Oslo comme rien de plus qu’un retrait unilatéral qui « soulève des questions de vie ou de mort pour l’État juif ».

Deux autres faiseurs d’opinion de l’équipe étaient David Wurmser et son épouse, Meyrav (voir « Les thinktanks américains donnent des leçons de politique étrangère », 19 août). Mme Wurmser était cofondatrice de Memri, une organisation caritative basée à Washington qui distribue des articles traduits de journaux arabes dépeignant les Arabes sous un mauvais jour. Après avoir travaillé avec M. Perle à l’American Enterprise Institute, David Wurmser est maintenant au département d’État, en tant qu’assistant spécial de John Bolton, le sous-secrétaire au contrôle des armes et à la sécurité internationale.

Un cinquième membre de l’équipe était James Colbert, de l’Institut juif pour les affaires de sécurité nationale (Jinsa), basé à Washington – un bastion de la politique néo-conservatrice dont le conseil consultatif a déjà été honoré par Dick Cheney (aujourd’hui vice-président des États-Unis), John Bolton et Douglas Feith.

L’un des objectifs déclarés de Jinsa est « d’informer la communauté américaine de la défense et des affaires étrangères sur le rôle important qu’Israël peut jouer et joue effectivement dans le soutien des intérêts démocratiques en Méditerranée et au Moyen-Orient ». En pratique, une grande partie de ses efforts consiste à envoyer des militaires américains à la retraite en Israël, après quoi nombre d’entre eux écrivent des articles de journaux ou des lettres au rédacteur en chef.

…..Plusieurs des auteurs du document « Clean Break » occupant aujourd’hui des postes clés à Washington, le projet d’Israël de « transcender » ses ennemis en remodelant le Moyen-Orient, semble beaucoup plus réalisable aujourd’hui qu’en 1996. Les Américains pourraient même être persuadés de donner leur vie pour le réaliser.

Le plan de six ans pour « l’environnement stratégique » d’Israël reste plus ou moins intact, bien que deux quilles supplémentaires – l’Arabie saoudite et l’Iran – aient rejoint l’Irak, la Syrie et le Liban sur la liste des cibles… »

Le colonel Lawrence Wilkerson était le chef de cabinet du secrétaire d’État Colin Powell. Il décrit la dévastation engendrée par la guerre d’Irak, menée au nom d’Israël :

« Wilkerson s’exprimant lors de la cérémonie de remise de prix au lieutenant-colonel Karen Kwiatkowski, qui a décrit les actions des néoconservateurs au sein du secret Office of Special Plans du Pentagone ».

Allan C. Brownfeld, de l’American Council for Judaism, a écrit dans un article de 2015 :

« Avec d’autres éléments du lobby israélien, les néoconservateurs – les mêmes personnes qui ont réussi à pousser la nation à la guerre contre l’Irak, un pays qui ne nous a jamais attaqués et qui n’a jamais possédé d' »armes de destruction massive » – promeuvent maintenant une guerre contre l’Iran, un pays plus de trois fois plus grand que l’Irak ».

Brownfeld révèle que l’historien pro-israélien et conseiller présidentiel Bernard Lewis a également diffusé le message anti-Iran :

« En 2006, l’universitaire de Princeton Bernard Lewis, conseiller du président George W. Bush et du vice-président Cheney, a prédit dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal que Mahmoud Ahmadinejad, alors président de l’Iran, allait provoquer la fin du monde.

La date, expliquait-il, « est la nuit où de nombreux musulmans commémorent le vol nocturne du prophète Mahomet sur le cheval ailé Buraq, d’abord vers la mosquée la plus éloignée, généralement identifiée comme étant Jérusalem, puis vers le ciel et retour. Cela pourrait bien être considéré comme une date appropriée pour la fin apocalyptique d’Israël et, si nécessaire, du monde. »

Les néoconservateurs financent la montée au pouvoir de Tom Cotton

Tom Cotton (troisième à partir de la gauche) avec Noah Pollak et Bill Kristol du Comité d’urgence pour Israël. Kristol et sa cohorte ont financé l’ascension de Cotton au pouvoir.

Brownfeld décrit le rôle des néoconservateurs dans l’ascension de Tom Cotton, jusqu’alors inconnu ; il suffisait que Cotton soit le porte-drapeau d’une lettre contre l’Iran pour que l’argent afflue :

« Le sénateur Tom Cotton (R-AR) était un inconnu avant qu’il ne prépare une lettre signée par 47 républicains adressée aux dirigeants iraniens pour les mettre en garde contre un accord nucléaire. Il s’est fait l’écho de tous les points soulevés par Netanyahou et par les porte-parole néoconservateurs américains. Le Comité d’urgence pour Israël, dirigé par Kristol, a dépensé 960 000 dollars pour soutenir Cotton dans sa course au Sénat en Arkansas. Dans cette même course, une société dirigée par Paul Singer, un milliardaire new-yorkais spécialisé dans les fonds spéculatifs et l’un des principaux donateurs aux causes pro-israéliennes, a versé 250 000 dollars à Arkansas Horizon, un groupe de dépenses indépendant. Seth Klarman, un milliardaire pro-israélien basé à Boston, a contribué à hauteur de 100 000 dollars par le biais de sa société d’investissement.

Le comité d’action politique dirigé par Bolton a dépensé au moins 825 000 dollars pour soutenir Cotton. Ce PAC est en partie financé par d’autres grands donateurs pro-israéliens, dont le « roi du bingo » Irving et Cherna Moskowitz de Miami, qui financent des colonies illégales réservées aux Juifs à Jérusalem-Est.

Bien que le sénateur Cotton affirme avoir personnellement composé la lettre aux dirigeants iraniens, cela semble peu probable. Après tout, il est très inhabituel pour un sénateur de première année de prendre une mesure audacieuse comme la lettre sur l’Iran et de persuader ensuite des dizaines de collègues de l’approuver. Kristol admet avoir eu une conversation avec Cotton au sujet de la lettre. Il y a toujours beaucoup de spéculations sur l’identité du véritable auteur de la lettre ».

Vous trouverez plus d’informations sur Cotton et ses soutiens néoconservateurs ici et ici.

Tucker Carlson, Paul Findley, Pat Buchanan, George Washington

Tout le monde ne s’est pas vendu aux néoconservateurs et à leurs guerres pour Israël.

Tucker Carlson de Fox News, l’ancien candidat à la présidence Patrick Buchanan et le député de l’Illinois Paul Findley ont tous mis en garde contre les efforts visant à pousser les États-Unis dans une guerre contre l’Iran.

En 2019, Carlson a interviewé Douglas MacGregor, un colonel de l’armée à la retraite et auteur du livre « A Margin of Victory ». MacGregor est diplômé de West Point et possède un doctorat en relations internationales de l’Université de Virginie.

Tucker a observé que dans l’establishment de la politique étrangère américaine, il y a « un groupe de personnes qui ont l’intention de faire la guerre à l’Iran ».

Le colonel MacGregor était d’accord avec M. Carlson et a déclaré que cela ne serait pas bénéfique pour les Américains. MacGregor a souligné que le général Kenneth McKenzie avait récemment pris la parole à la Fondation pour la défense des démocraties (un groupe de défense d’Israël dont la principale cible est l’Iran) et s’était « décrit comme un homme ayant un penchant pour l’action. Je préférerais de loin avoir un quatre étoiles qui a un penchant pour la réflexion ».

Carlson conclut : « Et les gens qui s’agitent pour cela en ce moment – MSNBC, CNN, Max Boot, Bill Kristol – les suspects habituels, dont aucun n’a les intérêts du pays à cœur, je dirais. Je veux dire, ça fait froid dans le dos. »

D’autres républicains se sont également opposés aux guerres pour Israël. L’un des plus clairs a été le député de l’Illinois Paul Findley, qui a siégé au Congrès pendant 22 ans. Findley a écrit:

« Israël – et seulement Israël – a exhorté les États-Unis à envahir l’Irak. Le lobby d’Israël à Washington a exercé une forte pression et l’a emporté. Pour nos critiques étrangers, ces guerres se concentrent sur le meurtre de personnes outragées par notre parti pris pro-Israël. Notre gouvernement n’a rien fait pour redresser les griefs des victimes d’Israël.

Malgré ce sombre bilan, la soumission des États-Unis aux souhaits des dirigeants d’Israël ne change pas. L’aide inconditionnelle à Israël continue d’affluer, tout comme le traitement sauvage des Palestiniens et des autres Arabes par Israël. De plus, l’administration Bush s’engage pleinement et ouvertement à faire tout ce qui est nécessaire – même des actes de guerre – pour arrêter le programme nucléaire de l’Iran, même si ses projets sont légalement limités à des fins pacifiques. Israël est la seule nation qui presse les États-Unis d’attaquer l’Iran. Le lobby exerce à nouveau une forte pression. Si les États-Unis attaquent l’Iran, ce sera au nom d’Israël ».

Il poursuit :

« La situation est très dangereuse. L’Amérique a déjà payé un prix énorme pour sa soumission à Israël, et de grands fardeaux supplémentaires semblent inévitables…

…Tous les citoyens américains doivent accepter une part de responsabilité dans l’emprise d’Israël sur l’Amérique. Ceux d’entre nous qui savaient ce qui se passait n’ont pas protesté avec suffisamment de force et de clarté. Ceux qui ne savaient pas auraient dû prendre plus au sérieux leur responsabilité de citoyens. Ils auraient dû s’informer.

La situation ne s’améliorera probablement que si les élus américains sont critiqués si franchement dans leur pays, qu’ils craignent une révolte de leurs électeurs plus qu’ils ne craignent le lobby israélien. Cela, bien sûr, ne se produira pas tant que les campagnes ne bénéficieront pas d’un débat public rigoureux et édifiant sur le rôle d’Israël dans notre vie nationale ».

Pat Buchanan est un autre opposant à de telles guerres depuis de nombreuses années.

Il a fréquemment souligné qu’il n’y a aucune raison stratégique pour les États-Unis d’attaquer l’Iran, et suggère que les États-Unis ne devraient pas céder à Israël « quelque chose qu’aucune nation ne devrait jamais céder à une autre, même à un allié : le droit d’entraîner notre pays dans une guerre de leur choix mais pas du nôtre. »

Dans un article détaillé contre l’invasion de l’Irak, il écrit :

« Le président Bush est attiré dans un piège appâté pour lui par ces néoconservateurs. »

« Ce que ces néoconservateurs cherchent, c’est à enrôler le sang américain pour rendre le monde sûr pour Israël. »

Dans son livre de 2004, Where the Right Went Wrong: How Neoconservatives Subverted the Reagan Revolution and Hijacked the Bush Presidency, Buchanan a décrit avec précision les politiques américaines sur Israël-Palestine :

« Les Américains utilisent un double standard hypocrite dans leurs relations avec les Arabes et les Israéliens. Nous avons imposé un embargo et un blocus à l’Irak, qui a coûté la vie à des dizaines de milliers d’enfants irakiens, parce que Saddam a défié les résolutions de l’ONU. Pourtant, nous donnons à Israël toute l’aide que Sharon demande pour défier les résolutions de l’ONU, s’emparer des terres arabes et refuser aux Palestiniens les droits que l’Amérique prétend défendre ».

Sur la guerre en Irak, il écrit:

« En 2003, les États-Unis ont envahi un pays qui ne nous menaçait pas, ne nous attaquait pas et ne voulait pas la guerre avec nous, pour le désarmer d’armes dont nous avons découvert depuis qu’il ne les possédait pas. Son cabinet de guerre a assuré au président Bush que des armes de destruction massive seraient trouvées, que les forces américaines seraient accueillies avec des guirlandes de fleurs, que la démocratie fleurirait en Irak et se répandrait dans tout le Moyen-Orient, que notre triomphe convaincrait les Israéliens et les Palestiniens de s’asseoir et de faire la paix.

Rien de tout cela n’est arrivé. Ceux d’entre nous qui ont été traités de non patriotes pour s’être opposés à l’invasion de l’Irak et qui nous ont prévenus que nous hériterions de notre propre Liban de 25 millions d’Irakiens ont eu raison. Aujourd’hui, notre nation est immobilisée et notre armée est saignée quotidiennement dans une guerre visant à créer une démocratie dans un pays où elle n’a jamais existé auparavant.

Avec la guérilla, le prestige des États-Unis s’est effondré. La haine du président Bush est pandémique de Marrakech à Mossoul. Des volontaires pour combattre les Américains ont afflué en Irak depuis la Syrie, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Au printemps 2004, les révélations sur les sévices sadiques infligés aux prisonniers irakiens à la prison d’Abu Ghraib ont fait chuter le prestige des États-Unis à son niveau le plus bas jamais atteint dans le monde arabe. Nous avons peut-être déclenché la guerre des civilisations qu’il était dans notre intérêt vital d’éviter. Jamais l’Amérique n’a été aussi mal vue et méprisée dans un monde islamique d’un milliard d’habitants ».

Buchanan recommande aux gens de lire le discours d’adieu de George Washington, dans lequel Washington souligne : « L’attachement passionné d’une nation pour une autre produit une variété de maux. La sympathie pour la nation favorite, facilitant l’illusion d’un intérêt commun imaginaire dans des cas où aucun intérêt commun réel n’existe, et insufflant à l’une les inimitiés de l’autre… »

Washington poursuit : « Contre les ruses insidieuses de l’influence étrangère (je vous conjure de me croire, chers concitoyens), la jalousie d’un peuple libre devrait être constamment en éveil, car l’histoire et l’expérience prouvent que l’influence étrangère est l’un des plus funestes ennemis du gouvernement républicain. »

Alison Weir

Alison Weir est directrice de If Americans Knew, présidente du Council for the National Interest, et l’auteur du livre Against Our Better Judgment: The Hidden History of How the U.S. Was Used to Create Israel.  

Article original :Israelpalestinenews.org

Traduction: Olinda pour Arretsurinfo

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