La Russie étendrait-elle sa présence au sud du Liban? 

Par Elijah J. Magnier | 

Traduction : Daniel G.

La tension monte silencieusement entre Israël et le Hezbollah à la frontière libanaise, où des préparatifs frénétiques sont en cours sous l’œil attentif des deux belligérants. C’est un état d’alerte inhabituel, difficilement perceptible à l’œil nu : Israël augmente ses patrouilles à la frontière, déploie davantage d’officiers et de soldats à ses positions militaires statiques à la frontière libanaise et les avions et drones de reconnaissance israéliens violent plus fréquemment l’espace aérien libanais. Pour sa part, le Hezbollah établit de nouvelles positions afin de combler toute lacune au front, sur terre et sous terre, a augmenté son niveau d’alerte et a rappelé ses forces spéciales (unités Al Ridwan) bien entraînées et expérimentées de la Syrie pour qu’ils prennent position face à Israël. Une troisième guerre entre le Hezbollah et Israël est-elle possible aujourd’hui après l’échec subi par Israël en 2006? Pourquoi la tension augmente-t-elle maintenant?

Douze ans après la fin de la guerre en août 2006, les tambours de guerre résonnent silencieusement au sud du Liban. Depuis cette date, le Hezbollah a accru ses capacités militaires et a stocké des missiles stratégiques à combustible solide et à propulsion rapide (des missiles à longue portée d’une grande précision munis d’ogives hautement explosives qui répondent à ses besoins). De plus, le Hezbollah a acquis des missiles antinavires capables de fermer n’importe quel port israélien et de frapper tout navire ou plateforme de forage sur la Méditerranée. Il y a tout lieu de croire que le Hezbollah possède aussi des missiles antiaériens dans son arsenal et que ses militants ont suivi une formation pour les utiliser en cas de raids aériens.

Ses forces spéciales ont également vécu toutes sortes de situations de guerre en Syrie, aussi bien en plein désert qu’en milieu urbain, où elles ont combattu des djihadistes idéologues indifférents aux pertes (Al-Qaeda en Syrie), en plus d’être confrontées aux voitures piégées, aux drones armés téléguidés, aux attaques suicides, etc. Elles ont accumulé une expérience militaire unique dont aucune armée du monde ne pourrait rêver d’acquérir. Le Hezbollah a travaillé en étroite collaboration avec une armée classique (l’armée syrienne), une superpuissance (les forces russes déployées en Syrie) et des groupes paramilitaires irréguliers (les alliés de l’Iran), en plus de se débrouiller seul dans des dizaines de batailles tout au long de ces sept ans de guerre syrienne. Les missiles stratégiques du Hezbollah sont installés le long de la frontière libano-syrienne, à l’intérieur des chaînes de montagnes et à l’intérieur du sol pour être protégés des bombes israéliennes et pour éviter que l’action se passe dans les secteurs résidentiels libanais.

Le secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah a dit que si Israël décide de partir en guerre, il allait « importer la prochaine guerre en Israël » en envoyant ses forces terrestres attaquer les colonies et les villes proches de la frontière libanaise. Il a promis de bombarder Tel-Aviv, le dépôt de stockage chimique à Haïfa, la centrale nucléaire de Dimona, le centre de recherche dans le Néguev et tous les aéroports et les institutions militaires. Sayyed Nasrallah est résolu à jeter le gant, à lever tous les tabous et à se servir de tout le pouvoir et des capacités militaires du Hezbollah dans une guerre à venir.

La liste semble longue et impressionnante. C’est que nous avons affaire ici à un groupe irrégulier bien organisé qui compte des dizaines de milliers de membres dans ses rangs. On le considère comme l’une des armées les plus fortes du Moyen-Orient et son accomplissement en Syrie, un territoire 18 fois plus grand que le Liban, a prouvé qu’il était capable de défendre et de libérer des territoires à l’extérieur du Liban. Mais ce bilan suffit-il à dissuader Israël d’attaquer le Hezbollah?

Des sources bien informées ont affirmé ceci : « Avec Donald Trump au pouvoir, il y a une opportunité à saisir par Israël qui ne reviendra pas. Trump est prêt à donner à Israël tout ce qu’il faut pour se lancer dans une guerre. Il envoie des soldats prêts à mourir pour Israël (c’est le lieutenant général Richard Clark qui l’a dit) et n’épargnera aucun effort pour mettre fin à ce qu’il appelle le “grappin de l’Iran sur le Liban” ».

Le « changement de régime » en Syrie a échoué après sept ans de guerre. Aujourd’hui, deux pays occupent encore le nord du Bilad al-Cham : les USA au nord-est et la Turquie au nord-ouest. À la suite de sa rencontre avec le président Vladimir Poutine à Helsinki, Donald Trump a donné la Syrie à la Russie qui a garanti la protection de la frontière avec Israël et les hauteurs du Golan occupé. Le sud de la Syrie (sauf le secteur contrôlé par Daech à Quneitra) a été livré à l’armée syrienne sans grande résistance. Les USA ont ordonné la fermeture du centre des opérations militaires en Jordanie (appelé MOC) responsable de l’entraînement et de l’aide militaire qu’ont reçu les djihadistes et les rebelles pour défaire l’armée syrienne, ce qui a permis au gouvernement de Damas de reprendre le contrôle du territoire.

De plus, les Kurdes dans les provinces d’Hassaké et de Deir Ezzor, qui assurent la protection des forces d’occupation US au nord-est de la Syrie, ont entrepris, avec l’accord des USA, un dialogue conciliant avec le gouvernement à Damas. Il n’est pas à exclure que le président Assad offre aux Kurdes une place au sein d’un futur parlement et gouvernement ainsi qu’une certaine forme de pouvoir décentralisé dans les provinces du nord.

Tout indique que les USA ne comptent pas rester bien longtemps en Syrie et qu’ils cherchent une façon de sortir de la Syrie tôt ou tard. La sécurité d’Israël demeure une question importante et les USA croient que si le premier ministre Haidar Abadi est réélu, les forces US en Irak seraient mieux positionnées qu’en Syrie. Cependant, la présence d’un Hezbollah fort compromet la sécurité d’Israël. Cette sécurité ne peut être pleinement garantie tant qu’un Hezbollah puissant, que les USA et Israël considèrent comme « le bras armé de l’Iran », restera à la frontière d’Israël.

Les sources croient que « comme les USA ont donné la Syrie à la Russie, il n’est pas à exclure que la même chose se répète au Liban, mais seulement à l’issue d’une bataille destructrice entre le Hezbollah et Israël ». La Russie deviendrait alors garante de la sécurité d’Israël à sa frontière nord au Liban tout comme en Syrie.

Selon les sources, « la Russie veut mettre fin à la guerre en Syrie et est prête à libérer Idlib avec ou sans l’accord de la Turquie. Avec le retour d’Idlib dans le giron du gouvernement central à Damas, la Turquie acceptera une réconciliation entre les militants (non djihadistes) et l’armée syrienne. De plus, la Russie peut protéger la frontière entre les Kurdes et la Turquie comme elle le fait pour les hauteurs du Golan occupé. Cependant, pour s’assurer que ce point chaud du Moyen-Orient soit épargné par les conflits, il se pourrait que le Liban suive la même voie et accueille la police militaire russe à sa frontière, comme c’est le cas maintenant sur les hauteurs du Golan »

« Aujourd’hui, Fouad Sinoura (l’ex-premier ministre libanais pro saoudien) n’est plus au pouvoir comme en 2006, ce qui fait en sorte que l’Arabie saoudite ne peut empêcher Israël de détruire le Liban pour lui donner une bonne leçon (dans son esprit) parce qu’il soutient pleinement le Hezbollah. Israël disposera du financement et du soutien qu’il faut pour se lancer dans la guerre. Cependant, il est évident que la Russie ne fait pas partie de la planification et qu’elle n’est pas en harmonie avec Israël et les USA contre le Hezbollah. Israël peut trouver n’importe quelle excuse pour lancer une attaque et entraîner une riposte du Hezbollah, de façon à déclencher une guerre de destruction élargie soutenue par les pays du Moyen-Orient. Mais la Russie, qui veut mettre un terme à tous les conflits dans la région, interviendrait pour faire cesser la guerre et maintiendrait une présence au sud de la rivière Litani, ce que les Israéliens souhaitent depuis longtemps. »

Le général iranien Qassem Soleimani a affirmé que « 74 députés du parlement libanais sont aujourd’hui favorables à « l’Axe de la résistance » à la suite des dernières élections parlementaires ». Ce commentaire ne sera pas digéré facilement par Israël et l’Arabie saoudite, qui considèrent que l’ensemble du Liban est sous le contrôle du Hezbollah.

Mais une question demeure : étant donné le manque de préparation  sur le front intérieur israélien et l’état de préparation du Hezbollah, ainsi que sa capacité à frapper n’importe quelle cible en Israël, le premier ministre Benyamin Netanyahu se lancera-t-il dans cette aventure sans disposer d’une garantie qu’il réussira à soumettre le Hezbollah, à le défaire et à le forcer à se retirer de ses frontières, au risque d’une répétition de ce qui s’est passé il y a 12 ans?

Elijah J. Magnier

Source: 

Imprimer