Les tentatives d’Israël d’étendre son exploitation des ressources côtières de la Méditerranée orientale ont le potentiel de déclencher un conflit sur plusieurs fronts.

Par Robert Inlakesh – 17 Juin 2022

L’UE, Israël et l’Égypte ont signé un nouvel accord commercial grâce auquel Tel Aviv deviendra un fournisseur alternatif de gaz naturel pour l’Europe, contribuant ainsi à combler le fossé causé par le manque de ressources russes. Cette initiative risque toutefois de déclencher un conflit sur plusieurs fronts, car « Israël » cherche activement à étendre son exploitation des ressources côtières de la Méditerranée orientale.

Selon un document consulté par Reuters, la Commission européenne a proposé aux États membres de l’UE, le 9 juin, un projet qui leur permettrait de conclure un nouvel accord commercial avec Le Caire et Tel Aviv. Cet accord aurait pour fonction de faciliter le commerce du gaz de la Méditerranée orientale vers l’Europe, afin de combler le vide laissé sur le marché européen par les sanctions empêchant la circulation des ressources russes vers le continent.

« C’est un moment formidable où le petit Israël devient un acteur important », a déclaré mercredi la ministre israélienne de l’énergie, Karin Elharrar, après l’annonce officielle de la signature de l’accord.

La signature de l’accord est intervenue à la suite d’une visite de deux jours en Palestine occupée de la chef de l’UE, Ursula Von Der Leyen, qui a mis la pression sur le régime israélien pour qu’il redouble d’efforts dans l’exploration de nouveaux gisements de gaz afin d’augmenter sa capacité d’exportation. Selon les termes de l’accord, Tel Aviv exploitera les ressources au large des côtes de la Palestine occupée et enverra le gaz naturel en Égypte, où il sera raffiné et transporté vers l’Europe.

En raison du déclin de l’économie égyptienne, la nation arabe cherche depuis un certain temps à développer ses exportations de gaz vers l’UE. Dans le cadre du nouvel accord proposé, le Caire jouera un rôle clé en utilisant son infrastructure de gaz naturel liquéfié (GNL) dans le but de devenir un centre d’approvisionnement en gaz. Le régime israélien, quant à lui, a déclaré son intention de doubler sa production de gaz au cours des prochaines années, en déployant des efforts pour mettre en service de nouveaux champs gaziers. C’est toutefois là que les choses commencent à devenir problématiques pour l’entité coloniale qui occupe la Palestine.

Déjà Israël est sous la menace que la résistance palestinienne à Gaza pourrait tenter de frapper l’infrastructure d’extraction de gaz israélienne dans toute guerre future, le Hamas ayant été accusé de tenter de frapper les champs de pétrole et de gaz en mai 2021. Pourtant, la plus grande préoccupation du régime israélien est celle de la capacité de la résistance libanaise à faire de même, car elle dispose de capacités d’armement bien plus importantes que celles de la résistance palestinienne.

Au début du mois, l’État libanais a accusé Israël d’une « provocation agressive » dans la zone maritime contestée entre Israël et le Liban. La provocation a été causée par l’entrée d’une plate-forme flottante d’extraction de gaz, appartenant à la société Energean basée à Londres, qui a commencé à opérer dans la zone du champ gazier de Karish que le Liban revendique comme étant en territoire contesté. La revendication d’une partie du champ de Karish par Beyrouth est ancrée dans le droit international et s’inscrit dans l’argumentation de ce que l’on appelle la ligne 29, nom de la démarcation maritime avancé par le Liban lors des négociations sur la délimitation de ses frontières maritimes.

Après la provocation de la partie israélienne, qui affirme que le navire Energean opérait dans sa « zone économique exclusive », le secrétaire général du Hezbollah libanais, Sayed Hassan Nasrallah, a menacé le navire de le frapper s’il ne se retirait pas. Cette menace a été suivie par celle du chef militaire d’Israël, Aviv Kochavi, qui a menacé le Liban d’une guerre dans laquelle « la force d’attaque sera inimaginable – comme vous ne l’avez jamais vue auparavant », déclarant que les civils libanais seront avertis de quitter leurs maisons, insinuant que les zones civiles deviendront des cibles.

La visite du négociateur américain pro-israélien, Amos Hochstein, en début de semaine, a été précédée d’informations selon lesquelles le Liban avait renoncé à sa revendication de la ligne 29 et cherchait à sacrifier le champ de Karish, riche en pétrole et en gaz, au profit du champ de Cana, dont l’approvisionnement en gaz n’est pas prouvé. D’un air suffisant, le négociateur américain Hochstein a accordé une interview à Al-Hurra News, dans laquelle il a souri à l’idée que le champ de Karish soit cédé au Liban lors des négociations, ce que les États-Unis ont toujours considéré comme un « échec ».

Il n’est cependant pas confirmé que le gouvernement libanais ait effectivement fait un compromis sur le champ de Karish, ce qui serait certainement une catastrophe pour le peuple libanais car ce champ a la richesse potentielle pour surmonter leur crise économique et contribuer à soulager la crise énergétique du Liban.

Robert Inlakesh

Source: Al-Mayadeen

Traduction Arretsurinfo.ch

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