Israël, qui est une menace nucléaire et un agresseur majeur au Moyen-Orient, se présente toujours comme une victime. Pour légitimer l’état de guerre permanent, Israël a très tôt cherché à présenter ses citoyens comme des victimes réelles ou potentielles des guerres et des persécutions infligées par la résistance palestinienne et les États arabes, ce qui justifié le recours par Israël à la guerre permanente et aux persécutions en guise de « représailles ».

Enlèvement de jeunes palestinien par les troupes d’occupation – Photo : Addameer.org


Bien qu’il soit une menace nucléaire et un agresseur majeur dans la région du Moyen-Orient, Israël prétend toujours être une victime de ses voisins.


Par Joseph Massad

Paru le 30 décembre 2021 sur Middle East Eye


Au cours des dernières décennies, Israël n’a cessé de menacer de guerre l’Iran. Des représentations théâtrales ont été mises en scène aux Nations unies, comme en 2012, lorsque l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a présenté un diagramme caricatural d’une bombe symbolisant la prétendue menace nucléaire iranienne ; ou lorsque, en 2018, il a brandi une carte Google étiquetée de manière amateur d’un prétendu site nucléaire iranien.

Cette propagande israélienne s’est accompagnée de nombreux soupirs de la part des dirigeants militaires et civils du pays, qui sont interchangeables au moins depuis que le général Yigal Allon est devenu premier ministre par intérim en 1969 (bien que les premiers ministres israéliens précédents, notamment David Ben-Gourion et Levi Eshkol, aient également joué des rôles militaires majeurs).

Pourtant, c’est Israël, et non l’Iran, qui est en possession de bombes nucléaires depuis les années 1960 – et c’est Israël qui aurait eu l’intention de les utiliser pendant la guerre de juin 1967, et à nouveau lorsqu’il était en train de perdre les premiers jours de la guerre d’octobre 1973.

Israël a acquis la capacité de fabriquer des armes nucléaires grâce à la France, qui a conspiré avec Israël lors de l’invasion de Gaza et du Sinaï égyptien en 1956, en échange de quoi les Israéliens ont exigé que la France leur construise un réacteur nucléaire à Dimona.

En 1973, Israël aurait chargé 13 bombes nucléaires et était prêt à les larguer sur l’Égypte et la Syrie, si les États-Unis n’avaient pas fait un pont aérien d’armes qui a fait basculer la guerre en faveur d’Israël.

On ne saurait trop souligner l’ironie du fait qu’Israël, qui est une menace nucléaire et un agresseur majeur dans la région du Moyen-Orient, se présente comme une victime de ses voisins. L’une des caractéristiques les plus remarquables de l’établissement de cette colonie de peuplement en 1948 est son insistance à instaurer un état de guerre permanent afin d’étendre son territoire pour poursuivre la colonisation sioniste et protéger ses colons de la résistance anticoloniale.

Persécution continue

Un membre de la délégation américaine à l’ONU a observé le 4 mai 1948 – quelques jours seulement avant l’intervention des armées arabes – que le Conseil de sécurité serait bientôt confronté à la question de savoir « si l’attaque armée juive contre les communautés arabes en Palestine est légitime ou si elle constitue une menace telle pour la paix et la sécurité internationales qu’elle appelle des mesures coercitives de la part du Conseil de sécurité ». Le projet de mémorandum notait que si les armées arabes entraient en Palestine, cela conduirait les forces juives à prétendre « que leur État est l’objet d’une agression armée et… à utiliser tous les moyens pour masquer le fait que c’est leur propre agression armée contre les Arabes à l’intérieur de la Palestine qui est la cause de [la] contre-attaque arabe ».

Lorsqu’Israël conspire avec la France pour envahir l’Égypte en octobre 1956, cela fait partie du cycle de guerre permanente qu’il recherche. Les Israéliens ont occupé Gaza et le Sinaï et ont refusé de se retirer pendant quatre mois, malgré la condamnation des Nations unies et des États-Unis. Israël n’a finalement eu d’autre choix que de se retirer et de réessayer une décennie plus tard.

En 1967, Israël prétendra qu’il devait envahir trois pays arabes de manière préventive avant que ceux-ci ne l’attaquent, déployant les mêmes arguments qu’en 1948. Il occupe plus de terres et persécute plus de Palestiniens, de Syriens et d’Égyptiens. S’ensuivit une guerre incessante contre le Liban, qui commença sous la forme de raids périodiques à la fin des années 1960 pour aboutir à des invasions pures et simples en 1978 et 1982, ainsi qu’à une occupation et une persécution accrues des peuples libanais et palestinien.

En 1973, Israël a abattu un avion de ligne civil libyen au-dessus du Sinaï, tuant les 106 personnes à bord. L’attaque israélienne de 1981 contre un réacteur nucléaire en Irak, qui était encore en construction par la France, a également été justifiée par l’affirmation d’Israël selon laquelle « nous étions donc obligés de nous défendre ».

Au fil des décennies, en plus de tuer des dizaines de milliers de civils arabes et de créer des millions de réfugiés palestiniens, Israël a déplacé un million d’Égyptiens pendant la guerre d’usure à la fin des années 1960, et des centaines de milliers de Libanais lors de ses invasions du Liban depuis 1978.

Machine à tuer

Sous prétexte de défense, au cours des dernières années, Israël a périodiquement bombardé la Syrie, le Liban et Gaza. Pendant ce temps, sa machine à tuer et sa persécution militaire, ainsi que ses colons coloniaux, continuent de cibler les Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées, ainsi que les Syriens sur le plateau du Golan.

La police et l’appareil judiciaire racistes d’Israël ciblent sans cesse les citoyens palestiniens d’Israël. Pourtant, les propagandistes israéliens insistent sur le fait qu’Israël ne fait que se « défendre » contre l’agression de ceux qu’il opprime, colonise et envahit.

Cette année, la résistance palestinienne a réussi à faire comprendre aux colons israéliens l’état de guerre permanent.

L’attaque permanente d’Israël contre le quartier palestinien de Sheikh Jarrah, déclenchée par le vol de maisons palestiniennes, la persécution raciste continue des citoyens palestiniens d’Israël et l’emprisonnement de deux millions de Palestiniens à Gaza ont déclenché une résistance palestinienne massive en mai dernier.

Cette année, la capacité des Palestiniens à ramener l’état de guerre permanent en Israël a été sans précédent, transformant la confrontation israélo-palestinienne et l’équation militaire régionale de manière majeure.

Depuis sa création, Israël a envahi la Palestine, la Jordanie, le Liban, l’Égypte et la Syrie, bombardé l’Irak, le Soudan et la Tunisie, adopté une attitude agressive à l’égard de l’Iran, de la Libye, du Yémen, du Maroc et de l’Algérie, et est le seul pays de la région à posséder et à menacer d’utiliser des armes nucléaires. Pourtant, Israël continue d’affirmer sans ambages qu’il est la victime.

Il est clair que les prétextes et les justifications d’Israël pour son agression continue et l’imposition d’un état de guerre permanent dans la région reposent toujours sur les mêmes arguments, et visent à atteindre les mêmes objectifs, qu’il s’est fixés au moment de sa naissance.

Joseph Massad

Joseph Massad est professeur de politique arabe moderne et d’histoire intellectuelle à l’université Columbia de New York. Il est l’auteur de nombreux livres et articles universitaires et journalistiques. Il a notamment publié Colonial Effects : The Making of National Identity in Jordan ; Desiring Arabs ; The Persistence of the Palestinian Question : Essays on Zionism and the Palestinians, et plus récemment Islam in Liberalism. Ses livres et articles ont été traduits dans une douzaine de langues.

Source: Middle East Eye

Traduction Olinda/Arrêt sur info

Imprimer