Lors de deux récentes conférences de presse, à Moscou et à Washington, des déclarations hautement significatives des tensions entre la Russie et le bloc occidental



Vladimir Poutine et Olaf Scholz : Conférence de presse – Moscou 15.02.2022

Suite aux entretiens russo-allemands qui se sont tenus au Kremlin, Vladimir Poutine et le chancelier fédéral allemand Olaf Scholz ont répondu aux questions des journalistes.

Lors de ses réponses à la presse on a vu par deux fois le chancelier allemand se raidir, apparemment déconcerté par le franc parler et le sang-froid du Président Poutine. Celui-ci a fermement contesté l’interprétation de la guerre en Yougoslavie par Scholz. Précisant qu’un «génocide» avait véritablement eu lieu en 2014 en Ukraine. (A savoir les pogromes perpétrés contre les habitants du Donbass qui s’opposaient au coup d’État orchestré par le secrétaire d’Etat USA Victoria Nuland et supervisé par la CIA. Et sur la question brûlante du gazoduc Nord Stream, prêt à être mis en fonction depuis décembre 2021 reliant l’Allemagne à la Russie mais que les USA se jurent de tuer dans l’œuf, ndlr.)

Extraits :

Au sujet du “génocide” en Yougoslavie:

Olaf Scholz : [..] Aussi difficile que soit la situation actuelle, je ne la qualifierais pas de désespérée. Nous devons maintenant agir avec courage et de manière responsable. Je dirai que la guerre en Europe est devenue inimaginable pour ma génération, et nous devons veiller à ce qu’elle le reste. Notre devoir en tant que chefs d’État et de gouvernement est d’empêcher une escalade militaire en Europe. » […]

Vladimir Poutine : En ce qui concerne la guerre en Europe, le Chancelier fédéral vient de dire que les gens de sa génération – et j’appartiens à cette génération – peuvent difficilement imaginer une guerre en Europe. Bien sûr, il a fait référence à la situation autour de l’Ukraine. Mais nous avons tous été témoins d’une guerre en Europe qui a été déclenchée par le bloc de l’OTAN contre la Yougoslavie. Une vaste opération militaire avec des attaques de missiles et de bombes sur une capitale européenne, Belgrade. Cela s’est fait sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies. C’est un exemple très malheureux, mais il a eu lieu. Voilà pour le premier point. » […]

Olaf Scholz : […] Je soulignerai que la situation en Yougoslavie était quelque peu différente. Il y avait un danger et une menace de génocide, et cela aurait dû être évité. Je suis très heureux que tout se passe pacifiquement là-bas et que les nations des Balkans aient trouvé un avenir dans l’Union européenne. Tout cela est un très bon signe.

Vladimir Poutine : Je me permettrai juste d’ajouter que, selon nous, ce qui se passe aujourd’hui dans le Donbass est, en fait, un génocide*.”

Le 18 février M. Sergueï Lavrov est revenu sur l’interprétation orientée de la guerre en Yougoslavie par Olaf Scholz. Il a déclaré :

La situation décrite par Scholz – lorsque la Yougoslavie a été bombardée – n’a rien à voir avec un génocide. Les tribunaux internationaux ne se sont pas prononcés sur cette question”. Evoqué la fosse commune du village kosovar de Racak où des dizaines de corps ont été retrouvés en 1999. Déploré les fait que les pays occidentaux avaient alors déformé la réalité en ont fait un prétexte pour une intervenir militairement en Yougoslavie en affirmant qu’il s’agissait de civils massacrés par les Serbes. Il s’est avéré, la guerre finie, que ce « génocide » avait été commis par des militants albanais.”

Lire aussi: https://arretsurinfo.ch/la-russie-repond-au-chancelier-allemand-scholz/

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Vladimir Poutine et Olaf Scholz : Conférence de presse – Moscou 15.02.202

Au sujet  de Nord Stream 2

Extraits

Question Deutsche Welle : J’aimerais interroger les deux dirigeants sur le projet Nord Stream 2. Quelles sont les perspectives de mise en œuvre de ce projet à la lumière des tensions et des nombreuses menaces le concernant ? […] Monsieur Poutine, j’ai encore une question. Votre vieil ami, M. Schroeder, a été nommé au conseil d’administration de Gazprom. Cela a provoqué une tempête de critiques en Europe. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Vladimir Poutine: […] Parlons maintenant de M. Schroeder et de Nord Stream 2. Je l’ai dit aujourd’hui au Chancelier fédéral. Au début des années 2000, nous nous sommes mis d’accord avec l’Ukraine (à l’époque, l’Ukraine était dirigée par le président Koutchma, le gouvernement allemand était représenté par M. Schroeder, et la Russie – par votre humble serviteur) et avons signé un accord sur la création d’un consortium international avec la participation de la Russie, de l’Ukraine, de l’Allemagne et, éventuellement, d’autres partenaires européens. Le consortium était censé gérer le système de transport de gaz de l’Ukraine (GTS). Il ne s’agissait ni d’un achat, ni d’un accord d’appropriation. Le SGT devait rester la propriété de l’Ukraine, tandis que le consortium ne ferait que louer et gérer le système, en investissant des fonds et des ressources dans sa maintenance et son développement. Plus tard, les nouveaux dirigeants ukrainiens en la personne de M. Iouchtchenko se sont retirés de cet accord. Après cela, des questions se sont posées sur la manière de garantir la sécurité des livraisons à l’Allemagne et à l’Europe dans son ensemble, et M. Schroeder a soutenu la construction de Nord Stream 1.

Aujourd’hui, l’Allemagne reçoit 55 milliards de mètres cubes de gaz par cette voie. Ce gaz est acheminé dans le cadre de contrats à long terme à des prix qui sont trois, quatre, cinq, voire sept fois inférieurs (si l’on prend les prix de pointe sur le marché spot européen) à ce qu’ils sont actuellement. Ils étaient sept fois – aujourd’hui environ cinq fois plus bas que sur le marché spot. Les consommateurs allemands, tant industriels que privés, les ménages, reçoivent du gaz de Russie à des prix cinq fois inférieurs.

Que les citoyens allemands ouvrent leur porte-monnaie, regardent à l’intérieur et se demandent s’ils sont prêts à payer trois à cinq fois plus cher l’électricité, le gaz et le chauffage. S’ils ne le sont pas, ils devraient remercier M. Schroeder, car c’est sa réussite, le résultat de son travail.

En ce qui concerne sa présence dans les organes de direction de Gazprom, de nombreux Européens s’inquiètent aujourd’hui de savoir si la Russie fournira régulièrement des ressources énergétiques à l’Europe et à l’Allemagne, en particulier. Je pense que si la décision est prise et que M. Schroeder devient membre du conseil d’administration de Gazprom, le but serait d’exercer un contrôle en tant qu’expert indépendant. Dans ce sens, M. Schroeder est, bien sûr, un expert indépendant. C’est un homme honnête que nous respectons et dont l’objectif est avant tout de promouvoir les intérêts de son propre pays, la République fédérale d’Allemagne. Quoi qu’il en soit, la République fédérale et tous les Européens auront une personne qui pourra influencer l’adoption de diverses décisions en tant que membre du conseil d’administration de Gazprom, et qui pourra obtenir des informations objectives directement de Gazprom.

Je pense que cela ne peut que profiter à notre coopération. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Est-ce que cela sera réalisé ou non ? A ma connaissance, les élections sont prévues en juin. Cette question relève de Gazprom et d’experts indépendants, dont M. Schroeder.

En ce qui concerne Nord Stream-2 …

À propos, le travail de M. Schroeder au sein du conseil d’administration de Gazprom est une conséquence naturelle de son travail sur les projets Nord Steam-1 et Nord Stream-2. Il préside également le conseil d’administration du projet Nord Stream. Je tiens à souligner que cinq entreprises allemandes, dont deux grandes entreprises énergétiques allemandes, cofinancent le projet.

Nord Stream-2 est prêt à être exploité commercialement depuis décembre 2021. La seule question qui reste est que le régulateur allemand doit prendre la décision de lancer les livraisons de gaz par cette route, et c’est tout.

Olaf Scholz : […] En ce qui concerne Nord Stream 2, je ne veux pas commenter l’activité économique d’un ancien politicien, qui parle en son nom propre et non au nom de la République fédérale d’Allemagne. En ce qui concerne le gazoduc lui-même, nous savons tous très bien ce qui se passe. Nous avons pris l’engagement de garantir le transit du gaz vers l’Europe via l’Ukraine, le Belarus et la Pologne en utilisant Nord Stream 1, comme convenu, et nous respectons ces engagements.

Nous voulons assurer un développement pacifique en Europe, sans confrontation militaire en Ukraine. Et si une confrontation a lieu, elle entraînera de graves répercussions. Tout le monde le comprend. Nous savons ce qu’il faut faire dans ce cas et il me semble que tous les autres le savent et le comprennent aussi. Ils comprennent ce qui se passe et comprennent les répercussions politiques potentielles.

C’est pourquoi, dès maintenant, il est important de prévenir ce genre de situation et de choisir la paix, faisant ainsi preuve d’un véritable leadership politique, sans pointer du doigt, mais en apportant sa propre contribution au maintien de la paix. Tel doit être notre objectif.

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Conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, le 17 février 2022 de Joe Biden et Olaf Scholz.

L’attitude soumise d’Olaf Scholz face Biden était triste à voir. La menace proférée d’avance par Biden de fermer par représailles le gazoduc North Stream 2, sur lequel Washington n’a aucune juridiction en violation de la souveraineté de l’Allemagne, a-t-elle suffi à le faire rentrer dans le rang ? Le chancelier a esquivé la question du journaliste sur le gazoduc Nord Stream 2 ; celui-ci a dû la reposer mais il n’a pas vraiment répondu.

Au sujet de Nord Stream 2.

Extraits

Question de Reuter : […] Président Biden, je voulais vous interroger sur ce projet Nord Stream auquel vous vous êtes longtemps opposé. Vous ne l’avez pas mentionné nommément tout à l’heure, ni le chancelier Scholz. Avez-vous reçu aujourd’hui l’assurance du chancelier Scholz que l’Allemagne mettra effectivement fin à ce projet si la Russie envahit l’Ukraine ? Et avez-vous discuté de ce que pourrait être la définition d’une “invasion” ?

Président Biden : […] Si l’Allemagne – si la Russie envahit – ce qui signifie que des tanks ou des troupes traversent à nouveau la frontière de l’Ukraine – alors il y aura – nous – il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin.

Question : Mais comment allez-vous faire cela exactement, puisque le projet et le contrôle du projet sont sous le contrôle de l’Allemagne ?

Président Biden : Nous allons – je vous l’assure – pouvoir le faire. 

Question : Chancelier Scholz : Si je peux vous demander, vous avez dit qu’une certaine ambiguïté stratégique était nécessaire en termes de sanctions. Je voulais juste savoir si les sanctions que vous envisagez et sur lesquelles l’UE travaille – et les États-Unis également – sont déjà terminées, finalisées, ou si des travaux sont encore en cours ?

Chancelier Scholz : Merci beaucoup pour votre question. Je veux être absolument clair: nous avons tout préparé intensivement pour être prêts à appliquer les sanctions nécessaires en cas d’agression militaire contre l’Ukraine. Et c’est nécessaire. Il est nécessaire que nous le fassions à l’avance, afin que la Russie comprenne clairement qu’il s’agit de mesures sévères et de grande portée. Cela fait partie de ce processus que nous n’exposions pas tout en public, car la Russie pourrait comprendre que d’autres mesures pourraient être prises. Et, en même temps, il est très clair que nous sommes bien préparés avec des mesures de grande envergure. Nous prendrons ces mesures avec nos alliés, avec nos partenaires, avec les États-Unis, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires. Vous pouvez être sûrs qu’il n’y aura pas de mesures pour lesquelles nous avons une approche différente. Nous agirons ensemble, conjointement. Et c’est peut-être une bonne idée de dire à nos amis américains : Nous serons unis, nous agirons ensemble, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires. Et toutes les mesures nécessaires seront prises par nous tous ensemble.

Question : Et allez-vous vous engager aujourd’hui à arrêter et à débrancher le Nord Stream 2 ? Vous ne l’avez pas mentionné, et vous ne l’avez pas mentionné.

Chancelier Scholz : Comme je l’ai déjà dit, nous agissons ensemble, nous sommes absolument unis, et nous ne prendrons pas de mesures différentes. Nous ferons les mêmes démarches, et elles seront très, très dures pour la Russie, et ils devraient comprendre.

Source: Arrêt sur info