Par Régis Chamagne – 9 novembre 2022

Lors d’un vote à l’Assemblée générale de l’ONU, le gouvernement français assume vouloir protéger la mémoire nazie. S’il le fait, c’est très probablement au nom des droits de l’Homme et pour la victoire du camp du Bien en Ukraine.

Les faits

La Russie a soumis, ce vendredi 4 novembre, un projet de résolution devant l’Assemblée générale de l’ONU, qui condamne la glorification du nazisme. Elle l’a fait chaque année, systématiquement, depuis 2012. Cette année, 52 pays, ceux du bloc atlantico-occidental (sauf Israël qui sauve l’honneur, tout de même), ont voté contre cette proposition. Ils arguent que la Russie se servirait de cette résolution pour justifier son opération militaire spéciale, dont l’un des objectifs stratégiques présentés dès le début par Vladimir Poutine est de dénazifier l’Ukraine.

Ah bon !? Alors comme ça, la Russie avait l’intention d’attaquer l’Ukraine dès 2012 ?

Alors qu’à cette époque le coup d’État d’Euromaïdan n’avait pas eu lieu, que l’Ukraine était liée à la Russie par des accords économiques et de sécurité. C’est du reste en novembre 2013 que l’UE a mis le couteau sous la gorge du président ukrainien Viktor Ianoukovitch : « Si vous voulez avoir un accord avec nous, cassez complètement celui avec la Russie ! » S’en est suivi le coup d’État de 2014 piloté par les USA, en période de trêve olympique…

Et depuis 2014 ! Nul n’avait remarqué que le mouvement politique paramilitaire Pravi Sektor se revendiquait néonazi ? Nul n’avait remarqué que le parti politique Svoboda était nazi ? Comme en témoigne son logo sur lequel je reviendrai.

Et depuis que les formateurs otaniens s’occupent de l’armée de Kiev, ils n’avaient jamais remarqué les tatouages en forme de croix gammée sur la peau de certains ? En particulier ceux des bataillons Azov, Aidar et les autres. C’est le moment d’évoquer leurs insignes, qui sont le même que le logo du parti Svoboda, c’est-à-dire une reprise intégrale (un copier-coller si vous voulez) de l’insigne de la division SS « Das Reich ». Celle-là même qui commit des atrocité à Montauban, Limoges, Tulle… et le massacre du village d’Oradour-sur-Glanes. Si vous en voulez la preuve, allez à Oradour-sur-Glanes. Pour entrer sur le site du village historique, vous passez par un petit musée dans lequel est contée l’histoire de cette division qui exécuta bien des atrocités en Ukraine (Ah ?) avant de s’illustrer tristement en France.

Alors, toutes les arguties pour justifier ce vote ignoble, dégueulasse, honteux, ne tiennent pas la route un quart de seconde. Les grands principes de l’humanité sont passés après les calculs putrides et stupides de petits politicaillons merdeux, qui, je l’espère, finiront dans les poubelles puantes de l’Histoire.

Cela dit, pour qui est à l’écoute des signaux faibles, ce n’est pas tout à fait une surprise.

Des signaux précurseurs

Dans un précédent article, à propos des mesures gouvernementales prises à l’occasion de la crise du Covid, j’avais écrit : « Le code de Nuremberg a été élaboré au cours du procès des médecins nazis à Nuremberg afin que les horreurs commises par les Nazis sur le corps humain ne se reproduisent plus. J’en déduis logiquement que toute décision, politique ou autre, qui contrevient au code de Nuremberg est d’essence nazie ». C’est bien ce qui s’est passé. Les mesures gouvernementales étaient bien d’essence nazie. Dans un article suivant, écrit à quatre mains avec Mathias Masclet, nous revenions plus fondamentalement sur le fait que les bonnes intentions hygiénistes et sanitaires avaient produit les pires atrocités. Toujours de bonnes intentions pour justifier des saloperies. Aujourd’hui, ce sont les droits de l’Homme, la démocratie…

Tiens ! la démocratie ? Mais la démocratie n’est-elle pas indéfectiblement liée à la liberté d’expression ? Alors qu’en est-il de la censure pratiquée par les gouvernements occidentaux à l’encontre des médias dissidents ? Ainsi, la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, qui lors de son discours du 23 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU, a appelé à une censure à l’échelle mondiale. Qu’est-ce que la censure sinon le fait de considérer que la liberté d’expression est un délit, et pourquoi pas un crime. J’évoque du bout des lèvres la répression sanglante du mouvement des Gilets Jaunes, qui à l’instar de la censure, relève de l’État totalitaire en général, et non spécifiquement de l’idéologie nazie. Ajoutons pour finir que tout cela, répression, censure, protection de la mémoire nazie, nous est présenté enrobé d’une novlangue que radio Paris et sa « propagandastaffel » maîtrise à la perfection.

80 ans, le temps de l’oubli

Dans nos pays l’espérance de vie est environ de 80 ans. C’est-à-dire qu’en 80 ans la population de nos pays s’est presque entièrement renouvelée, à l’exception de la bordure marginale droite de la courbe de Gauss : les heureux dont la longévité dépasse l’espérance de vie. Si bien que 80 ans, c’est le temps de l’oubli. Pas l’oubli de la mémoire qui, elle, est écrite dans les livres d’histoire, mais l’oubli des corps qui ont vécu pendant ce temps, l’oubli de ce que nos anciens ont pu vivre dans leur chair et dans leur âme. C’est le temps de la relativité. Par exemple, les politiciens occidentaux évoquent actuellement la possibilité d’une confrontation nucléaire avec une légèreté hallucinante. Aucun n’était à Hiroshima ni à Nagasaki. Mais une chose pourrait compenser cela : la conscience. Au moins s’ils en avait une. Malheureusement, ils nous montrent qu’ils n’en ont pas.

Le gouvernement a oublié les juifs, et les autres (résistants, opposants politiques, homosexuels…), qui ont été raflés en France sous l’occupation et ne sont jamais revenus des camps. Il chie sur leur mémoire et sur leurs descendants. Mais, dans le cercle restreint des Joe, Ursula, Manu et les autres, cela serait « tendance ». Tout cela devient relatif. Un bon prétexte, élaboré par un cabinet de conseil grassement rémunéré fera l’affaire.

NON ! Il n’y a pas de prétexte qui vaille. Il y a une hiérarchie dans les formes de pensée et d’action. Les grands principes de l’humanité seront toujours au-dessus des valeurs d’une époque qui, elles, sont éphémères, et a fortiori, au-dessus des calculs politiques de cette époque.

En fait, ce n’est pas seulement l’Ukraine qu’il faut dénazifier, c’est tout l’Occident.


Source : Régis Chamagne

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