Une majorité de Libanais est désormais convaincue que le 14-Mars est en grande partie responsable de l’implantation et de l’éclosion au Liban et en Syrie des mouvements extrémistes tels «Daech» et le «Front al-Nosra». Ces trois dernières années, le 14-Mars a assuré une couverture politique aux groupuscules fanatiques et aux cellules terroristes, empêchant l’armée et les services de sécurité de les traquer et de les démanteler. On se souvient tous de la «visite de solidarité» avec Ersal, effectuée par une délégation du 14-Mars, qui comptait dans ses rangs des députés et des personnalités chrétiennes, après les déclarations de l’ancien ministre de la Défense, Fayez Ghosn, sur la présence d’Al-Qaïda dans cette localité.

Deux ans après, les faits sur le terrain lui ont donné entièrement raison. On se souvient aussi du honteux épisode Chadi Mawlaoui, cet extrémiste arrêté par la Sûreté générale puis relâché après les fortes pressions exercées par les milieux du Courant du futur et les groupes fondamentalistes qui gravitent dans son orbite. Il ne faut pas oublier non plus l’appui multiforme fourni au cheikh Ahmad al-Assir, qui s’est avéré être un dangereux fanatique, dont les hommes ont attaqué et tué une vingtaine de soldats et d’officiers de l’Armée libanaise en juin 2013, à Abra, à l’est de Saïda. Revenons à Ersal, où les extrémistes ont assassiné, en février 2013, le capitaine Pierre Bachaalany et l’adjudant Mohammad Zahraman, avec le silence complice du 14-Mars.

Mensonges et désinformation

Au lieu de faire son mea culpa et d’adopter une attitude à la hauteur des dangers existentiels auquel le Liban est confronté, cette coalition persiste dans la même voie. Embarrassée par son rôle dans la construction d’un environnement propice à l’éclosion des mouvements terroristes, elle a choisi la fuite en avant, en pratiquant le mensonge, la désinformation et la déformation des faits.

Depuis que l’Arabie saoudite a décidé de placer «Daech» (EIIL) sur sa liste terroriste et que l’organisation est dans le collimateur de l’Occident, le 14-Mars est contraint de suivre ses mentors régionaux et internationaux dans leurs nouvelles orientations. Il a donc développé un nouveau discours, basé sur le rejet du terrorisme, mais en y ajoutant une dimension qui consiste à établir un parallèle entre «Daech» et le Hezbollah. L’ancien Premier ministre, Fouad Siniroa, a ainsi déclaré, lors de la réunion de Saydet al-Jabal, s’opposer «à la wilayat al-Fakih et au califat».

Dans une interview au quotidien koweitien As-Siyassa, le coordinateur du secrétariat général du 14-Mars, Farès Souhaid, a dit que «les agissements de Daech et du Hezbollah prouvent qu’ils sont les deux faces d’une même médaille».

Gemayel, est allé plus loin. Dans une interview accordée à la presse libanaise, il a prétendu que «le Hezbollah est plus dangereux que Daech».Le moins que l’on puisse dire est que ces déclarations illustrent une malhonnêteté intellectuelle sans limites et constituent une insulte à l’intelligence des gens. MM. Siniora, Souhaid, Gemayel et consorts sont-ils assez naïfs pour penser que leur campagne de diabolisation de l’Iran et du Hezbollah fera oublier le soutien qu’ils ont apporté aux mouvements extrémistes au Liban et en Syrie? Croient-ils réellement que l’opinion publique est tellement mal informée qu’ils peuvent mettre dans un même sac une organisation terroriste comme «Daech» et l’authentique mouvement de résistance et de libération nationale qu’est le Hezbollah?Faire la comparaison entre Wilayat al-Faqih, qui régit le système politique en Iran, et le califat d’Abou Bakr al-Baghdadi, peut être considérée un mensonge digne de Joseph Goebbels.

La République islamique d’Iran assure la liberté de culte à l’ensemble de ses citoyens, y compris les chrétiens, persécutés dans d’autres pays d’Orient, et les membres des autres minorités. Des chrétiens (Syriaques et Arméniens), des juifs et des Zoroastriens siègent au Majlis al-Choura (Parlement) et y disposent des mêmes droits que les autres députés. Daech, pour sa part, massacre les chrétiens et les membres des autres minorités, les pousse à l’exode et réduit leurs femmes et leurs enfants à l’esclavage. En Iran, les chrétiens disposent de leurs églises, dans lesquelles ils peuvent prier librement. «Daech», de son côté, prend possession des églises qui sont dans les régions qu’il contrôle, les transforme en sièges pour ses tribunaux ou parfois en caserne. Est-il honnête de comparer wilayat al-Faqih au califat de Baghdadi? Même l’Arabie saoudite, qui est l’autorité politique suprême de M. Siniora, interdit les églises et toute pratique publique du culte religieux chrétien.

Une libération exemplaire

Comparer le Hezbollah à «Daech» est d’une absurdité sans nom. Le Hezbollah est un grand parti politique libanais, présent au Parlement depuis 1992, et siégeant au gouvernement libanais depuis 2005. Il fait une partie intégrante du tissu sociopolitique du pays et dirige des dizaines de municipalités, remportées lors d’élections démocratiques. Lors des scrutins locaux et législatifs, il intègre dans ses listes des candidats de toutes les communautés. Son principal allié est le CourantLa décadence intellectuelle du 14-Mars: «Le Hezbollah est comme Daech»!patriotique libre (CPL), grand parti chrétien dirigé par l’un des chefs historiques de cette communauté, le général Michel Aoun.

Où sont les similitudes entre «Daech» et le Hezbollah?

Revenons quelques années en arrière, plus précisément en l’an 2000. Lors de la libération du Liban-Sud de l’occupation israélienne, le comportement du Hezbollah était d’une exemplarité sans précédent dans l’Histoire. Malgré 22 ans d’occupation, marquées par des souffrances, des persécutions, des humiliations, des meurtres commis par les troupes israéliennes et leurs milices supplétives libanaises, le Hezbollah a interdit tout acte de vengeance. Aucune exaction n’a été enregistrée, pas un seul collabo n’a été lynché. Les suspects ont été arrêtés et remis aux autorités libanaises compétentes. Pour mémoire, la France a connu, après la libération, la période de l’«épuration», qui s’est soldée par quelque 30000 morts. «Daech», pour sa part, procède à des exécutions massives et barbares de prisonniers, à la décapitation des otages et à la torture des détenus. En quoi le Hezbollah et «Daech» sont-ils les deux faces d’une même médaille?

Le discours du 14-Mars traduit le mépris que cette coalition porte à sa propre base avant celle de ses adversaires. Il illustre la décadence intellectuelle et la faillite politique de ce mouvement, qui a vu tous ses paris tomber à l’eau.

PAR SAMER R. ZOUGHAIB

Source: http://french.alahednews.com.lb

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