Tewfik Hamel


Interview de Tewfik Hamel, analyste et chercheur en histoire militaire et études de défense

Propos recueillis par Faten Hayed / El-Watan

Pensez-vous que les mouvements islamistes algériens ont un réel potentiel d’influence ?

Les islamistes sont à l’image de l’opposition : faible, fragmentée et sans projet politique. Le vrai capital d’un parti politique est sa capacité de mobilisation. A ce titre, les partis politiques algériens y compris islamistes souffrent d’un déficit en la matière. Cela ne signifie pas que les islamistes n’ont pas de poids, mais seulement que les partis politiques n’arrivent pas à capter politiquement leur voix, qui tendent à s’exprimer en dehors des structures officielles et formelles. L’islamisation croissante de la société est accompagnée par la dépolitisation. L’échec des partis politiques islamistes ou pas (y compris l’Etat) à politiser et neutraliser institutionnellement et démocratiquement la voix des islamistes radicaux a conduit à un rejet de la politique.

Pourtant, même les partis islamistes connaissent des mutations significatives…

Tout a fait. Il semble clairement que les règles du jeu sont en train de changer profondément. De plus en plus, les partis politiques algériens sont divisés et connaissent des mouvements de redressement de l’intérieur. Ce phénomène touche les partis au pouvoir le FLN, le RND… et l’opposition, notamment le FFS, ainsi que les partis islamistes. La société algérienne a connu des transformations profondes au cours des 50 dernières années et on commence juste à sentir et à mesurer ses effets. Ces dynamiques sociales commencent à traverser les partis politiques. Certes, il y a toujours des conflits d’intérêt, mais ces divisions internes traduisent aussi des visions d’avenir différentes.

A votre avis, les islamistes ont-ils réussi à se défaire du spectre de la décennie noire ?

Pour les acteurs utilisant la violence, leur principal problème sur le chemin du pouvoir politique est l’ombre de la violence qu’ils infligent par leur propre activité. Les acteurs armés ont donc besoin de récits forts et de toute une série de politiques légitimes pour maintenir leur cohésion en tant qu’acteur collectif et pour obtenir le soutien du public. Leur légitimité est constamment en danger, en raison des effets de la violence qu’ils exercent. En cas de déraillement de la violence, cela devient un problème pour la légitimité des groupes armés eux-mêmes. Cela pour dire que la décennie noire pèse toujours sur la crédibilité des islamistes, même ceux qui n’étaient pas impliqués dans le conflit armé.

Faten Hayed | 06 janvier 2017  | El-Watan

Tewfik Hamel, consultant international, chercheur en Histoire militaire et études de défense à l’université Paul Valéry, en France; chef de la Rédaction d’African Journal of Political Science et Membre du Conseil consultatif de Strategia. (Madrid)

Source: El Watan

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