Photo : Mahmoud Ajjour,. Opération “Déluge Al-Aqsa”

L’attaque dévastatrice du Hamas contre Israël hier et la déclaration de guerre totale d’Israël ont fait la une des médias occidentaux aujourd’hui. Certains des propos tenus par les responsables de CNN, Euronews et la BBC sont perspicaces et précieux, bien plus que n’importe lequel de leurs commentaires sur la guerre en Ukraine, qui est mon principal centre d’intérêt. Je pense que je suis impressionné non seulement parce que moins on en sait sur un sujet donné, plus il est facile de prendre au sérieux ce que le courant dominant présente. Non, ce que j’ai entendu sur les échecs des services de renseignement israéliens sur ces chaînes est tout à fait logique et semble crédible.

J’ai osé dire quelques mots sur le conflit à la télévision indienne WION plus tôt aujourd’hui, parce que j’ai eu l’occasion d’en parler d’un point de vue géopolitique, qui a reçu relativement peu d’attention de la part du courant dominant occidental. Le lien vers cette interview sera publié ci-dessous dès qu’il sera disponible.

Il y a d’ailleurs deux éléments qui justifieraient que l’on se penche davantage sur la perspective géopolitique. D’une part, le chef de la Ligue arabe s’est envolé aujourd’hui pour Moscou afin de s’entretenir avec le ministre des affaires étrangères, M. Lavrov. L’autre est la déclaration d’un responsable du Donbass, contrôlé par la Russie, selon laquelle les armes de l’OTAN livrées à l’Ukraine au début de l’année ont été revendues et sont probablement utilisées contre Israël dans le cadre de la guerre qui se déroule actuellement dans cette région. Cela rappelle les remarques de Benjamin Netanyahu en juillet dernier, selon lesquelles les Palestiniens étaient connus pour s’être procuré des armes antichars, vraisemblablement des javelots, auprès des Ukrainiens. Cela n’est pas sans importance, car les Israéliens devront faire entrer des blindés dans la bande de Gaza pour en prendre le contrôle et ce type d’armement de l’OTAN pourrait infliger de graves dommages au personnel et à l’équipement des FDI.

Les commentateurs classiques ayant une certaine expérience militaire ont souligné qu’une attaque comme celle-ci a dû être longuement préparée, peut-être même pendant un an. La question se pose donc : pourquoi maintenant ?

L’un des indices mentionnés par les commentateurs est que l’attaque a eu lieu juste après les jours saints juifs. Ce pourrait être un indice si l’on considère que cette attaque du Hamas constitue la plus grande menace pour la sécurité d’Israël depuis la guerre du Kippour en 1973, qui a également été si préjudiciable parce que les services de renseignement israéliens n’ont pas su la voir venir.

Toutefois, je pense que le choix du moment était motivé par une raison totalement différente, relevant purement du domaine de la géopolitique : l’attaque a été mise en scène pour perturber le rapprochement en cours entre l’Arabie saoudite et Israël, sous la direction de Washington. Si les parties parvenaient à conclure un accord sur la normalisation des relations, cela mettrait en péril tous les espoirs des Palestiniens de bénéficier du soutien de leurs frères arabes dans la région pour réaliser leurs ambitions politiques de création d’un État. Entre-temps, si un accord israélo-saoudien devait être conclu, l’équilibre des forces dans la région entre l’Iran et l’Arabie saoudite changerait considérablement en faveur des Saoudiens, puisque les conditions qu’ils négociaient avec Washington pour faire la paix avec Israël comprenaient la déclaration d’un traité de sécurité formel avec les États-Unis et l’accès à la technologie nucléaire américaine jusqu’à l’enrichissement de l’uranium. En d’autres termes, les Saoudiens se rapprocheraient de l’avantage actuel de l’Iran, qui n’est qu’à un cheveu de posséder des bombes.

Dans les conditions actuelles de guerre totale d’Israël contre le Hamas et la perspective d’une incursion sanglante des forces de défense israéliennes dans Gaza, il est impensable que l’Arabie saoudite procède à une normalisation de ses relations. Cela signifie, en effet, qu’un coup sérieux a été porté à la politique étrangère de l’administration Biden. Cet échec vient s’ajouter au fiasco du retrait d’Afghanistan. L’effet net ne se fera pas seulement sentir lorsque la campagne électorale pour la présidence commencera plus tard cet automne, mais il se fera sentir immédiatement dans la mesure où il affaiblira la main du président dans son bras de fer actuel avec le Congrès sur le budget 2024 et en particulier sur le financement de l’Ukraine. Si les allégations selon lesquelles des armes de l’OTAN sont arrivées entre les mains du Hamas via l’Ukraine se confirment, les conséquences d’une livraison incontrôlée d’armes à Kiev seront exposées aux yeux de tous.

L’échec engendre l’échec, et on ne peut pas habiller de rouge à lèvres ce nouveau cochon de la politique moyen-orientale de Biden, Blinken et Sullivan.

Gilbert Doctorow, 8 octobre 2023