Par Alexandre Lemoine – 1 juillet 2022


Taïwan reste une pierre d’achoppement dans les relations sino-américaines, qui continuent de se détériorer en dépit des tentatives de Pékin de les stabiliser par le dialogue.

Ainsi, par exemple, lors de la rencontre du ministre chinois de la Défense Wei Fenghe avec son homologue américain Lloyd Austin, pendant la conférence internationale de sécurité Dialogue de Shangri-La à Singapour, ils sont convenus que les militaires des deux pays devaient « respecter un consensus clé, entretenir des contacts fréquents et gérer les risques et les crises ». Sachant qu’à l’issue de cette rencontre, le porte-parole du ministère chinois de la Défense Wu Qian a déclaré que «l’armée chinoise se battra à tout prix pour écraser résolument toute tentative de sécession de Taïwan et sauvegarder résolument la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale».

Puis, Luxembourg a accueilli la rencontre du directeur du Bureau de la commission des Affaires étrangères de la Chine Yang Jiechi avec le conseiller du président américain à la sécurité nationale Jake Sullivan. Au terme de celle-ci, le ministère des Affaires étrangères de la Chine a déclaré que « les États-Unis et la Chine pouvaient encore éviter une nouvelle guerre froide et revenir à une coopération mutuellement avantageuse ». C’est pourquoi les observateurs pensent que le ton franchement conflictuel des relations sino-américaines de ces derniers mois pourrait revenir à un dialogue normal.

Les interlocuteurs se sont publiquement exprimés à Luxembourg au sujet du dossier taïwanais. Selon Yang Jiechi, c’est le problème taïwanais qui constitue aujourd’hui la base politique des relations sino-américaines, et s’il n’était pas réglé, cela pourrait avoir des conséquences destructrices pour les relations entre Washington et Pékin.

La réponse américaine fut une nouvelle fois conflictuelle et immédiate. Le département d’État américain a soutenu dans sa déclaration l’affirmation de Taïwan que le détroit de Taïwan séparant l’île de la Chine continentale était une voie maritime internationale « où la liberté maritime, y compris la liberté de navigation et de vol, est garantie conformément aux lois internationales ». Alors que le secrétaire d’État américain Antony Blinken a dit que les États-Unis continueraient de « fournir à Taïwan de l’aide pour se défendre » et d' »exercer une influence sur les décisions de Pékin ». En fait, il s’agit de déclarations visant à provoquer Taïwan à proclamer son indépendance.

C’était clairement une escalade américaine dans la guerre verbale, car sous prétexte de défendre la liberté de navigation maritime les États-Unis envoient leurs forces navales pour patrouiller dans les eaux litigieuses dans différentes régions, notamment en mer de Chine méridionale, et maintenant ils comptent le faire dans les eaux de la Route maritime du Nord.

Compte tenu de la tension grandissante autour de Taïwan, il est clair qu’elle pourrait être l’issue d’une confrontation non préméditée (ou préméditée par les États-Unis) entre des navires de guerre américains et chinois dans le détroit de Taïwan.

Par ailleurs, le président chinois Xi Jinping a approuvé le 13 juin la base légale des actions de l’armée chinoise à caractère non militaire. Selon les observateurs et les médias pro-occidentaux, de cette manière Pékin pourrait préparer l’invasion de l’île de Taïwan sous la forme d’une « opération spéciale ». Alors que la presse chinoise a déjà rapporté que les forces chinoises passaient même en état de planification stratégique d’une telle opération.

Tout cela conduit à une conclusion peu rassurante: la guerre verbale avec une provocation permanente des États-Unis pourrait devenir irréversible et se doter de sa propre dynamique. Ce qui pourrait augmenter la probabilité d’un conflit armé à Taïwan malgré les tentatives systématiques de la Chine de l’éviter.

Alexandre Lemoine

Source: http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4016

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