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Míkis Theodorakis est un compositeur, interprète et homme politique grec très respecté.

Mikis Théodorakis à Alexis Tsipras : “Rendez-vous aux abattoirsˮ*


Par Mikis Thédorakis

Décembre 2016


Camarade Alexis, je te tire mon chapeau, parce que tu es un gros dur. Le plus gros des durs depuis 450 av. J.C. jusqu’à nos jours en Grèce. Parce que tu fais tout ce que tu veux sans tenir compte de quiconque.

Tu prends ton avion personnel, tu le remplis d’amis et d’amies, tu pars à Cuba et tu laisses l’addition de 300.000 dollars à payer par les gugusses qui gagnent 300 € par mois dans le meilleur des cas.

Tu fais tout ce qui te plaît.

Tu parles sur la Place de la Révolution où parlait Fidel, comme un révolutionnaire pur et dur. Tu te dresses de toute ta superbe contre le Capitalisme-Impérialisme. Tu te goinfres (600 euros pour un repas payé par le Ministre des Affaires Étrangères, donc par tes lèche-bottes).

Tu t’amuses, tu fais la fête, alors que les gugusses de Grecs font la queue pour retirer leur retraite, payer électricité, banques, hôpital et surtout austérité sur austérité.

Tu te la joues révolutionnaire et quand tu reviens, tu redeviens ce que tu étais, un gamin qui court pour exaucer tous les caprices de Merkel, d’Obama et de Juncker, que tu fustigeais de Cuba – et ça retombe à nouveau sur le dos du peuple grec si intelligent, parce que c’est lui qui a décidé d’être gouverné par des gens sans supporters et sans honneur, qui font joujou au gouvernement.

Rendez-vous aux abattoirs*

Par Mikis Thédorakis – Décembre 2016

*Au sujet du titre « Rendez-vous aux abattoirs » Mikis salue Tsipras par une phrase d’Aris Velouchiotis, le grand Kapetanios de la résistance grecque, qui saluait toujours ses compagnons avant le combat en évoquant un conte avec des animaux, loups, renards, se saluant à chaque fois qu’ils partaient à la chasse en disant : « Rendez-vous à la tannerie », autrement dit : ça va finir mal de toutes façons et on va tous crever.


Commentaire du Docteur Giorgos Vihas, du Dispensaire social métropolitain d’Ellinikó

À l’occasion de la lettre ouverte de Mikis à Tsipras, je me suis rappelé les moments que j’ai vécu avec Mikis en février 2012. Je vous raconte ici quelque chose qui n’est pas public, mais que j’ai vécu en première ligne et qui concerne Mikis et Tsipras.

Le 11 février 2012, une journée avant le vote à la Vouli (Parlement)  du 2ème mémorandum, nous sommes chez Mikis et nous faisons les plans pour la manifestation du jour suivant. Mikis et Glézos ont décidé de descendre à Syntagma et de manifester avec les milliers de citoyens. Moi je devais les accompagner en tant que médecin, parce qu’ils savent tous les deux qu’ils vont être attaqués par la police. Dans les plans, il est prévu que Tsipras sorte du Parlement, devant le Soldat Inconnu, où il doit rencontrer Mikis et Glézos, puis tous les trois doivent manifester avec le peuple. L’accord entre Mikis et Tsipras est conclu devant moi au téléphone. Mikis est enthousiaste !

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Le 12 février 2012, nous sommes arrivés devant le Soldat Inconnu. Le peuple défile par centaines de milliers dans le centre d’Athènes. Police et MAT (police antiémeutes) partout. Tsipras nulle part.

Les MAT ne perdent pas de temps et ils jettent les premiers bombes lacrymogènes sur Mikis et Glezos. Très vite Athènes est noyée sous les gazes. Tsipras n’est nulle part !

Après quelques heures nous rentrons au sein du Parlement avec Miki. Accablé par les gazes sur son fauteuil roulant, il crie dans l’Assemblée : « Assassins, aujourd’hui vous votez la mort de la Grèce »

C’est un des nombreux moments de cette journée où j’ai compris de quels métaux rares est forgé cet homme. Tsipras, visiblement informé que Mikis est entré dans la Vouli, sort de l’Assemblée et vient vers nous.

Mikis (dans son fauteuil roulant, accablé physiquement mais avec un très bon moral et une âme d’adolescent) : « Tu nous as vendus, on t’attendait, pourquoi tu n’es pas descendu ? ».

Tsipras (en costume, sans cravate, bien repassé) visiblement embarrassé, comme un gamin qu’on dispute, avec un sourire hors de propos :

« Nous nous battons ici à l’intérieur, Mikis ».

Mikis : « Non Alexis, c’est dehors qu’ils se battent, le vrai combat se mène dehors à cet instant et ta place était là-bas, pas ici. »

Tsipras a bafouillé indistinctement et il s’est éloigné…

Docteur Giorgos Vihas, 4 décembre 2016

Traduit par  Marie-Laure Coulmin Koutsaftis

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