Ceux qui ont apprécié Trump, pour sa mise en cause du système et des médias mainstream, et sont en peine de le voir aujourd’hui à terre, doivent se rappeler les conséquences que sa politique a eu pour les peuples du Moyen-Orient. « Entouré d’incompétences, Trump a pris des décisions désastreuses qui ont fait de l’Amérique et d’Israël les plus grands dangers pour la paix mondiale. La situation est si sinistre pour l’Amérique qu’elle ne semble pas pouvoir trouver en elle-même le pouvoir de saisir la nature des limbes obscures qu’elle s’est elle-même imposées » comme le déclarait Gilad Atzmon il y a une année dans le texte que nous reproduisons ci-dessous.

En effet, Trump a participé d’une injustice qui s’ajoutait à plus de 70 ans d’humiliations et de spoliations pour les natifs Palestinienst. Avoir cédé à l’Etat israélien tout ce que ce dernier n’avait pas réussi à obtenir jusqu’ici par la confrontation militaire, était un crime irréparable. Aussi avoir mis l’Iran sous sanctions et avoir retiré l’Accord signé par l’Iran aux-côtés de l’Union européenne et des membres permanents du Conseil de sécurité, pour répondre aux désidératas d’Israël, était un crime. [Silvia Cattori, 09.01.2021]



Clausewitz, Trump et Soleimani

La politique US est une continuation des guerres d’Israël par d’autres moyens

Gilad Atzmon

Paru le 8 janvier 2020 sur Unz Review sous le titre Clausewitz, Trump and Soleimani – American politics is a continuation of Israel’s wars by different means

Le philosophe militaire du XIXème  siècle Carl von Clausewitz a observé que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. C’est une description pertinente de la stratégie militaire et des affaires géopolitiques iraniennes. Elle est conforme au raisonnement qui a guidé le général Qassem Soleimani au cours des deux dernières décennies.

En tant que superbe stratège militaire, Soleimani a compris que la distance entre A et B n’est pas nécessairement identique à la distance de B à A. L’Iran et Israël ne partagent pas de frontière physique, Téhéran et Tel-Aviv sont distants d’environ 1600 km. Malgré les menaces incessantes d’Israël d’attaquer l’Iran, il n’a jamais été clair si Israël a la capacité militaire de causer des dommages importants à l’Iran. Il n’est pas clair comment les pilotes israéliens sont censés couvrir la distance et voler sans être détectés au-dessus de la Jordanie, de la Syrie ou de l’Irak. Où, ou comment l’avion israélien se ravitaillerait en carburant et ainsi de suite.  Israël n’a pas réussi à résoudre cette énigme militaire logistique. Mais il a été assez intelligent pour comprendre que pousser l’Amérique à un conflit total avec la République islamique pourrait fournir une solution à l’énigme. Malgré la concurrence (avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne), les USA sont la colonie la plus soumise d’Israël. Ils ont joyeusement sacrifié leurs fils et ses filles sur l’autel sioniste pendant des années.

Le général Soleimani a conçu une tactique militaire géniale pour contrer les plans américains et israéliens : bien qu’Israël ne partage pas de frontière avec l’Iran, l’Iran partage assurément une frontière avec Israël. Le déploiement des gardiens révolutionnaires iraniens aux côtés des milices locales pro-iraniennes dans les zones de conflit a permis à Soleimani d’encercler l’État juif à l’intérieur d’un mur de résistance féroce. Les alliés régionaux de l’Iran sont superbement entraînés, motivés par l’idéologie et la religion et ils bénéficient du riche arsenal balistique et de la technologie iraniennes qui peuvent infliger un châtiment mortel à Israël dans un conflit. Depuis un certain temps, l’élite militaire et les analystes d’Israël doivent accepter que dans le contexte d’une telle guerre Israël-Iran, l’Iran, avec ses alliés régionaux, est capable de faire pleuvoir sur Israël des milliers de missiles balistiques, de missiles de croisière et de missiles à guidage de précision. Une telle évolution pourrait anéantir les villes israéliennes en quelques jours.

Des tactiques similaires ont été mises en œuvre par le général Soleimani contre les forces militaires US dans la région. L’Iran n’a peut-être pas de frontière commune avec les USA, mais des milices irakiennes pro-iraniennes ont réussi à encercler et à harceler les forces US en Irak. L’Iran domine également les passages les plus stratégiques du Golfe Persique par le biais de ses milices chiites au Yémen.

L’attaque iranienne d’hier sur les bases aériennes US, a montré que les dirigeants suprêmes de l’Iran ont également intériorisé la philosophie de Clausewitz. L’attaque a été mesurée. Elle a ciblé les installations militaires US et, selon les rapports, visait les pistes d’atterrissage et les installations vides. Cependant, l’attaque a été menée depuis le territoire iranien et a été ouvertement revendiquée par le régime iranien. Elle a effectivement traduit la détermination et la fermeté iraniennes. Cependant, elle a été suffisamment mesurée pour donner à l’administration Trump l’occasion de descendre de l’arbre qu’elle a choisi de manière peu judicieuse, bien qu’elle ait également donné à l’administration assez de corde pour se pendre si elle insiste pour le faire.

Le conflit des USA avec l’Iran est particulier, il est irrationnel, il peut même friser la folie. L’Amérique n’est plus dépendante du pétrole du Golfe. Sa stratégie générale dans la région a été futile et autodestructrice. L’Irak veut que l’armée US se retire. En Syrie, les forces US ont été vaincues. La Russie s’occupe maintenant de ce que l’Amérique prétendait autrefois superviser et, en pratique, n’a jamais fait. On peut se demander ce que l’Amérique fait en Irak ou en Syrie. Où tout cela mène-t-il ?

De nombreuses études universitaires ont établi que la politique étrangère US est dominée par le lobby israélien. La vérité dévastatrice est que l’Amérique mène les guerres d’Israël depuis des décennies. Jusqu’à présent, cela a impliqué de combattre des forces militaires inférieures. Mais une bataille avec l’Iran peut s’avérer bien plus compliquée. Des décennies de sanctions ont fait de l’Iran une superpuissance technologique indépendante. La technologie des drones iraniens est au moins aussi avancée que celle d’Israël et des USA et elle est en tête pour les missiles guidés de précision et les missiles de croisière. Contrairement aux soldats US qui se battent pour Israël et sont souvent alimentés par des renseignements trompeurs de sources israéliennes, les Iraniens et les milices chiites locales se battent sur leur terrain. La bataille est destinée à être un défi pour l’armée américaine et ses conséquences sont imprévisibles.

Entouré d’incompétences, Trump a pris des décisions désastreuses qui ont fait de l’Amérique et d’Israël les plus grands dangers pour la paix mondiale. La situation est si sinistre pour l’Amérique qu’elle ne semble pas pouvoir trouver en elle-même le pouvoir de saisir la nature des limbes obscures qu’elle s’est elle-même imposées.

La seule façon de saisir l’opération bizarre de l’Amérique est d’accepter une approche inverse de la vision de Clausewitz : la politique américaine est une continuation des guerres sionistes par d’autres moyens. L’Amérique a bradé son prestige mondial à l’État juif. Les politiciens américains prêtent sans vergogne allégeance à l’État juif au lieu de prêter allégeance à leur propre État. Ils font tout leur possible pour apaiser les groupes de pression juifs, qu’il s’agisse de l’AIPAC ultra-sioniste ou de l’opposition contrôlée Jstreet. Les USA ne seront pas la première superpuissance à être détruite par Sion. Le problème est qu’une guerre régionale impliquant l’Amérique et Israël pourrait rendre Rebellion Extinction superflu, car ces deux puissances destructrices pourraient réduire notre planète en poussière afin de sauver leurs dirigeants actuels de leurs complications juridiques croissantes.

Je ne doute pas que beaucoup d’Américains soient conscients du danger qui les attend. Cependant, la matrice du pouvoir sioniste en Amérique a démantelé la capacité des Américains à appeler un chat un chat car cela est considéré comme «  antisémite ».

Gilad Atzmon

Gilad Atzmon est né en Israël en 1963 et a reçu sa formation musicale à l’Académie de musique Rubin à Jérusalem. Multi-instrumentiste, il joue du saxophone soprano, alto, ténor et baryton, de la clarinette, de la zurna et des flûtes. Jusqu’en 1994 il a été producteur-arrangeur pour différents projets israéliens de danse et de rock, jouant en Europe et aux USA de la soul music juive. Fortement impliqué dans la scène musicale israélienne et il a enregistré pour Ofra Haza, Yeuda Poliker et beaucoup d’autres. Il a également fait des tournées avec Memphis Slim et a soutenu beaucoup de noms internationaux du jazz tels que Jack De Johnette, Michel Petrucciani, Richie Byrach et beaucoup d’autres.

Arrivé au Royaume-Uni en 1994, Atzmon a alors éprouvé un intérêt à jouer de la musique du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Europe de l’Est, une idée qui le démangeait depuis des années. Il a fondé l’Orient House Ensemble et a commencé à redéfinir ses propres racines à la lumière de la réalité politique. Depuis l’Orient House Ensemble s’est produit dans le monde enteir. Atzmon est aussi un auteur prolifique et souvent controversé : ses essais circulent beaucoup et ses deux romans Guide to the perplexed et My One And Only Love ont été traduits l’un dans l’autre en 24 langues.

Au fil des années la musique de Gilad Atzmon s’est muée plus en plus en un hybride culturel. En tant que chef de formations (du quartet au septet) et joueur d’instruments à anches, il stupéfie ses auditeurs par son style personnel puissant qui combine le grand art du bebop et les racines moyen-orientales d’une façon sophistiquée et parfois ironique. Influencées par l’approche puissante de Coltrane au saxo, les performances live de Gilad sont simplement éblouissantes et à couper le souffle. En tant que membre des Blockheads, Gilad a également enregistré et joué avec des artistes comme Ian Dury, Robbie Williams, Sinead O’Connor et Paul McCartney. Gilad a aussi enregistré avec Robert Wyatt, les Waters Boys et beaucoup d’autres. L’Orient House Ensemble est consitué d’Asaf Sirkis aux percussions, Yaron Stavi à la basse et Frank Harrison au clavier.

Traduit par  Fausto Giudice

Source: https://www.unz.com/gatzmon/clausewitz-trump-and-soleimani/

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