Un véhicule radar du système de missiles sol-air S-400 Triumph.


Par M.K. Bhadrakuma

Paru le 23 janvier 2022 sur Indian punchline sous le titre Russia will intervene in Ukraine


Les pourparlers entre les États-Unis et la Russie à Genève au cours des deux dernières semaines successives n’ont pas permis d’aboutir à une avancée. Fondamentalement, il existe une contradiction qui ne peut être résolue facilement. La Russie voit en termes existentiels l’avancée de l’OTAN dans son voisinage occidental immédiat. Mais pour Washington, c’est de la géopolitique.

La Russie ne peut tolérer plus longtemps une telle présence de l’OTAN à sa frontière occidentale. L’entrée de l’Ukraine dans le système de l’alliance occidentale signifierait que les missiles américains pourraient frapper Moscou en 5 minutes, rendant les systèmes de défense aérienne russes inefficaces et obsolètes.

Les déploiements de l’OTAN dans les régions baltes privent encore davantage la Russie d’un tampon à l’ouest. Étant donné que toutes les décisions majeures et la plupart des décisions mineures de l’OTAN sont prises à Washington, Moscou perçoit tout cela comme une stratégie américaine visant à l’encercler, à éroder son autonomie stratégique et sa politique étrangère indépendante.

Les États-Unis, au contraire, refusent d’admettre tout retour en arrière de l’OTAN. Ils insistent sur le fait que la Russie n’a pas son mot à dire dans les décisions de l’alliance. Au mieux, Washington discuterait de certaines mesures de confiance, tandis que l’élargissement de l’OTAN depuis 1997 – contrairement aux assurances données à Mikhaïl Gorbatchev par les dirigeants occidentaux en 1990 lors de la réunification de l’Allemagne – est un fait accompli dont la Russie doit s’accommoder.

Fondamentalement, les États-Unis ont pris le dessus grâce à des efforts soutenus au cours des trois dernières décennies, depuis que l’administration de Bill Clinton a mis en œuvre une stratégie concertée en prévision d’une résurgence de la Russie à court terme. Maintenant que les États-Unis ont pris le dessus, ils sont peu enclins à le céder.

Du point de vue de Washington, il s’agit d’un modèle clé de la lutte géopolitique qui se déroule autour du nouvel ordre mondial après la montée en puissance de la Chine et le déplacement de la dynamique du pouvoir de l’Ouest vers l’Est. Réduire la taille de la Russie et être en mesure de l’intimider est une condition préalable à la lutte globale des États-Unis contre la Chine. Il suffit de dire que l’Ukraine est devenue un champ de bataille où se joue un test de volonté titanesque.

L’Ukraine est, dans tous les sens du terme, un substitut des États-Unis et sa transformation en un État anti-russe, qui a commencé après le changement de régime à Kiev en 2014, est déjà à un stade avancé. Bien que l’Ukraine ne soit pas encore membre de l’OTAN, l’alliance a établi une présence significative dans ce pays sur le plan militaire et politique.

Dans la guerre de l’information, les États-Unis dépeignent la Russie comme un agresseur contre un voisin faible. En réalité, il s’agit d’une situation du type « face je gagne, pile tu perds ». Si la Russie ne fait rien, elle pourrait aussi bien se résigner à l’inévitable adhésion de l’Ukraine dans l’OTAN et à devoir vivre avec l’ennemi aux portes. Bien entendu, cela modifierait l’équilibre stratégique mondial en faveur des États-Unis pour la première fois dans l’histoire.

D’un autre côté, si la Russie agit militairement pour empêcher la marche de l’OTAN en Ukraine, Washington jouera les durs. Washington est prêt à clouer au pilori le président Vladimir Poutine et à imposer des « sanctions infernales » à la Russie, avec un plan de confrontation vicieux visant à blesser mortellement l’économie de ce pays et à étouffer sa capacité à être un acteur mondial.

Selon les États-Unis, Poutine devra personnellement supporter un lourd tribut politique si les conditions de vie se détériorent en Russie d’ici 2024, date de la prochaine élection présidentielle russe, et il pourrait être contraint de céder le pouvoir. Du point de vue américain, se serait une aubaine si un Boris Eltsine II devait succéder à Poutine.

Ne vous y trompez pas, une partie de ce qui se passe aujourd’hui consiste à diaboliser la personnalité politique de Poutine afin d’éroder son énorme popularité (65 %), ce qui exclut la montée d’un politicien pro-occidental en Russie dans un avenir prévisible. Toutes les tentatives des services de renseignement américains de créer une plate-forme « libérale » dans la politique russe ont échoué jusqu’à présent. Le fait est que la majorité des Russes redoutent le retour de l’ordre « libéral » des années 1990.

Le Washington Post, qui est lié à l’establishment sécuritaire américain, a publié mercredi dernier un rapport calomnieux sous la signature d’un célèbre bandit, intitulé House Republicans aim aim sanctions at Putin, his family and his mistress. L’article dit :

« Le mélange -soigneusement élaboré par l’administration Biden- de diplomatie et de menaces de sanctions supplémentaires ne semble pas dissuader le président russe Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine et de déclencher une guerre. Maintenant, un groupe important de républicains de la Chambre des représentants pousse le président Biden à augmenter la pression sur Poutine directement en s’en prenant à lui et à son entourage pour leur corruption établie de longue date. »

De toute évidence, Washington est prêt à tout pour créer des dissensions au sein de l’élite russe et saper la stabilité politique du pays.

Que nous réserve l’avenir ?


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