Le cas Wagner (par delà le bien et le mal)

Paru le 4 Janvier 2022 sur Reveilcommuniste.fr


Politiques français, européens, et occidentaux s’indignent du recours par des gouvernements africains à la société de mercenaires russe Wagner, qui est présentée comme l’armée privé de Vladimir Poutine.

D’abord la Centrafrique, puis le Mali.

Ils lui reprochent des exactions dans les conflits armés où la Russie a participé (notamment en Syrie où elle aurait maltraité des « démocrates » de DAESH, ainsi que des néo-nazis en Ukraine).

De nombreuses voix africaines au contraire s’indignent de cette indignation ; elles disent : en quoi ça vous regarde ? Les États souverains africains ne sont-ils pas en droit de s’adresser à qui ils veulent pour assurer leur sécurité ?

Et c’est vrai que si la présence française en Afrique maintenait la paix, on le saurait ! Les voix qui réclament l’intervention humanitaire – et militaire – française en Centrafrique semblent avoir oublié que l’armée française s’y trouve chez elle depuis l’indépendance, en 1960, ce qui n’a pas empêché coups d’État, exactions et rebellions de battre tous les records ! Alors que les soldats de Wagner ont contribué a rétablir l’ordre sur la plus grande partie du territoire, en deux ou trois ans, ce que la France n’a pas su faire en 60 ans. Et au Mali, l’aide française est en bonne voie d’obtenir les mêmes résultats.

Il y a des indignations qui en disent plus long sur ceux qui s’indignent que sur ceux qui sont visés. On fait le reproche à la société Wagner de faire ce que nous n‘avons pas cessé de faire ou de cautionner sur le continent africain depuis deux siècles – sans y avoir été le moins du monde invités !

Il semble que les mercenaires de Wagner s’il faut les nommer ainsi soient aussi capables d’enrayer la prolifération de bandes terroristes qui apparaissent comme par enchantement aux abords des ressources naturelles les plus convoitées, comme l’année passée au Mozambique, et depuis une décennie autour du yellow cake du Niger – le minerai d’uranium destiné aux centrales d’EDF.

Les ONG qui servent de façade de l’Occident notamment Amnesty semblent ignorer aussi que la principale source de violence et d’atrocité en Afrique et ailleurs dans le monde mais surtout en Afrique n’est pas l’État mais le manque d’État, et que l’intervention étrangère aboutit immanquablement à affaiblir ou carrément à déstructurer les États.

La mémorable ingérence dans les affaires libyenne qui aboutit à la destruction de cet État en 2011 a sans doute été l’intervention de trop : en déstabilisant toute l’Afrique elle y a réveillé une bourgeoisie nationale patriotique étouffée depuis la chute de l’URSS par les agents directs de l’impérialisme, compradores, ou expatriés, et qui a son rôle historique à jouer.

Car ce qui est au fond de ces admonestations et qui les rend intolérables, c’est l’idée que les États africains sont souverains, d’accord, mais formellement seulement, et que pour les choses sérieuses, ils doivent continuer à se référer à l’ancienne puissance coloniale, ou à défaut à la soi-disant communauté internationale qui est en fait le porte-parole des intéressants et intéressés occidentaux.

Il en est de même pour les élections, et la situation en Tunisie est éclairante à cet égard. Si un gouvernement africain est le résultat d’élections qui se sont tenues avec la bénédiction occidentale, et que son vainqueur est compatible avec les intérêts occidentaux et tienne un discours politiquement correct à l’intention de nos médias, alors tout va bien. Peu importe qu’il soit incompétent, corrompu, fraudeur, infiltré par des terroristes, qu’il utilise des groupes criminels pour intimider les opposant, s’il est « pro-démocratie » comme ils disent. Mais si le président élu décide de nettoyer les écuries d’Augias, horreur, malheur, dictature !

Ce qui compte finalement, c’est que ces mercenaires utilisés à bon escient peuvent faire reculer l’impérialisme très objectivement en faisant cesser le chantage à la sécurité, si maladroitement exercé par Macron dans son approche personnelle faite d’arrogante naïveté. La qualité du personnel politique africain semble évoluer en sens inverse du nôtre.

Source: Reveilcommuniste.fr

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