Sheldon Adelson. Photo Flickr

Par Philip M. Giraldi | Strategic CulturePublié le 4 octobre 2018 sous le titre Best Government Money Can Buy

Très peu d’Américains savent qui est Sheldon Adelson et ils sont encore moins conscients que, en tant que principal donateur aux politiciens des États-Unis, quand il parle, le Parti républicain (GOP) [Grand Old Party (GOP) est l’acronyme du parti républicain américain, Ndlr] l’écoute. En raison de ses largesses, il a pu diriger la politique du parti républicain au Moyen-Orient en faveur d’Israël,  pays où il pourrait bien être considéré comme son véritable chez-soi, alors que les États-Unis ne sont plutôt qu’un ami fidèle qui peut être sollicité par intervalles chaque fois qu’Israël se trouve avoir besoin d’un peu d’argent ou de couverture politique.

Les succès récents d’Adelson en récompense de ses contributions financières en faveur d’Israël incluent le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, la réduction de l’aide aux Palestiniens, la fin de l’accord de surveillance nucléaire iranien et la fermeture du bureau diplomatique de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington. Toutes ces mesures de l’administration Trump auraient été élaborées en privé par Adelson, qui s’est entretenu directement avec le président.

Les centre d’intérêt d’Adelson quand il achète les politiciens reflètent ses convictions, il aurait déclaré « il n’y rien de tel qu’un Palestinien ». Dans sa vision du monde, il ne s’inquiète pas non plus beaucoup pour le pays qui l’a abrité et enrichi. Il a servi dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale et a déclaré regretter de l’avoir fait, car il aurait préféré porter un uniforme de l’armée israélienne. Il a également exprimé le souhait que son fils devienne tireur d’élite dans l’armée israélienne.

Adelson profite de son accès exceptionnel à la Maison Blanche au détriment des véritables intérêts américains. Un article du New York Times intitulé « Sheldon Adelson apprécie beaucoup le Washington de Trump »déclare qu’il « bénéficie d’une ligne directe avec le président » et qu’il le rencontre tous les mois « dans le cadre de réunions privées et de conversations téléphoniques ». Il a été ravi des menaces ouvertement exprimées émanant des principaux porte-parole de l’administration en matière de sécurité étrangère et nationale à l’égard de l’Iran. Il aimerait voir les États-Unis entrer en guerre avec les Iraniens pour détruire leur gouvernement et provoquer une sorte de changement de régime, et, à en juger par les récents développements, il pourrait obtenir ce qu’il cherche, ce qui pourrait facilement avoir des conséquences catastrophiques pour le gouvernement, toute la région et au-delà.

Adelson est quelque peu détraqué sur la question de l’Iran et a même appelé à balancer une bombe nucléaire sur une région déserte du pays comme tactique de négociation pour montrer « qu’on est sérieux », afin que Washington puisse « imposer ses demandes [à l’Iran] en position de force. » Si l’Iran persistait à résister, Adelson enverrait la prochaine (bombe) sur Téhéran. Si Téhéran devait être détruit, des millions d’Iraniens mourraient, ce qui ne gêne aucunement Adelson. De l’avis de M. Adelson, un tel développement serait bénéfique pour Israël, ce qui est sa principale préoccupation.

Le pouvoir d’Adelson sur les décideurs est également évident dans ce que la Maison Blanche ne fait pas. Des tireurs d’élite israéliens ont abattu au moins 143 manifestants arabes non armés à Gaza sans même qu’un mot de condamnation soit entendu à Washington. En effet, l’ambassadeur de Donald Trump en Israël, David Friedman, a tout mis en œuvre pour défendre les meurtres et soutenir l’extension des colonies israéliennes illégales en Cisjordanie.

Il est également largement admis que M. Adelson a participé aux changements de personnel à la Maison-Blanche. Il a utilisé son argent et son influence pour faire progresser la carrière de l’ambassadeur des Nations Unies, Nikki Haley [Sur le départ, Ndt], du conseiller en sécurité nationale, John Bolton, et du secrétaire d’État, Mike Pompeo, s’occupant aussi du limogeage de HR McMaster et de Rex Tillerson pour « attitude anti-israélienne » et insuffisance de motivation pour entrer en guerre contre l’Iran. Le secrétaire à la Défense, James Mattis, le seul adulte qui reste dans les groupes de discussions sur la politique étrangère, serait la prochaine cible des renvois.

Comment Adelson fait-il ? L’argent parle, il pèse environ 35 milliards de dollars. Sa fortune provenait de casinos américains et chinois, ce que certains pourraient considérer comme une promotion du vice. Pour acheter et maintenir le soutien des Républicains aux politiques sionistes de droite, il leur a fait don de ce qui représente pour lui de l’argent de poche, à savoir 55 millions de dollars jusqu’à présent cette année pour soutenir les candidats du parti républicain aux élections de mi-mandat. En 2016, il a versé d’importantes sommes à la campagne Trump et à d’autres républicains, en faisant un don de 35 millions de dollars au premier et de 55 millions de dollars à deux des plus grands PAC [fonds de collecte de dons] républicains, le Fonds du Congrès américain et le Fonds du Sénat.

Dans la culture politique corrompue de l’Amérique, un monstre comme Sheldon Adelson peut acheter à la fois une Maison Blanche et un Congrès, au nom d’un gouvernement étranger pour 150 millions de dollars. C’est un investissement raisonnable pour lui compte tenu de son point de vue, car à travers lui, Israël est en mesure de contrôler une part importante de la politique étrangère américaine tout en recevant des milliards de dollars chaque année du Trésor américain. Et pour ceux qui pensent que ce serait différent si les démocrates étaient aux commandes, détrompez-vous. Les Démocrates ont leur propre Adelson. Il s’appelle Haim Saban, c’est un magnat des médias israélo-américain qui a déclaré qu’il était un « un mec qui n’a qu’une préoccupation : Israël ». Il est également le plus grand contributeur individuel du Parti démocrate.

Philip M. Giraldi

Source: Saker Francpphone

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