Les Etats-Unis ont retrouvé leur siège au Conseil des droits de l’homme de l’ONU lors d’un vote incontesté à l’Assemblée générale des Nations Unies le 14 octobre, après que l’Administration de l’ancien président américain Donald Trump a quitté l’organe de 47 membres en 2018 en invoquant le «parti pris chronique» contre Israël.


Par Alfred de Zayas et Adriel Kasonta*

Paru le 18 octobre 2021 sur News.cgtn.com  sous le titre U-S-return-to-Human-Rights-Council-a-mockery-of-its-raison


Avec 168 voix, les Etats-Unis ont rejoint 17 autres pays en s’assurant l’avant-dernière place, devançant seulement l’Erythrée qui s’est retrouvée au bas de la liste avec 144 voix. A titre de comparaison, le Bénin et la Gambie étaient en tête de liste avec 189 et 186 voix, respectivement.

«L’absence de concurrence dans le vote du Conseil des droits de l’homme de cette année ridiculise le mot ‹élection›», a déclaré Louis Charbonneau, directeur de Human Rights Watch à l’ONU. Les Etats-Unis n’ont donc rien d’autre à fêter que le succès de leurs pratiques d’intimidation.

Selon l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, les objectifs de Washington seront de «soutenir les défenseurs des droits de l’homme et de dénoncer les violations et les abus à l’encontre des droits de l’homme» dans des pays comme «l’Afghanistan, le Myanmar, la Chine, l’Ethiopie, la Syrie et le Yémen», tout en s’opposant à «l’attention disproportionnée du Conseil envers Israël».

De tels propos relèvent, bien sûr, de la dissonance cognitive: de la pure propagande.

Si «le pays de la liberté et la patrie des braves» était intéressé par la défense des droits de l’homme, il saluerait Julian Assange, Chelsea Manning, Edward Snowden et d’autres lanceurs d’alerte, qui sont de véritables défenseurs des droits de l’homme ayant pris des risques personnels pour dénoncer les crimes de guerre et défendre les principes démocratiques.

Si les Etats-Unis avaient un quelconque engagement envers les droits de l’homme, ils lèveraient immédiatement les «sanctions tueuses» qui ont paralysé les gouvernements dans leur capacité à combattre la covid-19, des sanctions qui ne visent qu’à obtenir un «changement de régime» dans les pays qui ne se plient pas aux ordres de Washington, des sanctions qui ont tué et continuent de tuer des dizaines de milliers de personnes à Cuba, au Nicaragua, en Syrie et au Venezuela parce qu’elles provoquent directement la pénurie de nourriture et de médicaments, l’indisponibilité des équipements de dialyse, des scanners médicaux, l’effondrement des infrastructures, le chômage, la migration à grande échelle et le désespoir.

L’ordre du jour des Etats-Unis au sein du Conseil ne consiste qu’à promouvoir les priorités de la sécurité nationale américaine qui, selon une étude de Reuters, sont bien plus importantes pour l’administration du président américain Joe Biden que la protection des droits de l’homme elle-même.

Genève. «Le Conseil des droits de l’homme (CDH) est un organe intergouvernemental du système des Nations Unies, composé de 47 Etats qui ont la responsabilité de renforcer la promotion et la protection des droits de l’homme autour du globe. Le Conseil a été créé par l’Assemblée générale de l’ONU, le 15 mars 2006, avec le but principal d’aborder des situations de violations de droits de l’homme et d’émettre des recommandations à leur encontre.» Source: https://www.geneve-int.ch/fr/conseil-des-droits-de-lhomme-cdh-0

La récente reprise de la coopération avec l’institution internationale s’inscrit dans le plan du secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, qui est de rompre avec le retrait caractérisant l’ère Trump, lequel a fait valoir en février qu’il «n’a rien fait pour encourager un changement significatif, mais a plutôt créé un vide de leadership américain, que des pays aux desseins autoritaires ont utilisé à leur avantage.»

Blinken, bien sûr, est un acteur chevronné de la propagande et de la désinformation américaines. C’est un orateur éloquent qui, contrairement à Mike Pompeo, s’efforce réellement de faire passer l’impérialisme américain pour une promotion de la démocratie.

La présence de Washington au sein du Conseil sert d’une part le consensus bipartisan du Congrès américain concernant la minimisation des violations des droits de l’homme commises par Israël à l’encontre des Palestiniens – Israël ayant été accusé de commettre des «crimes d’apartheid et de persécution» par Human Rights Watch en avril. D’autre part elle permet l’instrumentalisation des droits de l’homme contre ses ennemis géopolitiques tels que la Chine en mettant l’accent sur des sujets liés à la région de Taïwan, à la région administrative spéciale de Hong Kong et à la région autonome ouïgoure du Xinjiang.

Le Conseil des droits de l’homme, basé à Genève, a été créé en 2006 pour remplacer une commission précédemment discréditée en raison des mauvais résultats de ses membres en matière de droits de l’homme. Pourtant, le nouveau Conseil est tout aussi politique que la Commission, et le bilan des membres en matière de droits de l’homme est tout aussi médiocre – si ce n’est pire – comme nous l’apprenons grâce à l’Examen périodique universel.

Le siège des Etats-Unis au sein du Conseil entrant en vigueur en 2022, nous verrons si l’organisme résistera à la pression exercée par Washington pour le compromettre au service de ses objectifs de sécurité nationale et s’il restera impartial, en «documentant les atrocités afin de tenir les fautifs pour responsables», comme l’a affirmé le secrétaire Blinken.

Blinken est-il sincère? Le Conseil doit alors tenir les Etats-Unis pour responsables de la discrimination persistante à l’encontre des Afro-Américains et des Américains autochtones presque oubliés, les Sioux, les Cris, les Cherokees et les Seminoles, qui ont été réduits à l’état d’attractions touristiques. La vice-présidente Kamala Harris elle-même a récemment affirmé que son pays devait faire face à un «passé honteux» vis à vis des nations tribales.

Il convient toutefois de rappeler que la Chine et la Russie sont également membres du Conseil des droits de l’homme et qu’elles se sont affirmées davantage au cours des dernières années. Lors de la 48e session du Conseil, qui s’est terminée le 8 octobre, la Chine a parrainé une résolution ferme sur le colonialisme et ses séquelles, adoptée sans votes négatifs, mais avec l’abstention de tous les alliés des Etats-Unis. Cela pourrait indiquer qu’un vent différent est un en train de souffler.

Dans les couloirs du Palais des Nations, on entend dire que les Chinois en ont assez des allégations sans preuves émanant de Washington – que la Chine a réfutées et qui ont été suivies d’une invitation adressée à Michelle Bachelet, haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, à se rendre en Chine.

On s’attend à ce que Mme Bachelet se rende effectivement en Chine, mais elle ne veut pas risquer son éventuel renouvellement de mandat en 2022. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme subit une pression considérable de la part des Etats-Unis et de leurs alliés, et l’on craint qu’une mission en Chine ne finisse par légitimer les mesures antiterroristes adoptées par la Chine au Xinjiang et à Hong Kong.

Le Conseil des droits de l’homme doit renouer avec l’héritage d’Eleanor Roosevelt et se concentrer sur la coopération plutôt que sur la confrontation. L’adhésion des Etats-Unis n’aggravera ni n’améliorera la situation. Ce qu’il faut, c’est de l’honnêteté intellectuelle – et cela a toujours été une denrée rare.

Alfred de Zayas et Adriel Kasonta

* Alfred de Zayas est professeur de droit international, ancien secrétaire du Comité des droits de l’homme de l’ONU et expert indépendant de l’ONU sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable de 2012 à 2018.

Adriel Kasonta est un consultant en risques politiques basé à Londres et un avocat d’origine juive et tanzanienne

Source:https://news.cgtn.com/news/2021-10-18/U-S-return-to-Human-Rights-Council-a-mockery-of-its-raison-d-tre-14s75XDkSoE/index.html

(Traduction Point de vue Suisse)

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