L’actuelle situation géopolitique montre en toute clarté que les médias ont abandonné leur mission initiale, à savoir informer la population intéressée de la manière la plus indépendante et la plus précise possible, au profit d’une «information» unilatérale à des fins de politique de force. Les enquêtes sur place sont souvent supprimées et remplacées par des rapports des agences de presse dominantes notamment AFP, AP, Reuters et DPA – ou alors elles sont détournées à des fins d’information unilatérale par le «parachute journalism». La journaliste allemande Karin Leukefeld, qui travaille depuis de nombreuses années au Proche et au Moyen-Orient – et qui y vit également! –, décrit ici comment les nouvelles technologies de l’information et la pression de l’actualité ont modifié le paysage médiatique – surtout dans un sens négatif.


Exposé de la journaliste indépendante allemande Karin Leukefeld sur le thème «Le rôle des médias dans les conflits armés» lors du colloque «Quels médias pour la paix?» les 15 et 16 octobre 2022 à Soleure.


Par Karin Leukefeld* Allemagne/Syrie

Il n’y a pas si longtemps – disons à l’époque de la Première et de la Seconde Guerre mondiale au XXe siècle – il y avait la radio, les journaux et les lettres. Parfois, il y avait le téléphone et on filmait et photographiait. Dans les nations belligérantes, comme en Allemagne et en France, des films ont été produits pour couvrir le front. Des réseaux de correspondants intégrés aux armées ont été créés sur les différents fronts. Aujourd’hui, on appelle cela le «journalisme embarqué». Ces films étaient projetés dans les cinémas locaux sous le titre «Wochenschau» [journal hebdomadaire]. Les gens s’y réunissaient pour les voir et – nous pouvons le supposer – pour en parler. Il y a donc eu un échange sur ce qui a été vu.

La transmission d’informations en dehors de ces reportages de guerre officiels prenait du temps. Les lettres ou les cartes postales, par exemple, envoyées par les soldats à leurs familles et relatant également la guerre, n’arrivaient parfois même pas à destination. Le matériel cinématographique et photographique devait être transporté jusqu’aux rédactions.

Lors de mes recherches sur l’expulsion des Arméniens de l’Empire ottoman entre 1915 et 1917, je suis tombée sur les récits de l’écrivain allemand Armin T. Wegner, qui était sous-officier dans une mission sanitaire germano-ottomane stationnée en Anatolie orientale, au bord de l’Euphrate. Wegner a été le témoin oculaire de la grande mort. Il a pris des photos en secret et, à son retour, il a parlé des événements dans des conférences en images. Il a clandestinement transporté de Turquie les films de ces photos, cachés dans ses vêtements. La plupart de ces photos dataient de 1916 et il a donné ses conférences en 1919, trois ans plus tard. Le génocide arménien faisait déjà partie de l’histoire.

Ou prenons le théologien allemand Johannes Lepsius, qui avait rédigé en 1916 un «rapport sur la situation du peuple arménien en Turquie» et l’avait envoyé depuis la Turquie au gouvernement et au parlement allemands, au Reichstag. Les députés n’ont jamais pu voir ce rapport, car l’administration militaire allemande l’a interdit et confisqué.

De grands changements ont eu lieu dans les guerres après 1945

La transmission technique des informations s’est accélérée. Les reportages, en particulier sur les guerres, sont devenus un commerce.

Pendant la guerre du Viêt Nam, entre 1962 et 1975, une étude a montré qu’environ 5100 journalistes de 64 pays ont séjourné au Viêt Nam. Pendant l’offensive nord-vietnamienne du Têt, ils étaient environ 600. Lors de la chute de Saigon le 30 avril 1975, ils n’étaient plus qu’une centaine. Les images de la guerre du Viêt Nam ont été diffusées sur les téléviseurs, on a même parlé d’une «guerre de salon».

Toutefois, les images et les rapports sur les actions des troupes américaines – je citerai comme exemple le massacre de My Lai en 1968 – ont provoqué des protestations si massives et pas seulement, mais surtout aux Etats-Unis, que le gouvernement américain a finalement dû retirer ses troupes – qui n’étaient de toute façon pas en mesure d’affronter le Viêt-Cong.

Cependant, une grande partie de ce qui s’est passé dans les guerres de libération nationale en Afrique, en Amérique latine et en Asie n’a pas été rapportée par les médias, pour la plupart contrôlés et orientés par l’Occident. Les informations sur ces événements arrivaient généralement par le biais de groupes de la société civile, de comités de soutien ou d’églises. Et ceux-ci avaient à leur tour leurs propres intérêts qui influençaient l’information.

Après la dissolution de l’Union soviétique (1991) le développement technique a de nouveau fait un bond en avant

Lors de la deuxième guerre du Golfe en 1990/91, une retransmission directe du bombardement de Bagdad a eu lieu sur CNN, sinon la plupart des images de cette guerre ont été produites et contrôlées par l’armée américaine et des agences de relations publiques.

Lors des guerres du Kosovo et de Yougoslavie à la fin des années 1990, des caméras numériques ont été utilisées, dont on pouvait transmettre les images presque instantanément. Mais comme la connexion Internet était encore faible sur le terrain, de nombreux photographes ont continué à travailler avec des films de diapositifs ou de négatifs qu’ils pouvaient faire développer et scanner sur place, puis transmettre les images sous forme de fichier avec une mauvaise connexion Internet. Le transfert de trois photos prenait parfois une nuit.

Les connexions Internet plus rapides n’ont pas tardé. Si ce n’était par un réseau local, c’était par satellite. Avant la guerre en Irak en 2003, les journalistes de la presse écrite à Bagdad travaillaient encore avec un Internet lent – et d’ailleurs contrôlé par l’Irak – pour transmettre leurs reportages. Ou alors on pouvait envoyer le texte à la rédaction par fax ou transmettre le texte par téléphone. Les chaînes de télévision et de radio pouvaient déjà utiliser les antennes paraboliques. Lorsque la guerre a commencé, presque tous les journalistes ont sorti de leur poche leur appareil de transmission numérique par satellite, qui était interdit en Irak. Ils pouvaient désormais transmettre leurs données – photos et reportages – de n’importe où dans le monde.

Actuellement, notamment depuis le début de la «guerre contre le terrorisme» en 2001, la transmission numérique des informations s’est encore accélérée. Des milliers de satellites tournent autour de la terre, les groupes armés dans les zones de guerre sont équipés de technologies numériques, à commencer par les smartphones. Avec ce que l’on a appelé le «printemps arabe» en 2009/10, les messages numériques issus des téléphones portables sont rapidement apparus en grande quantité sur Facebook et Twitter. Aujourd’hui, il y a TikTok et Telegram, entre autres.

Cela a changé le rôle des médias et des informations

Ce qui a d’abord été salué comme une conquête pour la communication mondiale est utilisé et instrumentalisé – à des fins personnelles – non seulement par les journalistes, mais aussi par les acteurs des guerres, y compris par les services secrets. A titre d’exemple, je voudrais simplement mentionner le logiciel d’espionnage Pegasus, développé en Israël. En janvier 2022, on a appris que ce logiciel d’espionnage israélien avait été découvert au Liban sur des centaines de téléphones d’hommes politiques, de journalistes et d’acteurs de la société civile.

Concernant les actualités, cela signifie que les destinataires de messages provenant de zones de guerre et de crise via les dits «médias sociaux» au sein des rédactions ou du public ne peuvent guère comprendre ce qui se passe réellement dans ces régions. Le contexte fait défaut. Les fameuses «questions primordiales» des journalistes sont totalement ou partiellement ignorées et ne sont probablement plus connues du grand nombre de ceux qui diffusent des informations.

Ces «questions primordiales» doivent toujours être posées dans différentes directions, aux différents acteurs d’un conflit:

-qui (a fait quelque chose) – qui n’a pas fait quelque chose?

-qu’est-ce qui (a été fait) – qu’est-ce qui n’a pas été fait? Cela implique également de se demander ce qui s’est passé avant et après.

-où (quelque chose s’est passé) – où se trouvent les acteurs?

-quand (cela s’est passé)? – pour expliquer le développement d’une escalade.

-comment (cela a-t-il été fait) – militairement ou autrement?

-pourquoi (quelque chose a été fait)? – pour expliquer le contexte.

-d’où (provient l’information)? – quelles sont les sources?

Autrefois – et personnellement je fais toujours partie de cette espèce de journalistes –, on se rendait sur le lieu d’un événement, on se documentait avec des photos ou des films, on parlait avec des témoins oculaires, on écrivait – et il y avait plusieurs sources, ne serait-ce que par le temps que tout cela prenait. Cela permettait de recueillir davantage d’impressions, de vérifier les déclarations, de se faire une idée plus précise. Aujourd’hui, tout doit aller vite, car les prochaines informations attendent déjà dans le «pipeline», comme on dit. La rapidité ouvre la voie à la propagande. Mais l’ «actualité» ne rend pas une information ou un rapport plus sérieux, par quoi j’entends honnête, intègre et précis. Pour le sérieux des nouvelles, la rapidité est un inconvénient.

Des «journalistes citoyens» plutôt que «journalistes, photographes et cameramen»

Ces dix dernières années, les journalistes, les photographes et les cameramen ont souvent été remplacés par ce que l’on appelle des «journalistes citoyens». Ceux-ci immortalisent les événements avec leur téléphone portable, prennent des photos, enregistrent éventuellement un bref message audio et c’est parti. Leur identité et leur emplacement restent généralement flous. La raison invoquée est qu’il faut «garantir la sécurité». Depuis la guerre en Irak en 2003, la BBC a par exemple demandé de manière ciblée à des personnes d’envoyer des infos lorsqu’elles se trouvaient dans une certaine zone de combats ou près d’explosions suite à des missiles. Certaines normes ont ainsi été établies et, avec le «printemps arabe», les rédactions de la presse écrite, de la radio et de la télévision ont commencé à reprendre de tels messages et à veiller à leur diffusion. Ainsi, un événement paraît actuel et authentique, mais la vérification est rendue plus difficile et la transparence des informations n’est plus garantie.

Cela est devenu évident pour les journalistes lors de la guerre en Libye et davantage encore lors de la guerre en Syrie. Nous pouvons affirmer avec certitude que les informations sur la guerre en Ukraine qui parviennent aux rédactions et au public ne correspondent pas aux normes journalistiques initiales.

Je voudrais citer un exemple de la Syrie, où je fais des reportages depuis de nombreuses années. Il s’agit d’une prétendue attaque au gaz toxique à Douma, une ville à l’est de Damas. En avril 2018, les Casques blancs – considérés comme une organisation humanitaire et des activistes civils – ont fait état, via les «médias sociaux», de nombreux morts à Douma suite à l’utilisation d’armes chimiques. L’armée syrienne en a été tenue pour responsable. Le gouvernement syrien a rejeté cette affirmation et a demandé une vérification par une équipe d’experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

L’annonce des Casques blancs via les médias sociaux a fait le tour du monde. En Allemagne, elle a fait la une de tous les journaux nationaux. A Washington, Paris et Londres, la nouvelle a été considérée comme vraie, et tant le gouvernement syrien que la Russie, alliée de la Syrie dans la guerre, ont été accusés.

Pour punir la partie syrienne, les trois pays occidentaux avec droit de veto à l’ONU ont lancé une «attaque de représailles» sans décision du Conseil de sécurité de l’ONU, au cours de laquelle plus de 100 missiles ont été tirés en une nuit. Pendant ce temps, l’équipe d’experts de l’OIAC était assise à Beyrouth, car elle avait été interdite de se rendre en Syrie «pour des raisons de sécurité» – en raison des frappes aériennes américano-britanniques et françaises.

Une information diffusée sur les médias sociaux par des «journalistes citoyens» ou des «activistes» a conduit à une attaque aérienne non autorisée par l’ONU. Aucun des trois pays n’avait été attaqué par la Syrie: donc une violation de la Charte de l’ONU. Le rapport de l’équipe de l’OIAC, chargée par le Conseil de sécurité de l’ONU d’enquêter sur ce qui s’était passé à Douma, n’a pas été attendu.

Des mois plus tard, les déclarations de deux scientifiques de l’équipe de l’OIAC à Douma ont été rendues publiques. Tous deux travaillaient depuis des années pour l’organisation. Il en ressortait que leurs recherches sur place ne pouvaient pas confirmer une attaque aérienne au gaz toxique. Leur rapport a été remplacé par un autre rapport de l’OIAC. Les deux scientifiques ont été accusés de mensonge et de corruption. Les journalistes qui ont participé à une réunion avec l’un des deux scientifiques de l’OIAC et qui ont rapporté ses conclusions ont été diffamés – par d’autres journalistes – et accusés de propagande russe. Jusqu’à aujourd’hui.

L’autre perspective

En tant que journaliste, je travaille depuis plus de 20 ans dans des zones de guerre et de crise de ce que l’on appelle le «Proche» et le Moyen-Orient. C’est un terme politique. Durant cette période, de nouvelles chaînes de télévision d’envergure mondiale ont vu le jour, comme Al Jazeera, Al Arabia, Russia Today, TeleSur, CCTV de Chine ou Al Mayadeen du Liban. Elles se distinguaient par leur perspective sur les événements des chaînes à dominante occidentale comme la BBC, CNN, ABC ou des chaînes européennes plus petites comme France 24 ou Deutsche Welle. Que ce soit sur ces chaînes de télévision ou dans la presse écrite arabe, l’autre perspective était et reste aujourd’hui encore importante pour mon travail.

Vivre en arrière-plan des gros titres

Vivre en arrière-plan des gros titres est la devise de mes reportages. Comment les gens vivent-ils et comment veulent-ils vivre? Quel est l’impact de la guerre et des sanctions, des interventions et de la mise sous tutelle sur leur vie et sur leur quotidien?

J’ai commencé par couvrir la Turquie, puis l’Irak, où j’ai travaillé de 2001 à 2005. Lorsque la situation en Irak est devenue trop dangereuse, j’ai suivi les réfugiés irakiens à Damas en 2005, où j’ai obtenu une accréditation en 2010.

Depuis, je couvre les pays de la région depuis cette ville. J’avais choisi Damas à l’origine parce que la Syrie était calme, en bon développement et que je pouvais facilement atteindre tous les pays de la région à partir de là. Ce n’est plus le cas depuis 2011, la route vers Damas et les pays de la région est devenue difficile.

La raison en est la guerre; les frontières sont fermées. La raison en sont également les mesures punitives économiques imposées unilatéralement par l’UE, qui interdisent les vols à destination et en provenance de Damas.

Je voulais construire des ponts avec mes reportages, contribuer à la compréhension entre des personnes de cultures et de systèmes politiques différents. Mais je suis devenue une correspondante de guerre. Aujourd’hui, je vois beaucoup plus clairement qu’à l’époque comment la «guerre contre la terreur» et la lutte des Etats-Unis pour s’imposer comme «seule», comme «puissance mondiale indispensable» contre d’autres Etats, ont changé mon travail.

La «guerre contre le terrorisme» s’infiltre dans tous les domaines de la vie sociale

La «guerre contre le terrorisme» a engendré de nouvelles guerres et de nouveaux acteurs militaires – par exemple aussi des entreprises de sécurité privées comme Black Water ou le groupe Wagner. La «guerre contre le terrorisme» a transformé les champs de blé en champs de bataille, m’a dit quelqu’un au Liban.

Des régions fertiles entre l’Euphrate et le Tigre ont été dévastées. La «guerre contre le terrorisme» a détruit les moyens de subsistance de millions de personnes et les a transformées en réfugiés. La «guerre contre le terrorisme» a manipulé et instrumentalisé les gouvernements, les entreprises, les médias, les organisations humanitaires, la culture, l’éducation et la justice – cette guerre a tout simplement infiltré tous les domaines de la vie sociale.

Et cette guerre a engendré de la résistance, comme nous pouvons le voir au Proche- et au Moyen-Orient, mais aussi sur le continent africain ou dans les pays d’Amérique du Sud et d’Amérique latine. Il y a des personnes, des groupes, des gouvernements, des forces militaires qui défendent leur pays et leur région. De grandes puissances comme la Chine, la Russie et les pays émergents s’opposent aux Etats-Unis et à l’OTAN. Et partout, il y a aussi des conflits nationaux, locaux et sociaux qui rendent la guerre internationale «contre le terrorisme» et la résistance à celle-ci encore plus complexes.

Il est difficile de présenter cette évolution dans des reportages et des rapports, dans des conférences ou même à l’aide de photos. D’autant plus que les médias – comme décrit précédemment – s’orientent de moins en moins sur le travail médiatique initial d’information et d’explication. Cela concerne en particulier les reportages à l’étranger et surtout les reportages sur les zones de guerre et de crise.

Les reportages – y compris ceux des agences de presse – sont de plus en plus souvent générés à l’aide d’«intelligence artificielle». Les différents points de vue qui existent naturellement ne sont pratiquement plus présentés – et pas seulement en cas de conflit.

Les articles se réfèrent à des dépêches d’agences telles que l’AFP, l’AP, Reuters, DPA – qui ont toutes leur siège dans des capitales occidentales. Les médias d’autres parties du monde sont à peine perçus et, lorsqu’ils le sont – comme ceux de Russie ou de Chine – ils sont présentés comme «dirigés». Ou alors, ils sont même interdits.

Ne pas se laisser intimider

Nous vivons une époque dangereuse. Les voix en faveur du dialogue et de la paix sont diffamées. Le droit international est bafoué et se dégrade. Au lieu de dénoncer l’injustice, l’hypocrisie et le mensonge et de donner la parole à toutes les parties pour que le public puisse se faire une idée et comprendre ce qui se passe, les médias préparent des crises politiques et poussent à l’escalade, qu’ils accompagnent ensuite comme les tambours de guerre et les trompettes des armées d’antan. Nous en faisons l’expérience extrême en Allemagne depuis l’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement à Berlin fin 2021.

Les reportages font actuellement partie – et je me réfère ici à un officier de l’armée autrichienne – d’une coulisse de menace hybride. C’est ce que les militaires appellent une «guerre sans combat». Une guerre qui vise à affaiblir et à déstabiliser un adversaire politique.

Le théâtre, c’est avant tout Internet. La cible, c’est la tête. Et à tout moment, la «menace hybride» peut être poursuivie par des moyens militaires – sous forme de guerre.

Les acteurs et en même temps les cibles de la «menace hybride» sont les médias, les journalistes, les diplomates et les politiques. Les acteurs sont certains groupements au sein de la population de l’autre Etat – l’officier autrichien parle de «violence populaire» – qui sont soutenus de différentes manières, jusqu’à l’armement, afin d’attiser des troubles dans le pays adverse.

Parallèlement, dans le pays en guerre, les groupes sociaux qui ne se laissent pas intégrer deviennent la cible de la criminalisation ou de l’exclusion. En Allemagne, ce phénomène est bien visible. Les protestations contre les mesures covid ou les protestations actuelles contre la politique gouvernementale qui s’oppose à la Russie et arme l’Ukraine sont stigmatisées comme étant l’œuvre de «dissidents» ou d’«extrémistes de droite».

Je suis rapporteuse et, en tant que journaliste indépendante, je me suis fixée des règles pour pouvoir poursuivre mon travail de correspondante dans les zones de guerre et de crise du Proche- et du Moyen-Orient dans un tel contexte. Lire, communiquer, poser des questions, écouter, interroger, regarder et toujours tout vérifier, aussi bien que possible. Et ensuite présenter mon reportage.

La règle d’or est toujours la même: ne pas se laisser intimider.

Karin Leukefeld a fait des études d’ethnologie ainsi que des sciences islamiques et politiques et a accompli une formation de libraire. Elle a travaillé dans le domaine de l’organisation et des relations publiques, notamment pour l’Association fédérale des initiatives citoyennes pour l’environnement (BBU), pour les Verts allemands (parti fédéral) et pour le Centre d’information sur le Salvador. Elle a également été collaboratrice personnelle d’un député du PDS au Bundestag (politique étrangère et aide humanitaire). Depuis 2000, elle travaille comme correspondante indépendante au Moyen-Orient pour différents médias allemands et suisses. Elle est également auteur de plusieurs livres sur son vécu dans les zones de guerre du Proche et du Moyen-Orient.

(Traduction «Point de vue Suisse»)

Source: Le rôle des médias dans les conflits armés

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