Par Robert Bridge, RT

Publié le  27 Oct, 2018 sous le titre Republicans & Democrats may bark and bite, but the migrant caravan moves on

Traduction : Dominique Muselet

A la veille des élections de mi-mandat, des milliers de migrants affluent vers les Etats-Unis à travers le Mexique. La crise s’est transformée en une sorte de partie de foot avec un ballon insaisissable dans un stade appelé Washington.

Pour ceux d’entre nous qui vivons une vie confortable et facile, agrémentée de cappuccinos matinaux et de cocktails vespéraux, il est difficile d’imaginer un niveau de privation économique assez grand pour se décider à faire ses bagages et à parcourir des milliers de kilomètres à la recherche d’un semblant de bonheur.

Pourtant, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui : environ 10 000 migrants frappés par la pauvreté, en majorité originaires du Honduras, se sont lancés dans une odyssée moderne dans l’espoir d’atteindre la « Terre promise », où il n’y a qu’à se pencher pour ramasser de l’or, et à lever le bras pour cueillir de la barbe à papa sur les arbres. Mais ce qui rend cette marche particulièrement extraordinaire, c’est qu’elle se déroule à un moment crucial de la politique américaine.

Obsédés par les prochaines élections de mi-mandat, les Démocrates et les Républicains se battent pour le ballon et font monter la pression pour gagner quelques points dans les sondages avant le 6 novembre. On assiste à des manœuvres politiques où les deux partis vont parfois jusqu’à faire volte-face sur leurs programme ou déformer l’information.

En fait, de nombreux Américains seraient probablement surpris d’apprendre que sous la direction de Barack Obama, les Démocrates – qui ont comparé Trump à Hitler parce ce qu’il voulait construire un mur à la frontière mexicaine – avaient déporté jusqu’à 2,5 millions de sans papiers des Etats-Unis (chiffres de 2015). Ils ne seraient pas moins surpris d’apprendre que, sous le mandat du prédécesseur républicain d’Obama, George W. Bush, les républicains n’avaient déporté que 2 millions de sans papiers.

Et puis il y a eu Hillary Clinton. Lors de la campagne électorale de 2007, elle a déclaré lors d’un rassemblement que « le gouvernement fédéral est censé établir la politique d’immigration ». Ce commentaire aurait dû renvoyer à une note de bas de page précisant : ‘A moins que vous ne soyez Donald Trump’. En d’autres termes, dans ce jeu politique brutal, les poteaux des buts se déplacent continuellement,en fonction du vent.

Le parti républicain, quant à lui, prend aussi des faux départs. En effet, beaucoup de Républicains pensent que le timing de cette arrivée massive de gens n’est pas une simple coïncidence, et ils échafaudent des théories du complot risquées pour l’expliquer.

La semaine dernière, par exemple, le député républicain Matt Gaetz a tweeté une vidéo qui montre une longue queue de femmes, avec souvent des enfants dans les bras qui reçoivent de l’argent de deux jeunes gens. Gaetz pensait que la vidéo avait été réalisée au Honduras, mais en fait, les migrants se trouvaient au Guatemala en route vers le Mexique. Bien qu’il se soit trompé d’endroit – ce qu’il a reconnu plus tard – la vidéo a soulevé beaucoup plus de questions que de réponses. Gaetz n’a pas pu résister à l’envie de mentionner le nom du milliardaire George Soros, le cauchemar de la droite, qui finance une longue liste de groupes politiques et civiques.

L’un des groupes qui a bénéficié du soutien financier de Soros est l’ONG Skylight, qui accompagne la caravane des migrants officiellement pour la filmer. En 2016, le groupe a reçu une contribution d’un million de dollars de la Foundation to Promote Open Society (déclaration d’impôt 2016, page 287,’Skylight Engagement Inc’). Bien que cela ne prouve pas nécessairement qu’il se passe quelque chose d’anormal, la présence de Skylight dans la caravane a fait sourciller quelques républicains.

L’Open Society nie toute implication dans l’assistance aux migrants en voyage.

Il s’agit d’une entreprise monumentale, et la marche a déjà de lourdes conséquences. Les autorités mexicaines affirment que 1 740 migrants ont demandé l’asile et que « des centaines d’autres ont accepté des billets de pour rentrer au Honduras« , selon AP.

Quoi qu’il en soit, Trump exhorte le Mexique à stopper la marche des migrants avant la frontière américaine. La gêne du dirigeant américain devant la situation est compréhensible. Si même une fraction des migrants atteignait la frontière américaine avant les élections, cela mettrait les républicains dans une situation délicate.

Si la Garde nationale américaine, par exemple, était obligée de repousser les femmes et les enfants migrants (qui seront certainement mis à l’avant de la marche pour frapper l’opinion), cela pourrait se révéler désastreux pour les républicains. Ces images poignantes rappelleraient la politique d’immigration « tolérance zéro » avortée de Trump, qui séparait les enfants de leurs parents à la frontière, et les accusations –mensongères – de « racisme » contre Trump pour avoir voulu construire un mur à la frontière mexicaine.

D’un autre côté, l’image de milliers de migrants prenant d’assaut la frontière américaine pourrait arracher les républicains à leur canapé et les pousser vers les urnes en nombre record. En même temps, d’autres partisans de Trump se demanderont, une fois de plus, pourquoi le mur que Trump a promis de construire n’a pas encore pris forme.

Tout cela pourrait en fin de compte profiter aux républicains, dans la mesure où les démocrates se sont vigoureusement opposés à la plupart des projets républicains à ce jour, en particulier au mur frontalier.

Ironiquement, cependant, si les démocrates l’avaient construit, ce simple mur, pendant les deux mandats présidentiels de Barack Obama, Trump, qui a fondé sa campagne sur la promesse de protéger la frontière américaine, n’aurait très probablement jamais eu le mot d’ordre qu’il lui fallait pour devenir président.

À ce stade, je voudrais dire qu’en tant qu’Américain, il est difficile de comprendre pourquoi la question d’une frontière solide est devenue un tel enjeu politique. Les États-Unis ont un système de naturalisation très équitable, et les demandeurs d’asile bénéficient de toutes les protections prévues par la loi. La seule chose qu’on exige des migrants est qu’ils suivent les procédures légales d’entrée, et si cela semble radical ou xénophobe, comme de nombreux libéraux semblent le croire aujourd’hui, alors la majorité des pays du monde devraient être classés comme racistes. D’une manière ou d’une autre, les États-Unis sont passés d’un pays ethniquement diversifié, composé d’immigrants respectueux des lois, à une nation qui pense qu’il est acceptable d’accepter comme futurs citoyens des clandestins qui enfreignent la loi.

Dans le passé, avant l’ère de la bien-pensance, des guerriers de la justice sociale et de la démence informatique, un groupe de sans-papiers prenant d’assaut la frontière américaine aurait été traité de la manière appropriée sans que cela pose problème. Aujourd’hui, cependant, de nombreux gouvernements occidentaux ont été infectés par le credo mondialiste, à la Merkel, qui affirme qu’il est du devoir des démocraties occidentales de laisser les migrants opprimés entrer dans leur pays en masse et sans entraves. Les migrants sont dépeints comme des héros dans les médias occidentaux, tandis que les gens qui veulent défendre leurs frontières sont traités de grossiers xénophobes.

Dans le cas de l’Union européenne, les pays qui luttent contre le concept de frontières ouvertes, comme la Hongrie, par exemple, sont traités comme des États parias et font même l’objet de mesures disciplinaires sévères. La situation est si grave et suscite tant d’émotions contraires que la question des frontières divise l’Occident en deux camps – les nationalistes d’un côté et les mondialistes de l’autre.

Quand on examine la situation de plus près, on se rend compte que les libéraux qui veulent accepter les migrants à bras ouverts dégoulinent d’hypocrisie – et de sang. Après tout, si les démocrates (et les républicains) voulaient vraiment résoudre le problème de la migration de masse, ils descendraient dans la rue pour exiger que leurs gouvernements cessent de faire la guerre aux États souverains. Les agressions militaires, voilà la véritable raison pour laquelle tant de gens fuient leur maison pour partir à la recherche d’une nouvelle vie.

Même le minuscule Honduras a subi de telles violences. Les démocrates devraient le savoir étant donné que l’ancien président Barack Obama et sa secrétaire d’État Hillary Clinton n’ont rien fait pour empêcher le coup d’État militaire de 2009 au Honduras. En portant au pouvoir un dictateur d’extrême droite, Pepe Lobo Sosa, il est certainement en grande partie responsable de la caravane qui monte maintenant vers la frontière américaine.

Bref, si l’Occident cessait tout simplement de semer la guerre et le chaos dans le monde, par cupidité et volonté hégémonique, il n’y aurait pas besoin de renforcer les frontières, et les innocents qui se trouvent actuellement dans la ligne de feu des armées de l’OTAN pourraient vivre tranquillement et se construire une vie prospère et agréable dans leur propre pays.

Robert Bridge

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