“Les Juifs […] étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur.” Conférence de presse du président de la République, 27.11.67


Le conflit israélo-palestinien connaît un épisode particulièrement sanglant depuis l’attaque perpétrée par le Hamas en territoire israélien. Ce qui est frappant, c’est qu’à chaque poussée de fièvre, et des milliers de victimes les dirigeants occidentaux rappellent la nécessité de négocier la paix et évoquent la solution des deux États. Alors qu’ils savent pertinemment que ce sont des vœux pieux et que cette solution est de toute évidence irréalisable aujourd’hui(1). Et surtout qu’ils n’ont aucune volonté de la mettre en œuvre. Tous les conflits dans le monde ont été résolus tôt ou tard, sauf celui-ci qui perdure depuis 1948 !

A l’exception, à son époque, du Général de Gaulle(2), tous les dirigeants du bloc occidental sont obligés de respecter les directives des États-Unis et de s’aligner sur leurs positions. Et les dirigeants américains eux-mêmes sont obligés de professer un soutien sans faille à l’État d’Israël. Beaucoup d’élus politiques ont compris qu’il valait mieux s’abstenir de critiquer un tant soi-peu Israël. Un homme politique comme Manuel Valls, à ses débuts sympathisant de la cause palestinienne, a retourné complètement sa veste, en s’affirmant désormais comme un soutien éternel à Israël(3) ! Toute critique est devenue impossible, comme l’écrit Pascal Boniface dans son livre ”Est-il permis de critiquer Israël ?”publié en 2003. La situation ne s’est pas améliorée depuis !

Rappelons que, même, la déclaration mesurée du secrétaire de l’ONU, Antonio Guterres, dénonçant mardi 26 octobre 2023 les “violations claires” du droit humanitaire à Gaza et réclamant un “cessez-le-feu humanitaire immédiat”, devant un Conseil de sécurité divisé au 18e jour de la guerre entre Israël et le Hamas, ont provoqué la colère d’Israël, l’accusant à demi-mot de ”comprendre” l’attaque sanglante du Hamas du 7 octobre 2023(4).

Le rappel d’un épisode du conflit israélo-palestinien, bien oublié aujourd’hui, explique bien des choses.

La nuit du 12 au 13 octobre 1953, à Yehoud en banlieue de Tel-Aviv, une Israélienne, Kanias, et deux de ses enfants, Reuven et Shoshana âgés de douze mois et trois ans, sont tués dans un attentat à la grenade. Les traces mènent à la frontière avec la Jordanie qui autorise les forces israéliennes à continuer la poursuite des meurtriers sur son territoire mais ces derniers ne sont pas rattrapés. La Jordanie demande néanmoins aux Israéliens de ne pas prendre de mesures de représailles mais de lui laisser poursuivre l’enquête.

Le massacre de Qibya, également connu sous le nom d’Opération Shoshana (nom donné en mémoire d’une des victimes juives de l’attentat ayant justifié l’opération), est une action de représailles menée par l’Unité 101 de l’armée israélienne contre le village cisjordanien de Qibya dans la nuit du 14 au 15 octobre 1953 et qui fit 70 victimes parmi les habitants du village, dont au moins 60 victimes civiles(5). À l’époque, l’opération est unanimement réprouvée dans le monde et fait l’objet d’une condamnation du Conseil de sécurité des Nations unies. Le gouvernement américain décida de ” réprimander ” sévèrement son protégé. Le département d’État annonça même, le 20 octobre 1953, l’interruption d’une subvention à Israël. Le Président Eisenhower s’estimait assez fort pour imposer des sanctions financières. Il avait tort. Une énorme pression s’exerça sur lui et le 28 octobre, il capitula. Une déclaration officielle annonça qu’Israël recevrait la somme promise, soit soixante millions de dollars. Après cette humiliation, jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement américain ne s’aventura plus jamais ”à réprimander son protégé”(6).

Comment est-il possible qu’Israël puisse exercer une telle influence sur les dirigeants d’une puissance mondiale ? Au détriment souvent des propres intérêts stratégiques des États-Unis, comme le démontrent John J.Mearsheimer et Stephen M.Walt(7) dans leur livre de référence : ”Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine” .Leur livre, abondamment documenté, apporte des éléments de réponse.

Il convient de souligner que l’État d’Israël ne représente pas tous les membres de la communauté juive du monde. Beaucoup de juifs dans le monde manifestent avec courage contre la politique d’Israël avec ce simple slogan «  Pas en mon nom ». Pour preuve, un sit-in massif a été organisé le 27 octobre 2023, à la gare de New York, par le groupe Jewish Voice for Peace-New-York City. Plusieurs milliers de participants ont bloqué le hall principal de la gare(8). Des rabbins ont annoncé l’événement en allumant des bougies de shabbat et en récitant le kaddish, la prière juive pour les morts. «Le shabbat est généralement un jour de repos, mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous reposer pendant qu’un génocide se déroule en notre nom», a déclaré la rabbine May Ye dans un communiqué publié par les organisateurs, en ajoutant : «Les vies des Palestiniens et des Israéliens sont étroitement liées, et la sécurité ne peut venir que de la justice, de l’égalité et de la liberté ».

Un exemple à suivre par les dirigeants des églises chrétiennes bien silencieux sur la guerre à Gaza et sur le conflit israélo-palestinien en général.  Aucune voix forte venant du Pape ou des dignitaires ecclésiastiques de toute confession ne s’est fait entendre. C’est regrettable.

Marc Jean, 2 Novembre 2023

(1) Il n’y aura pas d’Etat Palestinien

(2) De Gaulle et les juifs en 1967 – YouTube

(3)https://www.youtube.com/watch?v=sBfs2ZunARA

4)Le chef de l’ONU condamne des “violations” à Gaza, provoquant la colère d’Israël

(5) Massacre de Qibya

(6) Cité dans REED Douglas, La controverse de Sion, p.658-660

(7) Le lobby israélien

La domination du lobby pro-israélien sur le Congrès des Etats-Unis

Comment Chomsky a occulté l’influence du lobby pro-israélien sur la politique des États-Unis

Briser le silence sur le lobby israélien

LE LOBBY – USA: la guerre secrète [Vidéos 4/4]

((8)Rtenfrance.tv