Les « Gilets Jaunes » : un retour de flamme de guerre hybride, pas des « agents russes »

Les « Gilets Jaunes » ont spontanément fait usage des tactiques de réseaux sociaux les plus couramment associées à la pratique de la guerre hybride : il s’agit d’une preuve directe que cette technologie de pointe en matière de changement de régime a fini par se retourner, et commence à saper la stabilité politique des états occidentaux.

Quand la réalité rattrape la fiction

La plaisanterie courait depuis déjà quelques semaines dans la communauté des médias alternatifs : on se racontait que l’establishment français allait finir par accuser la Russie d’être à l’origine des manifestations des « Gilets Jaunes », et v’là-t’y pas que c’est exactement ce que le ministre des affaires étrangères a impliqué ce dimanche [9 décembre 2018, NdT], en déclarant que le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) ouvrait une enquête sur des rapports en provenance des médias britanniques, selon lesquels la Russie jouerait un rôle obscur derrière les événements. Moscou a véhémentement nié ces accusations, qui ne sont basées sur rien d’autre que l’observation que des profils supposément russophiles sur les réseaux sociaux suivent les derniers développements en cours à Paris. La Russie a qualifié les accusations en question de « pure calomnie » et a répété que la Russie ne s’ingérait dans les affaires intérieures d’aucun autre pays. Mais le simple fait que l’establishment français se soit jeté à pied joints dans le ridicule illustre à quel point ils sont désespérés d’essayer de rejeter les causes des « Gilets Jaunes » vers une déstabilisation extérieure, au lieu d’accepter les origines authentiquement populaires du mouvement.

Mise en lumière de la guerre hybride

Et l’establishment français n’est peut-être pas encore sorti de son état d’incrédulité et de paralysie stratégique, à l’issue de ce que l’on pourrait objectivement décrire comme les menaces de guerre hybride dans les rues de la capitale. Il n’est pas question ici d’émettre un jugement de valeur ou même un commentaire politique quelconque sur les « Gilets Jaunes », mais d’attirer simplement l’attention du lecteur sur les tactiques qui sont mises en œuvre par le mouvement. La théorie de la guerre hybride, énoncée par l’auteur du présent article, énonce que les réseaux sociaux jouent un rôle disproportionné dans l’organisation de manifestations géantes comme celles dans lesquelles les « Gilets Jaunes » se sont illustrés à Paris. La nature volontairement décentralisée du mouvement socio-politique le rend très difficile à contrer pour les autorités, car il n’existe pas de dirigeants du mouvement dont elles pourraient se saisir en espérant y mettre un coup d’arrêt. L’appareil d’état, au contraire, se trouve acculé en position défensive, de par la nature même de la menace rebelle à laquelle il fait face : cela le rend incapable d’y répondre de manière efficace, et pousse le régime en place à tomber dans le piège de la réaction excessive.

À pieds joints dans le piège

Et c’est exactement ce qui s’est passé en France, l’état ayant fait un usage excessif de la force en espérant « faire un exemple » et intimider la population, d’où le déploiement incroyable de 89000 policiers dans le pays comme « mesure préventive »le week-end des 8 et 9 décembre, et comme en témoigne les mesures fortes employées en réponse aux émeutes. Les médias traditionnels occidentaux auraient décrit ces décisions comme « au seuil de la guerre civile », si un quelconque gouvernement proche de la Chine dans le « grand sud » avait fait la même chose, mais ont soigneusement omis ce type de description dès lors qu’il s’agissait de la France, par crainte de voir des phénomènes similaires surgir un de ces jours de leurs propres populations. Il faut dire en toute franchise que, comme dans toute guerre hybride, certains des enregistrements vidéos publiés par des activistes sur le terrain peuvent avoir été sortis de leur contexte, déformés, et sur-amplifiés au service d’un calendrier ; mais cela n’est qu’une preuve supplémentaire qu’une guerre hybride est bien à l’œuvre.

L’arroseur arrosé

Il peut apparaître étrange de s’imaginer des occidentaux lançant des guerres hybrides contre leur propre gouvernement, alors que ce terme est habituellement employé pour les peuples du « grand sud » qui s’en prennent à leurs propres autorités, mais l’auteur avait déjà prédit ce phénomène dans un article d’avril 2016, sous le titre « la technologie des révolutions de couleur ne fonctionne pas en noir et blanc« , décrivant en quoi cette technologie de pointe de changement de régime pourrait un jour se retourner contre l’occident. Après tout, on trouve de nos jours pléthores de documentations sur internet permettant d’organiser des révolutions de couleur et d’autres campagnes de déstabilisations domestiques, en particulier dans les travaux de Gene Sharp, qui ont été traduits dans des dizaines de langues : il n’est donc pas surprenant du tout de voir des activistes en occidentaux s’en emparer contre leurs propres gouvernements au lieu d’aller faire le « prosélytisme » de ces techniques à l’étranger dans le « grand sud ». Quoique quelques unes des technologies de révolution de couleur puissent être employées pour renforcer un gouvernement victime de guerre hybride, la variante la plus communément usitée provoque leur affaiblissement.

La guerre hybride revient à la maison

L’échelle et la portée des manifestations des « Gilets Jaunes » a pris l’establishment français complètement par surprise : l’état a évidemment surestimé l’efficacité des opérations d’endoctrinement auxquelles il avait jusque là exposé son peuple. Tout indique que le gouvernement français estimait que ses techniques de gestion de la perception suffisaient à convaincre la population d’accepter le déclin de son niveau de vie, et le destin peu enviable que les élites lui réservaient ; c’est pour cela qu’ils ont été totalement pris de stupeur à la vue des manifestations, qui ont secoué la nation toute entière au cours du mois qui vient de s’écouler. La seule explication « politiquement correcte » qui leur est venue à l’esprit a été que la « propagande russe » avait été mise en œuvre face à leurs opérations, et que la révolte qui s’emparait de la nation était d’une manière ou d’une autre orchestrée depuis Moscou ; ils refusaient par là d’endosser leurs propres échecs et leur propre responsabilité pour les événements en cours. Il est tellement plus simple d’invoquer une théorie complotiste de guerre hybride internationale que d’accepter que les nombreuses guerres hybrides internationales menées par l’occident ont bel et bien fini par revenir à la maison.

Andrew Korybko

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Article original: Eurasia Fututre

Source: Soverain


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France : l’incroyable président qui rétrécit

Par Guillaume Durocher

Article original publié le 8 novembre 2018 sur Unz Review

Traduction: Versouvaton

La popularité de Macron s’effondre alors que le ministre de l’Intérieur prévoit une guerre civile

Je l’ai déjà dit et je le répète : Emmanuel Macron, l’actuel président de la République française, est un mec bizarre. Aujourd’hui, après seulement 18 mois au pouvoir, il est aussi un type très impopulaire. Les médias français ont beaucoup insisté sur le fait que le premier ministre de Macron, Édouard Philippe, est légèrement plus populaire que le président dans certains sondages. Mais en réalité, nous assistons à un effondrement parallèle presque parfait de la popularité des deux personnalités…

Que les présidents français soient impopulaires n’a rien de nouveau. Cependant, il y a une tendance séculaire à ce qu’ils deviennent impopulaires de plus en plus
rapidement après leur entrée en fonction. Il est vrai que Macron n’est pas aussi impopulaire après 18 mois que François Hollande, malheureux et mou, qui n’a pu tenir pratiquement aucune de ses promesses économiques socialistes. Cependant, Macron s’est effondré en popularité plus rapidement que Nicolas Sarkozy, qui était un président à mandat unique.

Macron, anglophone, a dit qu’il voulait faire de la France une « start-up nation ». Une ambition audacieuse, mais il ne faut pas oublier que 90% des start-ups font faillite.

Personnellement, je ne comprends pas l’électorat français sur ces questions. Macron, en particulier, n’a rien promis d’autre que de mettre davantage en œuvre les mêmes politiques, mais avec plus de jeunesse et de vigueur, en tant que mondialiste assumé. Qui, exactement, était excité par son élection, mais qui est déçu maintenant ? Les gens qui ont une courte durée d’attention ou qui sont sensibles aux astuces du marketing, je présume.

Il est difficile de parler des médias français sans être un peu conspirationniste, du moins, je parle de « conspirations structurelles ». Le mondialisme « modernisateur » de Macron, sans complaisance, correspond certainement à l’identité des élites des entreprises de presse françaises et aux 20% de l’électorat, disons, le talentueux cinquième de l’électorat. Il a réussi à briser l’ancien système bipartite français, en anéantissant le parti socialiste et en mettant les conservateurs à l’écart. Les médias l’ont certainement aidé, le préférant soit au conservateur François Fillon, soit à la « nationaliste civique » Marine Le Pen.

Cependant, les médias ont, dans une certaine mesure, tourné le dos à Macron, peut-être parce qu’il croit que ses « pensées complexes » ne peuvent pas être comprises par les journalistes aux capacités cognitives certes limitées. Allumez la radio française et vous entendrez des histoires sur la façon dont la soi-disant « jeunesse avec Macron », les gens dans la vingtaine et la trentaine qui ont été invités à toutes les émissions juste avant que Macron ne devienne un candidat important, étaient en fait d’anciens valets du parti socialiste sans racines populaires. Astroturfing, j’aurais pu te le dire.

Macron a fait un certain nombre de ce que les médias appellent des « gaffes ». Lorsqu’une vieille dame s’est inquiétée de l’avenir de sa pension, il a répondu : « Vous n’avez pas le droit de vous plaindre ». Il a aussi fait beaucoup de choses qui dégoûteraient quiconque a un peu de sens du décorum. Macron, âgé de 40 ans, qui a une femme de 65 ans et affirme ne pas être homosexuel, adore être photographié avec des corps noirs en sueur.

 

21 juin 2018 : l’Élysée, le Palais de l’Élysée, se transforme en discothèque africaine gay pour un jour, avec la bénédiction présidentielle. Le Palais fut initialement construit en 1721 pour le commandant militaire Louis Henry de La Tour d’Auvergne. Une profanation.

Voir la vidéo:

 

Bien que Macron aime les corps noirs, il dit des choses sensées. Il a un peu de réalisme. Macron a dit que l’instabilité politique africaine, la pauvreté et l’émigration vers l’Europe ne seront jamais contrôlées si les femmes africaines n’ont pas moins d’enfants : « Quand les pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider de dépenser des milliards d’euros, mais vous ne stabiliserez rien ». Macron a fait ces commentaires à maintes reprises, montrant que, comme Bill Gates, il comprend qu’une planète noire avec 4 milliards d’Africains (selon les projections actuelles de l’ONU pour le siècle en cours) sera un gros, gros problème. Macron est audacieux à cet égard : même Viktor Orbán n’est pas allé jusqu’à dire aux Noirs comment ils devraient se reproduire.

Dans un autre « lapsus », Macron a récemment déclaré que tous les maréchaux français de la Première Guerre mondiale seraient célébrés lors des prochaines commémorations du centenaire de ce grand et terrible conflit. Y compris, dit-il, le maréchal Philippe Pétain car malgré ses « choix terribles » pendant la Seconde Guerre mondiale, il avait été « un grand soldat » lors de la Première Guerre mondiale. C’est objectivement vrai, bien que Macron ait été contraint de faire marche arrière face au « tollé médiatique ».

Macron aurait dû le savoir. Il s’était déjà attiré des ennuis lors d’une visite officielle en Algérie pour avoir déclaré que la France y avait commis des« crimes contre l’humanité » à l’époque du colonialisme. Comme l’a souligné sa porte-parole Laurence Haïm, le problème n’était pas l’offense que cela causait aux nationalistes français, mais à la communauté juive.

Ce qui pose problème, c’est le terme « crime contre l’humanité ». Il y a un monopole… Je pense que c’est une question de génération. Quoi qu’il en soit, l’expression « crime contre l’humanité » pose un problème qui, pour beaucoup de membres de la communauté juive, ne peut être utilisé que par rapport à la Shoah.

À l’arrière-plan, on entend l’un des assistants de Macron s’interposer utilement : « C’est un copyright ».

Alors il y a ça. Mais, sur le plan politique, je ne peux pas dire que les gens qui ont appuyé Macron ont le droit de se plaindre. Il fait ce qu’il a promis, c’est-à-dire qu’il va droit au but sur la voie mondialiste avec un peu plus de franchise et, il l’espère, de compétence que ses prédécesseurs socialistes ou conservateurs.

En vérité, il n’y a pas de solutions. Il ne peut rien faire pour rendre plus efficace l’Union européenne élitiste et enclavée, rien faire pour améliorer le « capital humain » des banlieues afro-islamiques, rien faire pour améliorer l’économie d’une manière que le peuple français trouverait acceptable. Un peu plus de flexibilité de la main-d’œuvre ici, un peu d’allègement fiscal là, oh attendez, le déficit est trop important, une hausse d’impôt dans un autre domaine aussi, alors. Six pour un, une demi-douzaine dans l’autre. Oh, et ils ont aussi adopté d’autres lois sur la censure pour lutter contre les « fausses nouvelles » et l’« ingérence électorale » et d’autres excuses pathétiques que la classe politico-médiatique à travers l’Occident a trouvé pour leur perte de contrôle sur la Narrative.

Depuis que la Banque centrale européenne a imprimé des centaines de milliards d’euros de prêts pour stimuler l’économie de la zone euro, les performances économiques de la France ont été nettement médiocres, avec une faible croissance, un chômage en baisse lente et aucune réduction de la dette (actuellement à 98,7% du PIB). Les performances se détérioreront probablement si la BCE, comme prévu, élimine progressivement les mesures de relance à la fin de cette année.

Il y a une situation un peu bizarre en termes d’immigration et de diversité. Tout le monde semble être conscient du paysage infernal du conflit ethno-religieux qui va se développer dans la France afro-islamique émergente de l’avenir. Tout récemment, lors de la commémoration de la bataille de Verdun, un soldat français âgé a demandé à Macron : « Quand allez-vous expulser les immigrants illégaux ? … Ce n’est pas le cheval de Troie qu’on met en place ? ».

Plus important encore a été la démission de Gérard Collomb de son poste de ministre de l’Intérieur le mois dernier pour reprendre son ancien poste de maire de Lyon, qu’il trouve apparemment plus intéressant. Collomb est un politicien socialiste de 71 ans qui a apparemment pris conscience des problèmes de la ségrégation ethnique et des conflits. Il a dit dans son discours d’adieu :

« J’ai visité tous les quartiers, les quartiers de Marseille-Nord à Mirail à Toulouse, à la périphérie parisienne, Corbeil, Aulnay, Sevran, la situation s’est beaucoup dégradée. Nous ne pouvons pas continuer à travailler sur les villes individuellement, il faut une vision globale pour recréer la mixité sociale. Parce qu’aujourd’hui nous vivons côte à côte, et je le dis encore, moi, je crains que demain nous vivrons face à face [c’est-à-dire séparés par une ligne de front]. »

Il n’est pas clair dans quelle mesure Collomb a essayé de donner suite à ces préoccupations en tant que ministre de l’Intérieur et a été frustré. Quoi qu’il en soit, il a osé faire part des mêmes préoccupations au magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles en février dernier. Il leur a dit : « Les relations entre les gens sont très difficiles, les gens ne veulent pas vivre ensemble » (en utilisant le terme vivre-ensemble, un slogan diversitaire commun). Il a déclaré que la responsabilité de l’immigration à cet égard était « énorme » et a convenu avec le journaliste que « la France n’a plus besoin de l’immigration ». Collomb prédit alors virtuellement la guerre civile :

Les communautés en France entrent de plus en plus en conflit et cela devient de plus en plus violent … Je dirais que d’ici cinq ans, la situation pourrait devenir irréversible. Oui, nous avons cinq ou six ans pour éviter le pire. Après cela, …

Il n’est pas clair pourquoi « les cinq ou six prochaines années » devraient être si critiques. D’un certain point de vue, la vieille France est déjà perdue puis-qu’environ un tiers des naissances sont non européennes et en particulier un cinquième sont islamiques. Les modes de vie dans une grande partie de la France refléteront donc probablement ceux de l’Afrique et du Moyen-Orient, y compris la violence aléatoire et le fanatisme religieux. Collomb semble penser que la « mixité sociale » empêcherait cela, mais en fait, il y a eu beaucoup de « mixité » sociale et même génétique au Brésil et au Mexique, sans que cela empêche la stratification ethno-raciale et les niveaux extrêmes de violence.

J’ai bien peur que ce ne soit plus la même chose dans la douce France. Sur la dynamique actuelle, Macron sera un joueur d’un tour comme Sarkozy et Hollande l’ont été. Mais encore une fois, les prochaines élections auront lieu dans trois ans et demi, une éternité en politique démocratique. Selon toute vraisemblance, ce serait une élection gagnée par la droite, avec un candidat conservateur anti-immigration. Quelques personnes de la droite de gouvernement sont ouvertes à travailler avec le Rassemblement national de Marine Le Pen et certains ont même défendu les Identitaires. D’un autre côté, je pourrais même imaginer Macron se faire passer pour un opposant héroïque à l’immigration (illégale…) s’il pensait que cela pourrait l’aider à être réélu. Surveillez bien cet espace …

Guillaume Durocher

Note du traducteur
Rien de nouveau pour les Français, enfin ceux qui suivent les aventures de Jupiter, mais il s’agit sans doute d’une nouveauté pour pas mal d’Américains ou d’anglophones.

Article original de  publié le 8 novembre 2018 sur le site Unz Review

Source : Versouvaton

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