Par Robert Seidel

Paru le 21 mars 2021 sur Point de vue suisse

 La Causa Navalny ne peut être comprise indépendamment de l’intensification des préparatifs de guerre de l’OTAN contre la Russie.

Le nom d’Alexeï Navalny représente dans de nombreux médias occidentaux une icône de la résistance contre un gouvernement russe autoritaire. Cependant, la campagne médiatique professionnelle entourant sa personne est également synonyme d’une campagne de relations publiques systématique et de longue haleine, que l’on peut désormais décrire comme ce qu’elle est: une forme de mobilisation intellectuelle contre un supposé adversaire belliciste.1 Si l’on fait quelques recherches sur la personne de Navalny, le vernis disparaît rapidement: une personnalité haute en couleur, aux contacts politiques douteux, faisant des allers–retours entre l’Allemagne et la Russie comme un oiseau migrateur.2 Début février, il n’était donc guère surprenant d’apprendre qu’une contribution filmée pour Navalny n’avait pas été tournée en Russie, mais dans la Forêt-Noire allemande sous la direction de «spécialistes» occidentaux.3 Les «grands médias»4 sous contrôle transatlantique, tels que Die Zeit, Süddeutsche Zeitung, Frankfurter Allgemeine Zeitung ou Neue Zürcher Zeitung, ne se sont guère souciés de ces contradictions évidentes.

Rapports, photos et actualités préfabriqués

Des reportages partisans, des interviews préfabriquées ou des séries de photos professionnelles ont été repris de manière synchrone par les agences de presse renommées. Il est étonnant de voir avec quelle régularité et à quels endroits bien en vue ces colportages apparaissent. En janvier, la campagne s’est intensifiée. Le sujet «Navalny» a constamment trouvé sa place dans les premières pages. Certaines entreprises médiatiques ont soutenu la campagne avec des contributions éditoriales.

Préparatifs de guerre

Le déploiement de l’OTAN en direction des frontières nationales de la Russie depuis 2008 – légèrement ralenti entre 2016 et 2020 – se poursuit désormais avec une énergie accrue. Les ponts et les chaussées des Etats européens ont été adaptés aux transports des troupes.5 Les restrictions légales ont été supprimées. Les manœuvres prennent de l’ampleur et se rapprochent de plus en plus de la frontière russe.6 Bientôt, les armes nucléaires américaines se trouvant en Italie et en Allemagne seront modernisées.7 Les négociations sur le désarmement ont été bloquées par les Etats-Unis et ne se poursuivent plus que pro forma. La nouvelle administration américaine est composée principalement de partisans de la ligne dure. Le nom de Victoria Nuland est représentatif de la voie confortative poursuivie contre la Russie. L’Union européenne ne s’écarte guère de cette ligne américaine.

L’Europe comme champ de bataille

Il est facile de deviner quels territoires seraient le théâtre d’un futur champ de bataille… Certainement pas sur le territoire nord-américain. Les officiers supérieurs allemands se préparent à ce que l’Allemagne, en tant que plaque tournante pour les troupes et le matériel, puisse devenir une «cible des activités ennemies» et se préparent en conséquence.8

Campagne de relations publiques contre la Russie

Ainsi, la Causa Navalny peut facilement être considérée comme faisant partie d’une campagne de relations publiques systématique et de longue haleine visant à préparer la guerre contre la Russie. On éveille, cultive, voire renforce les sentiments et associations négatifs à l’égard de la Russie et du gouvernement russe. On ne s’étonne donc pas de l’effort journalistique massif consacré à l’affaire Navalny.

Diffusion de connotations négatives

Les observateurs des médias reconnaissent une connotation négative persistante dans la couverture de la Russie, même dans des articles en soi positifs. – Quiconque «connaît son métier» sait comment susciter des sentiments et des associations pour plaire (cf. Claas Relotius dans Der Spiegel).9

Les photos font partie du travail de relations publiques

La sélection des photos donne également un aperçu du travail «journalistique» de l’alliance transatlantique: les photos peuvent être neutres, positives ou négatives. Mais celle qui est choisie pour publication et la manière dont elle est préparée ne sont pas le fruit du hasard. Regardez longuement les photos de Navalny dans les anciens numéros d’un «média mainstream». Ce ne sont pas des photos prises par hasard – il s’agit de prises de vue professionnelles poursuivant un certain but.

En revanche, si une photo «normale» de la Russie est publiée, vous pouvez être certain que le texte de la légende sera négatif, ou inversement, si le texte est positif, une photo négative sera choisie pour l’accompagner.

Diabolisation de la Russie

Jour après jour, on rajoute des nouvelles connotées négativement concernant la Russie. Peu importe dans quel domaine. Une image doit se graver dans l’inconscient. Mais il faut aussi penser aux nombreuses nouvelles positives qui ne sont pas rapportées. C’est le rôle des médias dans le cadre d’une préparation mentale à la guerre: en réalité, on prépare l’opinion publique «en diabolisant l’ennemi». Malheureusement, nombreux sont ceux qui promeuvent cette image négative de la Russie.10 Selon les besoins, on peut renforcer ou atténuer une image négative, selon l’agenda politique du moment. Lorsque les émotions sont à fleur de peau, il est possible de prendre des décisions politiques qui seraient autrement totalement impensables.

Une partie des médias échoue

Le fait que de larges pans des médias mainstream s’adaptent fortement aux directives politiques n’est pas seulement dû à l’énorme augmentation de la pression marketing et aux mauvaises conditions de travail, mais aussi au déclin des normes morales. La recherche des faits n’est plus une priorité, mais plutôt la formation d’opinions allant dans le sens du «anything goes» (tout est permis), pouvant justifier au final certains agissements. Reste à savoir s’il s’agit chez l’individu d’une recherche de reconnaissance excessive (cf. C. Relotius), de soucis existentiels ou d’incitations financières.

Démasquer les mensonges par la concurrence

Ces derniers temps, un espoir d’amélioration réside dans la concurrence accrue d’un grand nombre de médias en ligne jeunes, engagés et indépendants. Nombreux sont ceux qui dénoncent sans relâche les petits et grands mensonges et les intentions qui les sous-tendent. Ce n’est donc pas un hasard si l’existence de ces sites est de plus en plus menacée par des accusations de «violation des règles journalistiques» et l’exigence d’adhérer à des modèles de pensée stricts: une violation flagrante des droits humains élémentaires.11

Robert Seidel

1 cf. Sur les campagnes de relations publiques, par exemple: Becker, Jörg / Beham, Mira. Operation Balkan. Werbung für Krieg und Tod. 2006 ou Elter, Andreas. Die Kriegsverkäufer.
Sur la manipulation et les relations publiques, le livre classique de Bernays, Edward: Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie. (1928), appelé plus tard Relations publiques.

https://www.infosperber.ch/medien/medienkritik/journalistische-recherchen-sind-zeitlich-aufwendig/ du 21/2/2021

https://www.nachdenkseiten.de/?p=69226 du 27/1/2021
https://www.heise.de/tp/features/Navalny-unter-hohem-Polizeischutz-in-Luxusresidenz-im-Schwarzwald-4929027.html du 15/10/2020
https://www.anti-spiegel.ru/2021/neue-details-von-navalnys-film-ueber-putins-palast-zeigen-er-ist-made-in-usa/ du 31/1/2021

4 cf. Krüger, Uwe. Mainstream. Warum wir den Medien nicht mehr trauen. 2016.
idem. Meinungsmacht. 2013

5 cf. sur l’Allemagne en relation avec le déploiement de l’OTAN: https://www.luftpost-kl.de/

https://www.faz.net/aktuell/politik/infrastruktur-ist-die-achillesferse-der-nato-15292734.html du 17/11/2017

https://www.n-tv.de/politik/Die-riskante-Roadshow-der-US-Armee-rollt-article19489381.html du 6/1/2017

https://www.voltairenet.org/article211839.html du 11/12/2020

8 cf. https://www.german-foreign-policy.com/news/detail/8518/ du 9/2/2021

9 cf. https://taz.de/Relotius-Skandal-beim-Spiegel/!5595360/ du 28/5/2019

10 cf. Hofbauer, Hannes. Feindbild Russland. 2016

11 cf. https://multipolar-magazin.de/artikel/neue-zensurbehorde du 22/2/2021

Source:https://www.pointdevue-suisse.ch/news-detailansicht-fr-gesellschaft/les-medias-en-pleine-guerre-de-l-info.html

Imprimer