Jérusalem. Guerre six jours. Archives

L’expression « les Palestiniens de 48 » fait référence ici à la population arabe palestinienne qui vit encore en Israël. A ces Palestiniens (150000 sur 800’000) qui ont échappé à l’épuration ethnique de 1948 organisée par des bandes terrroristes juives, et sont discrimés en Israël. Ils savent ce qu’ils risquent en Israël quand ils se mobilisent et montrent leur détermination à résister en soutien à leurs frères persécutés par l’armée d’occupation en Palestine (Cisjordanie et Gaza). [ASI]

Village Aqraba près de Nablus on 4 May. Shadi Jarar’ah APA images


Publié sur Haaretz le 9 mai 2021

Lundi 10 mai au soir, des manifestations de masse ont eu lieu dans toute la Palestine de 48 en soutien au peuple palestinien qui résiste à Sheikh Jarrah, à Al-Aqsa et à Gaza. Un jeune Palestinien, Musa Hassouna, a été tué par un colon à Lod.

Les jours précédents déjà, de nombreux Palestiniens de 48 étaient descendus sur Jérusalem, comme le relate Haaretz, le 9 mai.

Selon Sireen Jbareen, 25 ans, une personnalité de premier plan du mouvement de protestation des jeunes Palestiniens de 48, ils étaient plus de 250 protestataires de la seule ville arabe israélienne d’Umm al-Fahm à participer aux manifestations à Sheikh Jarrah ce vendredi. En outre, des centaines des protestataires qui se sont heurtés à la police sur le site de la mosquée Al-Aqsa vendredi soir venaient eux aussi des villes arabes du nord et du centre d’Israël.

Personne ne se souvient toutefois d’une implication aussi large des citoyens arabes d’Israël, les Palestiniens de 48,  dans les rassemblements de Jérusalem-Est. Au cours des dix derniers jours du Ramadan, des dizaines de cars de fidèles, dont certains ont participé aux récents heurts avec la police, sont arrivés dans la capitale depuis les villes et localités du nord et du centre d’Israël. Pour bien des Palestiniens, de Jérusalem ou pas, ceci constitue un changement important.

La génération palestinienne plus âgée, celle des gens qui ont vécu les deux intifadas du début des années 1990 et des années 2000, dit que « rien n’est venu d’elle », explique Jbareen. « Aujourd’hui, les jeunes sentent qu’ils ont besoin de sortir d’eux-mêmes et de protester », ajoute-t-elle.

Yara, 21 ans, également d’Umm al-Fahm, explique que « ce qui se passe à Jérusalem n’arrive pas qu’à ses habitants », insistant sur le fait que les citoyens arabes d’Israël luttent de façon que les Arabes, partout en Israël, puissent exercer leur droit de rester sur leurs terres.

Les résidents d’Umm al-Fahm ont un rôle très important, dans les protestations des Arabes israéliens en général. Aux yeux des protestataires palestiniens de Jérusalem, les jeunes résidents d’Umm al-Fahm ont la réputation de n’avoir pas peur de la police.

Se rassembler derrière les Palestiniens de Jérusalem est étroitement lié à la vague récente de protestations à Umm al-Fahm contre le fait que la police feint d’ignorer la violence qui se manifeste au sein de la communauté arabe. Il y a quelques mois, trois organisations d’un mouvement social des jeunes se sont unies pour constituer le « mouvement Fahmawi unifié » (Fahmawi est le surnom qu’on donne aux résidents d’Umm al-Fahm). Ses dirigeants coordonnent à la fois les protestations contre la police dans le nord et les protestations à Jérusalem. Les réseaux sociaux ont également joué un rôle important dans le ralliement des jeunes à la lutte. Samedi, bien des jeunes ont modifié leur image de profil dans les médias sociaux par solidarité avec les blessés des heurts qui ont eu lieu au site de la mosquée Al-Aqsa. Ils l’ont fait en utilisant le fameux hashtag PLM (Palestinian Lives Matter – Les vies palestiniennes importent).

Même la communauté druze d’Israël, qui s’abstient généralement de rallier les protestations de la communauté arabe et qui ne s’implique pas dans celles des Palestiniens à Jérusalem, s’est mise récemment à poster des vidéos sur les médias sociaux en utilisant l’hashtag « Save (sauvez) Sheikh Jarrah ». Depuis, ce dimanche, l’hashtag a été partagé plus de 1,5 million de fois sur Twitter et il a été repris sur le tableau des tendances les plus populaires de Twitter en Israël et en Cisjordanie.

« Quand je suis arrivé à Sheikh Jarrah vendredi, j’ai clairement vu un clivage raciste », explique Shadi Nassar, 23 ans, de la ville arabe du nord d’Israël, Arabeh.

« Jérusalem est le centre de la question palestinienne. Sans elle, il n’y aura pas de libération du peuple palestinien, qui vit sous occupation et sous une injustice historique. »

Et d’ajouter que les jeunes citoyens arabes d’Israël font route vers Jérusalem « afin d’exprimer leur solidarité avec les résidents de Sheikh Jarrah et de Jérusalem » ainsi qu’avec la lutte pour l’instauration d’un État palestinien dont la capitale sera Jérusalem.

Lin Jbareen, 17 ans, d’Umm al-Fahm, dit qu’après elle « a vu l’injustice et la douleur de son peuple », elle a compris « que la résistance, sous quelque forme que ce soit, est efficace, et c’est ainsi que j’essaie de faire de mon mieux pour participer à des manifestations et des actions sociales de sorte qu’un jour peut-être il y aura une grande révolution. »

Ibrahim, 18 ans, de la ville arabe de Kafr Kana, dans le nord d’Israël, considère les protestations comme une obligation religieuse.

« Les résidents musulmans de Jérusalem souffrent de discrimination dans tous les domaines de l’existence, comme lors des expulsions du quartier de Sheikh Jarrah »,

dit-il.

« Je suis contre la discrimination en général, et particulièrement contre les faibles, et c’est pour cette raison qu’il y va de mon obligation religieuse de les soutenir »,

ajoute-t-il.

Yara, 22 ans, de la ville du nord de Baka al-Garbiyeh, ajoute que les jeunes citoyens arabes d’Israël rallient les toutes dernières protestations

« parce que nous sommes un seul peuple, une seule nation, de la Galilée au Néguev, et que nous continuerons à venir [aux manifestations] »,

conclut-elle.


Publié sur Haaretz le 9 mai 2021
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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