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Un char israélien Merkava Mk IV dans une rue de Gaza le 4 janvier (Yairfridman2003, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).

« Le bilan de la guerre à Gaza est effroyable. Environ 100 000 Palestiniens ont été tués, portés disparus ou blessés depuis le 7 octobre 2023 en raison du génocide israélien en cours dans la bande de Gaza » a déclaré Euro-Med Human Rights Monitor, à la date du 13 janvier 2024, dans un communiqué, notant que le nombre inclut ceux qui présentent maintenant des handicaps à long terme. (1)

Parmi les personnes tuées lors des attaques aériennes et d’artillerie israéliennes sur la bande de Gaza, 28 951 (92 %) étaient des civils, dont 12 345 enfants, 6 471  femmes, 295 membres du personnel de santé, 41 membres de la défense civile et 113 journalistes. Bilan qui ne cesse de s’alourdir. En effet, selon les autorités palestiniennes, le bilan serait, à la date du 4 mars 2024, d’au moins 30 410 Palestiniens tués, pour la plupart des femmes et des enfants, et 71 700 blessés depuis le 7 octobre(2).

Une vengeance aveugle

30 410  civils Palestiniens tués contre 1200 Israéliens, soit un ratio de 25 à 1. Ce chiffre ne doit pas nous surprendre, il correspond tout à fait aux ratios habituels lors d’opérations de représailles menées par les forces armées israéliennes dans le passé. Il a été appliqué par l’armée israélienne pour la première fois,  dans le village de Qibya, le 14 octobre 1953. Ce sont 70 civils palestiniens qui ont été massacrés pour venger l’assassinat d’une Israélienne et de ses deux enfants, soit 23 pour 1. « À l’époque, l’opération est unanimement réprouvée dans le monde et fait l’objet d’une condamnation du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle est perçue comme le début de la politique controversée de représailles systématiques toujours appliquée aujourd’hui par Israël»(3).

L’extraordinaire travail réalisé par l’Afrique du sud pour documenter les crimes commis à Gaza par Israël 

L’Afrique du Sud, dès le début de cette opération a mobilisé toute une équipe d’experts, d’avocats et de spécialistes du droit international, pour recenser et documenter les crimes commis par Israël à Gaza. C’est sans doute la première fois qu’une telle action est mise en œuvre par un État. Le travail de cette équipe, dans un temps record, a été remarquable. Le document enregistré le 23 décembre 2023 au greffe de la Cour Internationale de Justice est présenté comme une Requête introductive d’instance et demande en indication de mesures conservatoires(4). Rappelons que la CIJ est une juridiction indépendante basée à La Haye, chargée de régler les litiges juridiques internationaux entre les États. Il ne s’agit pas de la Cour Pénale Internationale (CPI) également basée à La Haye, qui peut traiter des responsabilités individuelles pour des crimes d’atrocité. En vidéo, la plaidoirie de cette requête devant la cour (5).

Israël a réduit Gaza en ruines. (UNRWA via DeclassifiedUK)

Dans sa requête, de plus de 80 pages (4), l’Afrique du Sud affirme que « les actes et omissions d’Israël revêtent un caractère génocidaire, car ils s’accompagnent de l’intention spécifique requise … de détruire les Palestiniens de Gaza en tant que partie du groupe national, racial et ethnique plus large des Palestiniens » et que, « par son comportement — par l’intermédiaire de ses organes et agents et d’autres personnes et entités agissant sur ses instructions ou sous sa direction, son contrôle ou son influence — à l’égard des Palestiniens de Gaza, Israël manque aux obligations qui lui incombent au titre de la convention contre le génocide ».

 Elle avance également qu’« Israël, en particulier depuis le 7 octobre 2023, manque à son obligation de prévenir le génocide, ainsi qu’à son obligation de punir l’incitation directe et publique à commettre le génocide », et « s’est livré, se livre et risque de continuer à se livrer à des actes de génocide contre le peuple palestinien à Gaza » selon les observations du Club des Juristes(6).

 Rien ne sera plus comme avant

 Pendant 75 ans, Israël a impunément commis des crimes en tout genre, massacres, crimes de guerre, représailles aveugles, sans que ces crimes donnent jamais lieu à autre chose qu’à des résolutions formelles, des condamnations verbales, des admonestations sans conséquences réelles.

Jamais de sanctions décidées contre Israël. C’est la société civile qui a lancé l’opération Boycott, Désinvestissement, Sanctions (7). Les porteurs de cette initiative, toute pacifique, ont été ostracisés, traînés devant les tribunaux, accusés d’antisémitisme, de discrimination…

Comme l’écrit Andrew Mitrovica, chroniqueur d’Al Jazeera basé à Toronto :« L’indignation va durer un jour ou deux, puis la “communauté internationale” poursuivra son petit bonhomme de chemin dans l’illusion. Pendant ce temps-là, les Palestiniens devront enterrer eux-mêmes leurs morts dans des fosses à ciel ouvert en attendant que l’insatiable “rage meurtrière” d’Israël prenne fin »(8).

Le 26 janvier dernier, la Cour de Justice rendait une ordonnance, soit une liste de mesures conservatoires qu’Israël est tenu d’appliquer, pour prévenir tout acte de génocide en Palestine, et notamment dans la bande de Gaza. Pour l’instant, Israël semble s’en moquer, comme elle bafoue la résolution du conseil de sécurité voté le 26 mars 2024 ordonnant un cessez-le- feu.

« Toutefois, il ne faut pas s’y tromper, cette ordonnance est historique, et elle aura de lourdes conséquences pour l’État d’apartheid [Israël], qui se voyait déjà, plus ou moins, autorisé à pratiquer des actes de génocide et de nettoyage ethnique. Alors bien sûr, il faut se rappeler qu’on a ici un jugement “en référé”, et non sur le fond, ce qui sera examiné ultérieurement, et le jugement définitif quant à lui pourrait mettre plusieurs années avant d’arriver. Mais il arrivera, et ça risque bien de faire mal, parce que le dossier à charge est accablant, et nombre de preuves ont été fournies par des officiels de haut rang du gouvernement israélien lui-même » (9).

Dans quelques semaines, avec l’été et le temps des vacances, les médias auraient tourné la page, et l’opinion publique, lassée de tous ces morts, aurait oublié les 30 000 morts innocents de Gaza. Mais, cette fois, il existe des documents actés enregistrés, débattus devant la Cour Internationale de Justice. Les arguments de la défense arguant qu’il était amoral d’accuser Israël de génocide et le principe invoqué de la légitime défense (sic), ont été rejetés par la Cour. Désormais, c’est une base juridique solide qui existe. Ce sera un support indispensable pour envisager et étayer des poursuites envers les responsables civils et militaire israéliens et envers ceux, dirigeants politiques ou entreprises, qui ont participé d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, à ces crimes, quelle que soit la qualification qui sera retenue (génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité).

L’image d’Israël, forgée par des années de propagande massive, s’est définitivement lézardée.  Son vrai visage, celui d’un État raciste et criminel, s’est dévoilé à la face du monde entier. Rien ne sera plus comme avant. L’Afrique a fait preuve de courage et de volonté, en se positionnant dans ce combat judiciaire, jamais engagé jusqu’à présent. L’Occident a brillé par sa lâcheté, se contentant d’émettre des “réprobations”, n’osant hausser le ton qu’au diapason des États-Unis.

Marc Jean

(1)Au 100e jour du génocide de Gaza: 100 000 Palestiniens tués, disparus ou blessés

(2)Guerre Israël-Hamas : le bilan passe à plus de 30 400 morts à Gaza

(3)Massacre de Qibya

(4)Requête introductive d’instance et demande en indication de mesures conservatoires (icj-cij.org)

(5)Plaidoyer de l’Afrique du Sud pour mettre fin au génocide israélien

(6)Plainte de l’Afrique du Sud pour risque de génocide à Gaza: quel rôle pour la Cour internationale de Justice ?

(7)Que boycotter ?

(8)La rage meurtrière d’Israël

(9)Pourquoi l’ordonnance de la CIJ est un revers cinglant pour Israël

Source:https://arretsurinfo.ch/lhonneur-de-lafrique-le-deshonneur-de-loccident/