L’hôpital Al-Shifa détruit, Gaza Nord, 5 avril 2024. (Photo © OMS).

Déclaration | Jérusalem/Le Caire/Genève)

Sous la direction de l’OMS, plusieurs institutions se sont rendues le 5 avril en mission à l’hôpital Al-Shifa, dans le nord de Gaza, pour procéder à une évaluation préliminaire des dégâts et recenser les besoins afin d’orienter les efforts de restauration de l’établissement. Cette mission très complexe a été menée en coopération étroite avec le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Service de la lutte antimines de l’ONU (UNMAS), le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU (UNDSS), et en collaboration avec le Directeur par intérim de l’hôpital.

Avant la mission, l’OMS a tenté de se rendre à l’hôpital pour évacuer les patients et le personnel et procéder à une évaluation, mais à six reprises entre le 25 mars et le 1er avril ses demandes ont été refusées et ses tentatives retardées ou entravées.

Comme la plus grande partie du nord, l’hôpital Al-Shifa – autrefois le plus grand et le plus important hôpital central de Gaza – n’est plus qu’une coquille vide après le dernier siège. Il ne reste aucun patient dans l’établissement. La plupart des bâtiments sont lourdement endommagés ou détruits et la majorité des équipements sont inutilisables ou réduits en cendres.

L’équipe de l’OMS a déclaré que, vu l’ampleur de la dévastation, l’établissement est complètement hors d’usage, ce qui réduit encore l’accès aux soins de santé vitaux à Gaza. Il semble peu plausible que l’hôpital puisse de nouveau fonctionner à court terme, même a minima, et des efforts considérables seront nécessaires pour repérer et retirer les munitions non explosées et garantir ainsi la sécurité et l’accessibilité du site pour permettre aux partenaires d’apporter du matériel et des fournitures.

Le service des urgences, le service de chirurgie et la maternité de l’hôpital ont été gravement endommagés par des explosifs et des incendies. Le mur ouest des locaux abritant le service des urgences et le mur nord de ceux où se trouvait l’Unité des soins intensifs néonatals ont été démolis. Parmi les pertes, au moins 115 lits ont brûlé dans ce qui était autrefois le service des urgences et 14 incubateurs de l’unité des soins intensifs néonatals ont été détruits. Une équipe d’ingénieurs doit faire une évaluation approfondie pour déterminer si ces bâtiments sont suffisamment sûrs pour être encore utilisés.

La centrale de production d’oxygène de l’hôpital a été détruite, ce qui fait de l’hôpital Kamal Adwan la seule source de production d’oxygène médical dans le nord. Une évaluation plus complète est essentielle pour déterminer l’état des équipements d’importance vitale tels que les scanners, les ventilateurs, les dispositifs de stérilisation et le matériel chirurgical, y compris les instruments chirurgicaux et le matériel d’anesthésie. A l’heure actuelle, il n’y a pas de scanner en état de marche dans le nord de Gaza et les services de laboratoire sont considérablement réduits: les moyens d’établir un diagnostic correct sont gravement compromis et le nombre de décès évitables risque d’augmenter.

Hôpital Al-Shifa, Gaza Nord, 5 avril 2024. (Photo © OMS)

Beaucoup de tombes peu profondes ont été creusées juste devant le service des urgences, les bâtiments administratifs et le service de chirurgie. Dans la même zone, on peut apercevoir les membres de nombreux corps partiellement enterrés. Au cours de la mission, le personnel de l’OMS a constaté la présence d’au moins cinq corps partiellement recouverts, exposés à la chaleur. L’équipe a signalé une odeur âcre de corps en décomposition dans toute l’enceinte de l’hôpital. Il est indispensable de faire preuve d’humanité en respectant la dignité, même dans la mort.

Selon le Directeur par intérim de l’hôpital, les patients se sont trouvés dans des conditions épouvantables pendant le siège. Ils ont souffert d’un grave manque de nourriture, d’eau, de soins, d’hygiène et de moyens d’assainissement, et ont été déplacés de force d’un bâtiment à l’autre sous la menace d’armes à feu. Au moins 20 patients seraient décédés en raison du manque d’accès aux soins et des limites imposées aux déplacements du personnel de santé.

Malgré la désescalade du conflit, la mission d’hier a été longuement retardée au poste de contrôle militaire sur la route menant à l’hôpital Al-Shifa. Le même jour, une autre mission dirigée par l’OMS devant se rendre dans les hôpitaux Al-Awda et Kamal Adwan dans le nord de Gaza – pour livrer des fournitures médicales, du carburant, déployer des équipes médicales d’urgence et aider à orienter les patients dans un état critique – a été inutilement retardée, notamment suite à l’arrestation d’un chauffeur de camion de ravitaillement qui faisait partie du convoi. Celui-ci a été détenu pendant plus d’une heure à l’écart de l’équipe envoyée en mission. Finalement, cette mission a été interrompue pour des raisons de sécurité, car les retards accumulés ne laissaient pas suffisamment de temps à l’équipe pour achever son travail en toute sécurité et revenir avant la tombée de la nuit.

Entre la mi-octobre et la fin mars, plus de la moitié des missions de l’OMS ont été refusées, retardées, entravées ou reportées. Alors que les besoins en matière de santé augmentent considérablement, l’absence d’un système opérant de désescalade du conflit constitue un obstacle majeur à l’acheminement d’une aide humanitaire – y compris l’approvisionnement des hôpitaux en fournitures médicales, en carburant, en nourriture et en eau – d’une ampleur suffisante pour espérer combler les manques.

Six mois après le début de la guerre, la destruction de l’hôpital Al-Shifa et du complexe médical Nasser a mis à genoux un système de santé déjà mal en point. Avant le dernier siège, l’OMS et ses partenaires avaient aidé à remettre sur pied les services de base à l’hôpital Al-Shifa, et le complexe médical Nasser était régulièrement approvisionné pour continuer à servir d’hôpital principal dans le sud de Gaza. Les fruits de ces efforts sont aujourd’hui anéantis.

Alors que l’OMS célèbre demain la Journée mondiale de la santé, qui a pour thème «Notre santé, nos droits», les civils de Gaza sont complètement privés de ce droit fondamental. L’accès aux soins de santé à Gaza est devenu totalement insuffisant, et l’aide que l’OMS et ses partenaires tentent d’apporter est constamment perturbée et entravée.

Sur les 36 hôpitaux principaux qui desservaient plus de 2 millions de Gazaouis, seuls 10 fonctionnent encore à peu près et les types de services qu’ils peuvent assurer sont gravement limités. L’incursion militaire envisagée à Rafah ne peut que réduire encore l’accès aux soins de santé et aurait des conséquences sanitaires inimaginables. Le démantèlement systématique des services de santé doit cesser.

L’OMS réitère ses appels à la protection des patients, des agents de santé et du personnel humanitaire, des infrastructures médicales et des civils. Les hôpitaux ne doivent pas être militarisés, utilisés à mauvais escient ou attaqués. L’OMS demande instamment la mise en place d’un mécanisme de désescalade du conflit qui soit efficace, transparent et fonctionnel, ainsi que des garanties de sécurité, afin que l’aide puisse circuler à l’intérieur de Gaza, y compris aux points de contrôle, de manière sûre, prévisible et rapide. L’OMS appelle à l’ouverture de points de passage terrestres supplémentaires permettant d’accéder à la bande de Gaza et de la traverser de façon plus sûre et plus directe.

Alors que la famine menace, que les épidémies se propagent et que le nombre de blessés graves augmente, l’OMS appelle à un accès sans entrave pour que l’aide humanitaire puisse entrer dans la bande de Gaza et y circuler, ainsi qu’à un cessez-le-feu durable.

Source:https://www.who.int/fr/news/item/06-04-2024-six-months-of-war-leave-al-shifa-hospital-in-ruins–who-mission-reports, 6 avril 2024