A titre exceptionnel, Arrêt sur info a le plaisir de reproduire une excellente tribune du journaliste suisse Pascal Bertschy, provenant de la presse traditionnelle.

« En Amérique latine, l’Argentine, la Bolivie, le Chili et le Mexique sont en train de créer une association de préservation des ressources en lithium. Et au Brésil, s’il revient comme attendu au pouvoir, Lula le promet: il tentera de redynamiser les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), club des pays dits naguère émergents.

Ailleurs aussi, des «émergents» émergent à plein pot. Ils ont de l’énergie, des talents, des ressources naturelles, des richesses nouvelles, des intérêts propres. Et le chaos ne les effraie pas, ils y sont habitués.

Le monde change, la donne aussi. Qui sait? Demain, quand l’Occident ira leur demander telle matière, ses anciens élèves l’inviteront à prendre un ticket et à rejoindre la file d’attente sans oublier de dire «s’il vous plaît». Dur dur, hein? »

Le mot de la fin

Pascal Bertschy – La liberté du 10 mai 2022

Anormal! Scandaleux! Au moins deux tiers de l’humanité ne perçoivent pas la guerre en Ukraine comme nous. Sur BFMTV, l’ancienne ambassadrice de France en Russie a osé un chiffre: «82% de la population mondiale refuse de condamner Vladimir Poutine», a affirmé Sylvie Bermann en se basant sur les votes aux Nations Unies.

Ouille! Dans son salon, s’il apprenait cela, l’habitué aux nouvelles du soir en tomberait de son canapé. Eh oui, le monde est autrement plus vaste et plus compliqué que le sommaire d’un journal télévisé.

Cette multitude qui n’épouse ni nos vues ni nos indignations, c’est fou non? A l’heure où la planète bascule dans un désordre carabiné, il y a plus vexant encore: nous Occidentaux ne menons plus le bal.

Qu’est-ce que nous avons fait au Bon Dieu? Nous avons dirigé et dominé le monde pendant trois siècles. Touchés par la grâce divine, nous étions les plus forts et les plus intelligents. Le Ciel nous avait assigné la mission de guider le genre humain, d’éclairer les peuples enténébrés, de leur dire ce qui était bon pour eux, de les inciter à nous ressembler et à suivre nos ordres en nous disant merci.

Bien sûr, à un moment, l’Occident a changé de patron. L’Europe a cédé la direction aux Etats-Unis sans en faire un drame. Ouf! Malgré la décolonisation, malgré le développement des «sous-développés», elle restait du bon côté. Celui des cadors, certes priés de ne plus afficher leur sentiment de supériorité, mais toujours destinés à dicter la marche.

C’était le bon temps, celui d’avant la dérive des continents et du glissement de la puissance mondiale sous d’autres cieux. Avec un boss à la force militaire, économique et technologique sans égale, l’Occident tient encore son rang. Seulement le maître n’impressionne plus personne, ses élèves d’hier n’hésitant plus à lui rentrer dedans.

Laissons le géant chinois, le colosse indien et le caïd russe, regardons déjà des Etats moins imposants. S’organisant pour amortir les chocs à venir, ces malpolis font sans l’Occident.

L’Afrique fait depuis longtemps des affaires avec la Chine et certains pays, tels récemment le Cameroun et Madagascar, passent des accords de coopération militaire avec la Russie.

Misère, même les souris dansent sous le nez de l’éléphant occidental! Ainsi les îles Salomon font enrager l’Australie et les Etats-Unis: elles viennent de s’entendre avec la Chine et de l’autoriser à installer une base militaire sur leur territoire.

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