En l’absence d’alternatives claires et face à la flambée des prix de l’énergie, les sanctions semblent devoir faire plus de mal à l’Union qu’à la Russie.

Par Timur Fomenko, analyste politique, .rt.com, 7 mai, 2022

L’Union européenne a annoncé cette semaine des propositions ambitieuses visant à imposer un embargo sur les importations de pétrole russe d’ici à la fin de 2022. Après des négociations serrées qui se sont heurtées aux objections stridentes de plusieurs États membres, dont la Hongrie et la Slovaquie, et au doute de l’opinion publique quant à l’impact de telles mesures, la présidente de la Commission, Ursula Von Der Leyden, a déclaré que ces mesures seraient mises en œuvre progressivement tout au long de l’année.

Cela n’a pas rassuré les marchés, les prix du pétrole brut dépassant rapidement les 114 dollars le baril dès vendredi matin, et les responsables de Moscou prédisant que le bloc continuerait à acheter du pétrole russe via des pays tiers et des intermédiaires, une stratégie qui aurait été utilisée par l’Iran dans le cadre de sanctions américaines sévères.

Bien que les mesures soient présentées comme sévères, l’UE sera, pour de multiples raisons, la grande perdante d’un tel effort. L’embargo proposé révèle une énorme vulnérabilité stratégique au niveau de sa « sécurité énergétique », c’est-à-dire la capacité d’un État ou d’un groupe d’États à s’assurer l’accès à des ressources énergétiques lorsqu’ils ne sont pas en mesure d’en produire suffisamment eux-mêmes. Si l’on considère le nombre de guerres menées par l’Occident uniquement pour l’accès aux ressources pétrolières, dont deux en Irak, il s’agit d’un problème majeur.

Pour l’Union européenne, réduire sa dépendance à l’égard du pétrole reste une étape difficile qui va exacerber des coûts énergétiques et une inflation déjà très élevés sur le continent. Comment le bloc va-t-il trouver de nouveaux approvisionnements ? Et si tel est le cas, le fait de dépendre davantage d’autres partenaires ne manquera pas d’entraîner de nouveaux dangers ?

En 2020, 29 % du pétrole brut importé par l’UE provenait de Russie, 9 % des États-Unis, 8 % de Norvège, 7 % d’Arabie saoudite et du Royaume-Uni, et 6 % du Kazakhstan et du Nigeria. La disparition du plus grand marché, la Russie, signifie que l’Union doit désormais augmenter ses importations en provenance des autres pays. Les candidats naturels sont bien sûr les États du golfe Persique. Cela signifie que la dépendance stratégique de l’UE à l’égard d’un accès continu aux ressources pétrolières du Moyen-Orient est considérablement accrue, ce qui augmente le pouvoir de négociation et l’influence politique de ces pays. Cependant, tout indique jusqu’à présent que les États de l’OPEP profiteront de la hausse des prix et refuseront de coopérer avec les demandes occidentales d’augmentation de la production. L’économie est une question d’offre et de demande. Si l’offre diminue, mais que la demande reste élevée (étant donné que vous ne pouvez pas vous passer de pétrole), les prix augmentent, et pourquoi un vendeur dans le monde baisserait-il ses prix lorsque le client n’a pas d’alternative à votre produit essentiel ? Le fait que la Russie fasse partie de l’OPEP+ complique encore les choses.

En conséquence, l’UE commet une énorme erreur dans sa politique étrangère et ne dispose d’aucun plan d’urgence ou stratégie pour faire face à ce problème émergent. Actuellement, le bloc est déterminé à utiliser l’Ukraine pour tenter d’imposer une défaite militaire à la Russie. Dans le même temps, elle s’est également désignée comme une puissance « indo-pacifique », faisant preuve de peu d’initiative pour éviter d’être aspirée dans la confrontation de Washington avec la Chine dans une région du monde où elle n’est pas basée. Il reste donc à l’UE la possibilité de s’associer à l’Inde, mais ce pays de 1,3 milliard d’habitants est un consommateur net d’énergie, et non un fournisseur – ce qui, par coïncidence, est une autre raison pour laquelle les tentatives de saper les liens de New Delhi avec Moscou sont susceptibles d’échouer.

Tout cela crée un trou béant dans la politique étrangère de l’UE en matière de « sécurité énergétique » stratégique. Tout en s’efforçant de réduire la « dépendance stratégique » vis-à-vis de la Russie, elle ne fait que créer une dépendance rapiécée vis-à-vis d’autres régions, ouvrant ainsi la porte à de nouveaux risques.

Par exemple, comment la politique désorientée de l’UE sur l’Iran, qui a consisté en une opposition nominale au programme unilatéral américain de « pression maximale » sur le programme nucléaire iranien, va-t-elle survivre à cette crise ? L’UE peut-elle éviter de devoir recourir au pétrole iranien ? Et comment, indépendamment de cela, l’UE réagirait-elle si l’Iran devenait plus fort en raison de la flambée des prix du pétrole, malgré toutes les sanctions américaines ? Et ce, avant même d’envisager ce qui se passerait si une autre crise ou un autre conflit majeur survenait au Moyen-Orient et perturbait l’approvisionnement en pétrole. Que fera l’UE si l’Irak retourne à un état d’insurrection et de guerre civile ?

Source: https://www.rt.com/news/555073-eu-destroy-energy-security/

Traduction:Arretsurinfo.ch

Imprimer