Le 15 octobre dernier, le Conseil de l’Union européenne adoptait une nouvelle politique de sanction pour lutter contre les armes chimiques.

Par Alex Gorka | Strategic Culture

Paru le 18/10/2018 sous le titre AEU Sets Up New Sanctions Regime on Chemical Weapons: Targeting Russia

Traduit par Soverain.fr

Une nouvelle politique de sanctions à l’encontre de ceux qui usent et distribuent des armes chimiques a été approuvée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE le 15 octobre dernier. Ces mesures punitives seront dorénavant imposées « aux individus et entités impliqués dans le développement et l’utilisation d’armes chimiques, indépendamment de leur localisation, et leur nationalité ». Le nouveau dispositif, proposé par la France et le Royaume-Uni, permet de geler les avoirs et d’interdire les déplacements de personnes et d’entités ayant été liées à l’utilisation d’armes chimiques. Les personnes et entités de l’UE ne sont pas autorisées à mettre des fonds à disposition des personnes figurant sur la liste. Cette décision a été prise à la suite d’attaques à l’arme chimique en Syrie et de l’affaire « Skripal » au Royaume-Uni, pour laquelle la Russie a été accusée sans aucune preuve. Les restrictions s’appliqueront également à ceux qui soutiennent indirectement des activités liées aux armes chimiques.

L’UE dispose déjà de listes de sanctions élaborées à l’égard de la Syrie et de la Russie. Cette nouvelle politique permet d’ajouter des noms en évitant de longs débats, si tous les gouvernements de l’UE l’approuvent. Cette mesure sera suivie d’une politique similaire sur les violations des droits de l’homme qui permettra de sanctionner les individus pour abus ou corruption.

En juin, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a été autorisée à attribuer la responsabilité des actes répréhensibles présumés. L’UE a fermement soutenu cette décision, tandis que la Russie s’y est opposée au motif que le groupe de surveillance usurpait le pouvoir du Conseil de sécurité de l’ONU. Ni l’UE ni l’OIAC ne sont en mesure de rendre des jugements définitifs. Il convient de noter que Moscou, principal cible de la nouvelle politique instaurée par l’UE, a éliminé ses stocks d’armes chimiques en septembre 2017. Les États-Unis n’ont toujours pas rempli la moitié de leurs engagements internationaux. Devrait-elle être sanctionnée par l’UE ? Et Porton Down [NDT : zone gouvernementale de recherche militaire située près de Porton, au Royaume-Uni] ? Que se passe-t-il dans ce laboratoire ?

Les États-Unis, pays toujours détenteur d’armes chimiques, ont attaqué la Syrie, lui reprochant l’utilisation de substances interdites, et ce malgré de multiples preuves que ces attaques avaient été organisées par des rebelles. L’attaque de Douma en Syrie a été un maillon supplémentaire parmi les provocations sous faux drapeaux. L’organisation des Casques blancs est connue pour les avoir mis en scène. De la même manière, l’histoire de « l’empoisonnement Skripal » présentée par le gouvernement britannique comporte trop de carences.

La preuve ne semble pas être la chose la plus importante. L’objectif est de présenter la Russie comme un État voyou auquel l’UE s’oppose, et il faut un consensus pour y parvenir. La question des migrants, le Brexit, les réformes du mode de gouvernance de l’UE et des idées telles que la création d’une Europe « à plusieurs vitesses » menacent l’existence même de cette Union. Elle a besoin d’un croque-mitaine pour tenir le coup, et la Russie est destinée jouer ce rôle. L’unité de l’Occident est également menacée, si bien que l’UE suit l’exemple donné par les États-Unis.

Et ce croque-mitaine est utilisé assidûment pour instiller la peur. Le 4 octobre, des responsables de la sécurité néerlandaise ont affirmé avoir déjoué une attaque organisée par les services de renseignement militaire russes contre l’OIAC, à l’endroit de l’empoisonnement de Skripal. Ils n’ont pas expliqué pourquoi il leur avait fallu six mois pour rendre cette information publique. Elle n’a été révélée seulement cinq jours avant l’ouverture de la 89e session du Conseil exécutif de l’OIAC, au cours de laquelle le financement du mécanisme d’attribution était à l’étude au sein du Secrétariat technique de l’Organisation. Quelle coïncidence !

Le mois dernier, le ministre français de la Défense, Florence Parly, a déclaré (très sérieusement) que la Russie avait tenté d’intercepter les transmissions d’un satellite franco-italien utilisé par les militaires des deux nations pour des communications sécurisées. « Un acte d’espionnage ! » s’est-elle exclamée. « Nous sommes en danger. Nos communications, nos exercices militaires et notre vie quotidienne seront en danger si nous ne réagissons pas « , a-t-elle ajouté. Et ce n’est qu’une partie du tout. La Russie a été accusée de tester les capacités de satellites exploités par d’autres pays dans le but de les neutraliser ou de les détruire. L’histoire est évoquée chaque fois que l’idée de militarisation de l’espace par les Etats-Unis et leurs alliés doit être justifiée.

En août, les responsables allemands du contre-espionnage (BfV) ont informé le public sur des « espions » russes qui seraient « très actifs » en Allemagne. La désinformation se répand, les élections sont influencées, les autorités et les citoyens sont ciblés comme sources potentielles d’information pour les services de renseignement russes, etc. Les autorités l’ont tous décrit dans leur rapport annuel. Trop peu effrayant ? Voici une autre histoire d’horreur.

Poutine construit une force paramilitaire bosniaque. Toujours pas impressionné ? En juillet, le procureur général adjoint des États-Unis, Rod Rosenstein, a annoncé l’inculpation de douze personnes dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe lors des élections de 2016. Au même moment, les forces armées russes se déploient en Libye. Le British Sun en a tous les détails.

De nos jours, les médias occidentaux sont très occupés à faire circuler de nouvelles fantaisies sur cette perfide Moscou qui serait partout. L’UE dispose désormais d’un nouvel instrument pour répandre des « affaires chimiques » et générer de nouvelles sanctions envers la Russie, ce qui permettra de maintenir à flot le navire « Europe ». Mais les problèmes de l’Europe vont continuer. En effet, ce n’est pas la Russie qui a imposé sa politique migratoire à l’UE. La Russie n’aurait en aucun cas pu persuader les Britanniques de renoncer à leur adhésion à l’UE lors de leur référendum. Moscou n’est pas l’auteur du concept d’Europe « à plusieurs vitesses » et n’a rien à voir avec ce qui pousse Pologne et Hongrie à s’opposer à la majorité européenne. Ce sont les États-Unis, et non la Russie, qui ont déclenché la guerre tarifaire contre l’UE. C’est le président américain qui a traité l’UE d’ennemie. Moscou n’ayant jamais utilisé ce mot. L’UE aurait mieux fait de se concentrer sur les moyens de s’attaquer aux problèmes réels auxquels elle est confrontée et aux défis qu’elle doit relever, plutôt que de créer des « mesures » pour combattre des menaces fictives.

Alex Gorka | Strategic Culture

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