En matière de politique commerciale, l’Autriche devrait revenir dans l’AELE

Zeit Fragen | N° 22, 1er octobre 2018

Interview de Inge Rauscher, présidente de l’«Initiative Heimat & Umwelt» et porte-parole du comité interpartis en vue d’un retrait de l’UE

Il y a trois ans, eut lieu une semaine de récolte de signatures pour l’initiative populaire autrichienne demandant la sortie de l’UE. Pour pouvoir remettre une telle initiative au Parlement, il fallait avoir obtenu 100 000 signatures de citoyens autrichiens, déposées personnellement dans une liste auprès d’une administration communale, démontrant ainsi sa volonté d’obtenir une votation populaire concernant la sortie de l’UE. Malgré ces difficultés et un boycott parfait de la part des médias, l’initiative obtint 261 000 signatures, ce qui ressemblait à un tremblement de terre en Autriche. Toutefois, le Parlement refusa de respecter cette claire volonté de la population. «Zeit-Fragen» s’est entretenu avec Inge Rauscher, présidente de l’«Initiative Heimat und Umwelt», l’une de principales initiatrices de ces activités civiques.

Horizons et débats: Madame Rauscher, vous avez apporté une aide importante pour que la demande d’initiative ait obtenu l’énorme nombre de 261 000 signatures. Comment y êtes-vous arrivée sans aucun appui de la part des médias? Qu’est-ce que cela signifie pour l’Autriche, avec un peu de recul?

Inge Rauscher: Ce fut en premier lieu le mérite du mouvement de base et le résultat de plusieurs années de travail d’information et d’explications apportées par la revue «Wegwarte» de l’«Initiative Heimat und Umwelt» qui paraît régulièrement. Puis il y avait un comité de personnalités favorables à une sortie de l’UE, mais aussi d’innombrables stands d’explications tenus par nos membres sur la place publique dans toute l’Autriche, d’innombrables lettres de lecteurs dans les médias, la distribution de tracts explicatifs par une quantité de personnes et la volonté de tous de soutenir financièrement ce travail.

Perte de notre autodétermination

Quelles sont les raisons principales pour l’Autriche de quitter l’UE?

Elles sont très nombreuses, mais ici je ne puis en énumérer que quelques-unes. Pour nous, les initiateurs de cette demande populaire était et reste la perte de notre autonomie. Il vaut mieux prendre dans notre pays les décisions touchant l’ensemble de notre population qu’à Bruxelles. La démocratie demande une présence et une transparence. Ce n’est pas par hasard que les commissaires, qui sont seuls à décider des lois, ne sont pas élus et que ce pseudo-parlement n’a aucune compétence en matière de lois. Même les parlements nationaux n’ont plus grand-chose à dire au sein de l’UE. Quant aux peuples, on n’en parle même pas – d’où d’ailleurs l’inexistence d’une démocratie directe. Il est prévu d’enlever aux Etats membres leur souveraineté budgétaire du fait de la nomination d’un ministre des finances pour l’ensemble de l’UE.

Aucun domaine important pour notre pays ne s’est amélioré depuis notre entrée dans l’UE il y a 23 ans, certains se sont même détériorés. Notre neutralité perpétuelle, inscrite dans la Constitution autrichienne, est constamment remise en question du fait de notre participation à l’UE. Il faut être conscient que 25 des (encore) 28 membres de l’UE sont membres de l’OTAN. L’année dernière notre chancelier fédéral Kurz a signé l’accord Pesco (Permanent Structured Cooperation), soit une constante coopération militaire structurée des Etats membres de l’UE. Alors, comment un pays neutre peut-il développer la paix en s’alliant à une armée collaborant étroitement avec une OTAN agressive.

Toutes les questions concernant les migrations de masse sont liées à l’UE. En effet, son crédo des «frontières ouvertes» a permis une telle invasion directement liée à la hausse actuelle de la criminalité. En décembre prochain, il est prévu de signer au Maroc la «déclaration de Marrakech», exigeant de 57 Etats de l’UE et de «pays partenaires» africains, après de nombreuses années de négociations, «de favoriser un comportement adéquat envers la migration, la diaspora et de coopérer pour le développement de sociétés dans les pays d’origine, de transit et d’accueil». Des observateurs indépendants estiment que cet accord est une prochaine porte grande ouverte pour une migration de masse d’Afrique vers l’UE. Alors que le ministère autrichien des Affaires étrangères a déjà donné son aval à cet accord, le ministre des Affaires étrangères hongrois a justifié l’opposition de son gouvernement en disant que la Déclaration de Marrakech «présente la migration comme un phénomène nécessaire et positif» et qu’on peut parfaitement présager que dans le cadre de ce «processus de Rabat» surviendra une nouvelle vague migratoire.

Au niveau économique ce n’est pas une réussite – qui tire donc profit de l’UE?

L’UE profite en premier lieu aux multinationales et non pas aux citoyens. Depuis l’entrée de l’Autriche dans l’UE en 1995, les salaires nets (salaire brut moins taux d’inflation) n’ont que très peu augmenté, alors que les cours des actions ont fortement augmenté depuis: l’ATX de tout juste 1000 points en janvier 1995 à atteint 3400 points en juillet 2018 – un plus d’environ 240%. Au cours de la même période, le DAX, représentant des groupes encore nettement plus importants, a obtenu des résultats encore beaucoup plus élevée – d’environ 2000 points à près de 12 800 points – un plus d’environ 540%. Donc, l’UE est essentiellement une machine à répartir l’argent du bas vers le haut!

Les partisans de l’UE en Autriche prétendent très souvent qu’en cas de sortie le pays s’effondrerait économiquement. Quelle est votre opinion à ce sujet?

L’introduction de l’euro a causé de grandes pertes du pouvoir d’achat et une énorme augmentation des prix. Tout le monde le ressent dans sa bourse. Cela vient du fait que les économies nationales faibles, tels l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, ne peuvent plus dévaluer à cause de l’euro, ce qui leur cause de grandes difficultés. Suite à l’accord de l’UE, des économies plus fortes, comme l’Autriche, ont dû répondre des dettes d’autres pays. De plus, l’Autriche paie chaque année beaucoup plus à l’UE que ce qu’elle en retire. Tout cela a amené un appauvrissement de la population et à un écart grandissant entre riches et pauvres. L’UE et tout sauf une réussite économique. Le nombre de paysans a fortement diminué, l’Autriche a perdu une grande partie de sa production industrielle, la dette de l’Etat atteint 83% du produit intérieur brut, face aux 350 000 chômeurs il n’y a que 50 000 emplois libres.

Selon les enquêtes, un tiers des Autrichiens seraient favorables à une sortie de l’Autriche de l’UE, donc à l’«Öxit», alors que toute la presse mainstream et l’ensemble des partis parlementaires s’y opposent. Comment expliquer cet écart?

Les cercles officiels ne souhaitent jamais la même que ce qu’exigent les citoyens bien informés. Ils ont de tout autres intérêts (de lobbies). En outre, «Bruxelles» accorde, à nos frais, des postes, des annonces et d’autres avantages lucratifs permettant d’«appâter» les politiciens et les journalistes. C’est soutenu financièrement et en douce par les «groupes de réflexion» et les ONG. Les instances de l’UE sont les avant-postes dans l’agenda de l’«Etat mondial» centralisé, destiné à éliminer les Etats nationaux (restants) qui devraient, eux, servir le bien-être des peuples et des Etats.

Lors de l’élection du Président fédéral, vous avez soutenu Norbert Hofer du FPÖ, puis le FPÖ lors des élections au Conseil national. Quelles en étaient les raisons et pourquoi vous êtes-vous par la suite éloignée du FPÖ?

Les principales raisons de ce soutien étaient son engagement véhément en faveur de l’introduction d’un système de démocratie directe selon le modèle suisse, décidé par le congrès fédéral du FPÖ avec une approbation de 100%. Cela fut déclaré comme condition absolue pour toute coalition, ainsi que le Non à l’accord commercial AECG ruineux de l’UE avec le Canada (et donc indirectement avec les Etats-Unis) ou au moins sa ratification uniquement après un référendum, un Non à un nouveau centralisme de l’UE, etc. Tout cela a été jeté par-dessus bord et on a signé un pacte gouvernemental qui a décidé exactement le contraire. L’accord CETA a depuis lors été ratifié par le Parlement avec le vote de l’ÖVP et du FPÖ, et un autre accord de libre-échange entre l’UE et Singapour a été signé par le ministre des Infrastructures et coordinateur gouvernemental Norbert Hofer, avec lequel des tribunaux d’arbitrage pour les entreprises formeront une justice parallèle placée au-dessus de la juridiction étatique, quand des lois sociales ou environnementales touchent aux intérêts financiers des entreprises. Et au lieu de s’engager pour la mise en place d’une démocratie directe selon le modèle suisse comme promis, on prévoit – selon le programme gouvernemental, à partir de 2021 – de faire en sorte que l’ensemble du droit de l’UE échappe entièrement à la participation de la population, alors que 80% de toutes les lois applicables à l’Autriche sont déjà prescrites par «Bruxelles». La Constitution et les traités internationaux seraient également exclus de toute démocratie directe et la question de l’adhésion à l’UE elle-même (maintien ou retrait) ne serait plus jamais présentée aux citoyens. Voilà pourquoi, il nous a été tout à fait impossible de continuer à soutenir le FPÖ.

Retour au petit Etat souverain

Comment imaginez-vous le rôle de l’Autriche en Europe?

Je vois un petit Etat souverain au centre de l’Europe, contribuant à la paix et à l’équilibre par une neutralité active et vécue qui exige une politique étrangère indépendante. Il s’agit notamment de garder une saine équidistance envers tous les grands blocs de pouvoir et des efforts continus pour renforcer et respecter le droit international. Rejet des grands fantasmes de pouvoir, mais défense résolue des besoins vitaux de la République d’Autriche à tous les niveaux – mots clés: trafic de transit, agriculture paysanne, approvisionnement local par les petites et moyennes entreprises, identité culturelle. En termes de politique commerciale, l’Autriche devrait rejoindre l’AELE, dont nous avons été membres pendant 36 ans. Nous devrions nous concentrer principalement sur une politique active de bon voisinage avec tous les pays qui nous entourent.

Est-ce encore possible de lancer référendum sur la sortie de l’UE et peut-il aboutir?

Le Conseil national peut décider d’un tel référendum à tout moment. Avec le «projet d’empêchement de la démocratie directe» prévu par le gouvernement actuel pour 2021, «seul» le peuple se verra refuser le droit de réaliser un référendum. Mais ce projet pourrait être supprimé à nouveau à tout moment par un autre gouvernement ou sa majorité au Parlement. Et bien sûr, un tel référendum peut être un succès; personne ne s’attendait non plus à un tel résultat, lors du référendum sur le Brexit.

Que se passerait-il si une majorité en Autriche votait en faveur d’une sortie de l’UE?

Notre pays aurait alors à nouveau la possibilité d’élaborer des politiques principalement pour ses propres citoyens. Les frais d’adhésion annuels à l’UE effroyablement élevés seraient supprimés, l’Autriche pourrait réintroduire sa propre monnaie nationale au lieu de l’euro comme monnaie de transfert et n’aurait pas à cofinancer des paquets de dettes pour d’autres Etats membres de l’UE, par le mécanisme européen de stabilité, l’adhésion à la Communauté européenne de promotion de l’énergie atomique (Euratom) n’aurait plus lieu d’être, etc. L’Autriche n’aurait plus à soutenir toutes les étapes en cours vers la participation à une armée de l’UE compatible avec l’OTAN, à l’instar de l’accord Pesco, et pourrait, d’une manière générale, retrouver la liberté et l’autodétermination et donc le respect de soi plutôt que la soumission.


  Contact: www.ja-zum-oexit.atwww.heimat-und-umwelt.at. Inge Rauscher, p. A. A-3424 Zeiselmauer, Hageng. 5, tél. +43 2242 70516 ou +43 664 425 19 35, ihu(at)a1.net

Source: Zeit-fragen.ch

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