Un panel d’experts de l’ONU a publié un rapport accablant sur la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen, révélant une utilisation généralisée de la torture. Nick Clark dévoile les preuves.

Par Socialist Worker | 1er septembre 2018

Traduction: La gazette du citoyen

Des villageois parcourent les décombres à la recherche de leurs affaires éparpillées lors du bombardement de Hajar Aukaish, au Yémen, en avril 2015 (photo: Almigdad Mojalli/VOA)

Des vies détruites et un pays ruiné par les bombardements et la famine. Des violations massives des droits de l’homme commises par une puissante force militaire soutenue par la Grande-Bretagne (et la France, ndlr). C’est l’horreur de la guerre civile au Yémen, révélée la semaine dernière dans un rapport d’un panel d’experts des Nations Unies.

Le rapport, publié à l’issue d’une enquête menée par ces experts, décrit les horreurs commises pendant la guerre civile au Yémen.

Une coalition militaire dirigée par la Grande-Bretagne (les USA et la France, ndlr, un proche allié de l’Arabie saoudite, a envahi le Yémen en 2015 pour rétablir un régime favorable aux intérêts de l’Occident. Bien que le rapport dénonce des violations des droits de l’homme commises par les deux parties, la grande majorité d’entre elles sont celles infligées par la coalition saoudienne. Ce qui émerge est une image de la violence systématique mais sans discrimination – et tout cela avec l’approbation tacite des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

Pour commencer, il y a la brutalité, la torture et la violence sexuelle. L’ONU a découvert un modèle de « détention arbitraire généralisée ». Dans les prisons et les centres de détention contrôlés par la coalition, des personnes ont été battues, torturées et violées.

Les détenus

En mars de cette année, dans une prison dirigée par les Émirats arabes unis – un autre allié de l’Occident -, près de 200 détenus ont été déshabillés tandis que des membres du personnel des Émirats arabes unis examinaient de force leurs anus.

Les détenus ont été violés avec les doigts, des outils et des bâtons.

Les mêmes abus ont eu lieu dans un centre de détention de migrants dans la capitale de la coalition, Aden, où « des survivants et des témoins ont décrit aux experts comment chaque gardien de nuit sélectionnait des femmes et des garçons pour abuser d’eux ».

Il y a ensuite les massacres.

Presque chaque mois, la coalition aérienne frappe un marché, un mariage, des funérailles, un hôpital ou un autobus scolaire. Des dizaines de civils sont tués.

Comme l’indique le rapport, « les frappes aériennes de la coalition ont été et continuent d’être la principale cause directe de la mort des civils et de la destruction des infrastructures civiles dans le conflit. »

« L’intensité de la campagne aérienne a été incessante, même après que son impact sur la population civile est devenu évident ». Cela soulève de « sérieuses préoccupations » quant aux objectifs choisis par la coalition et aux armes qu’elle utilise.

Le blocus de la coalition sur les ports yéménites est également meurtrier. Depuis mars 2015, les importations au Yémen ont été limitées. Le pays importe environ 90% de sa nourriture, de son carburant et de ses fournitures médicales. « En avril 2018, près de 17,8 millions de personnes se trouvaient en situation d’insécurité alimentaire et 8,4 millions étaient au bord de la famine », indique le rapport.

« Les établissements de santé ne fonctionnaient pas, l’eau potable était moins accessible et le Yémen souffrait toujours de la plus importante épidémie de choléra de l’histoire récente. »

« Aucun avantage militaire possible ne pourrait justifier de telles souffrances extrêmes endurées par des millions de personnes ».

Le seul but est de punir des millions de gens ordinaires pour s’etre opposé aux puissances saoudiennes et occidentales au Moyen-Orient.

C’est une honte accablante pour les États de la coalition qui mènent la guerre – et pour le gouvernement britannique qui les soutient.

Le pouvoir l’emporte sur la vie des civils

La Grande-Bretagne ne fait pas que soutenir la guerre de l’Arabie saoudite au Yémen – elle fournit les bombes qui tuent des civils. L’Arabie saoudite est le plus gros acheteur d’armes de la Grande-Bretagne.

En mars, la visite de Ben Salman a poussé de nombreux manifestants à exprimer leur mécontentement dans les rues (photo: Guy Smallman)

Cette relation stratégique contribue à renforcer la puissance américaine au Moyen-Orient. Les États-Unis et la Grande-Bretagne travaillent avec l’Arabie saoudite pour s’assurer d’avoir un allié lourdement armé dans la région.

La Grande-Bretagne est particulièrement désireuse de jouer le rôle de principal négociant en armes pour renforcer sa position en tant que partenaire des Américains. Boris Johnson l’a dit franchement alors qu’il était aux affaires étrangères. Mettre fin aux ventes d’armements signifierait « évacuer un espace qui serait rapidement occupé par d’autres pays occidentaux prets à fournir volontiers des armes ».

Beaucoup de députés travaillistes ne sont guère mieux. Lorsque les travaillistes ont présenté une motion au parlement en 2016 pour demander la fin des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, plusieurs députés de ce parti se sont opposés à cette proposition. Pour la plupart d’entre eux, le principal problème est de protéger « l’influence » britannique au Moyen-Orient. La motion a été abandonnée parce qu’il n’y avait pas assez de députés travaillistes pour la soutenir.

L’impérialisme créé la division

Le Yémen est un pays déchiré par des divisions créées par des décennies de concurrence entre états et de guerre impérialistes. Au début du 20ème siècle, le nord et le sud du Yémen étaient deux pays différents.

Le sud était occupé par l’Empire britannique tandis que le nord faisait partie de l’Empire ottoman, puis plus tard est devenu indépendant avec à sa tête un roi soutenu par l’Occident. Les rébellions dans le nord et le sud ont été brutalement réprimées. Mais en 1967, les rebelles du sud ont chassé les Britanniques.

Le nouveau Yémen du Sud était soutenu par la Russie stalinienne et s’opposait à l’Occident.

Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, le nord et le sud du Yémen se sont unifiés pour devenir un seul pays. Mais les rebelles nationalistes du sud et les rebelles chiites du nord, connus sous le nom de Houthis, ont tous deux lutté pour l’indépendance. Les Houthis ont contraint le président pro-occidental Abd Rabbuh Mansur al-Hadi à fuir vers le sud. Mais maintenant, le Yémen est devenu une guerre par procuration pour des puissances régionales et mondiales concurrentes – avec les Houthis soutenus par l’Iran, et par Al-Hadi et la coalition saoudienne soutenue par l’Occident.

Ben Salman est un belliciste

Pour le souverain et ministre de la défense saoudien, Mohammed Ben Salman, plus de Yéménites sont tué, mieux c’est. Selon un rapport publié sur le site d’information arabe Al-Khaleej, Ben Salman a dit à ses commandants de ne pas se préoccuper des « critiques internationales ». « Nous voulons laisser un grand impact sur la conscience des générations yéménites. Nous voulons que leurs enfants, leurs femmes et même leurs hommes frissonnent à chaque fois que le nom de l’Arabie Saoudite sera mentionné. »

La santé est une cible de coalition

Les forces d’occupation de la coalition n’ont pas seulement bombardé des civils au Yémen. Elles ont également ciblé l’accès des gens ordinaires aux soins de santé. Le rapport indique que « le système de santé au Yémen s’est désintégré ».

En 2016, l’Arabie saoudite a empêché les vols commerciaux d’accéder à l’aéroport de Sanaa au Yémen. « Cela a empêché des milliers de Yéménites de se rendre à l’étranger pour des soins médicaux. »

« Ceux qui souffrent de maladies chroniques et doivent quitter le pays doivent trouver des itinéraires alternatifs nécessitant de longs trajets sur les lignes de front actives à haut risque et à des coûts humains élevés. »

La honteuse « investigation » saoudienne

La coalition a mis en place son propre organisme pour enquêter sur les décès de civils – l’équipe conjointe d’évaluation des incidents (JIAC).

Comme on pouvait s’y attendre, son véritable objectif est de dissimuler ou de mentir sur les nombreux crimes de guerre de la coalition.

Le rapport de l’ONU a constaté que le JIAC avait justifié les frappes aériennes contre des civils et que ses conclusions étaient souvent modifiées par le ministère saoudien des affaires étrangères.

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